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Dans les comptes de Mounir, chauffeur de taxi à Marseille à 2 320 € nets par mois

Publié par Mathieu le 02 Juin 2026 à 19:02

Mounir a 51 ans, il est chauffeur de taxi à Marseille depuis quatorze ans. Artisan affilié à une coopérative, il gagne en moyenne 2 320 € nets par mois après cotisations sociales et charges professionnelles. Divorcé, il vit seul dans un T3 des quartiers nord et verse une pension alimentaire pour son fils de 16 ans. Voici comment il répartit chaque euro.

Ce qui tombe chaque mois sur son compte

Le revenu de Mounir dépend entièrement de ses courses. En moyenne, son chiffre d’affaires brut tourne autour de 5 200 € par mois. Après déduction de la redevance mensuelle à la coopérative (380 €), des cotisations sociales (environ 1 050 €), de l’assurance professionnelle (190 €) et de l’entretien du véhicule (260 € lissés), il lui reste environ 2 320 € nets dans la poche.

Chauffeur de taxi marseillais au volant de son véhicule

Pas de treizième mois, pas de congés payés, pas de prime. « Quand je ne roule pas, je ne gagne rien », résume-t-il. Les mois d’été sont meilleurs grâce aux touristes et aux transferts vers l’aéroport Marseille-Provence. Décembre aussi, avec les fêtes. En revanche, janvier et février sont plus maigres : il peut descendre à 1 900 € nets. La moyenne de 2 320 € tient compte de ces variations saisonnières.

Mounir ne touche aucune aide sociale. Son fils vit chez sa mère, et ses revenus dépassent les plafonds pour les allocations logement. Son seul complément : une vingtaine d’euros par mois de cashback sur sa carte bancaire, qu’il ne compte même pas. Mais le poste qui pèse le plus lourd dans sa vie quotidienne n’est pas celui qu’on imagine.

Les dépenses qui tombent quoi qu’il arrive

Le loyer de son T3 dans le 14ᵉ arrondissement de Marseille s’élève à 620 € charges comprises. C’est l’un des quartiers les plus abordables de la ville — à titre de comparaison, certaines villes françaises affichent des loyers sous les 7 € le m². Mounir y habite depuis son divorce, il y a six ans. « C’est pas le grand luxe, mais c’est propre et c’est à moi », dit-il.

La pension alimentaire pour son fils Nabil représente 350 € par mois, fixée par le juge aux affaires familiales. C’est son deuxième plus gros poste fixe. Vient ensuite l’assurance habitation à 28 € et la mutuelle santé à 62 €. En tant qu’indépendant, il paie sa mutuelle seul, sans participation employeur — un poste que les salariés sous-estiment souvent.

Préparation de repas maison dans une cuisine marseillaise

Côté abonnements, Mounir est plutôt raisonnable : forfait téléphone à 15 € (il utilise beaucoup son mobile pour le GPS et les applis de réservation), box internet à 25 €, un abonnement Netflix à 13,49 € partagé avec personne. « Mon fils m’a mis DAZN dessus, mais c’est lui qui paie sa part. » Total abonnements numériques : 53,49 €.

L’impôt sur le revenu, prélevé à la source sur ses revenus BIC, représente environ 115 € par mois. Sa taxe d’habitation a disparu, mais il paie encore la taxe foncière de… son emplacement de parking privé, soit 18 € par mois lissés. Total des dépenses fixes : 1 246,49 €. Il lui reste donc 1 073,51 € pour vivre, épargner et se faire plaisir. Ce qui, à Marseille, demande une certaine discipline.

Là où ça se joue vraiment

Le poste alimentaire est celui que Mounir surveille le plus. Seul, il dépense environ 280 € par mois en courses. Il cuisine beaucoup — tajines, couscous, plats en sauce qu’il prépare en grande quantité le dimanche et congèle pour la semaine. « Je mange mieux que quand j’étais marié, ironise-t-il. Et surtout moins cher. » Il fait ses courses au marché du Merlan et complète au Lidl du coin.

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L’essence personnelle (hors activité taxi, déjà déduite) lui coûte environ 80 € par mois. Il utilise son véhicule personnel, une vieille Clio de 2017, pour ses déplacements privés. Son taxi, un Peugeot 508, reste à la coopérative le soir. L’entretien de la Clio ajoute 45 € mensuels lissés (contrôle technique, pneus, vidange).

Les sorties sont modestes : un restaurant avec des amis une à deux fois par mois (environ 60 €), un café quotidien au bar du quartier avant de prendre son service (45 € par mois, « mon seul vrai luxe »). Mounir ne boit pas d’alcool, ce qui réduit ses additions. Il reçoit son fils un week-end sur deux et dépense à ces occasions environ 70 € supplémentaires en repas, cinéma ou bowling.

Côté vêtements et divers, il se limite à 40 € par mois. « Je porte un polo et un pantalon noir pour bosser, j’ai pas besoin de refaire ma garde-robe tous les mois. » Son abonnement à la salle de sport, 30 € chez Basic-Fit, complète le tableau. Total des dépenses variables : environ 650 €. Ce qui laisse, en théorie, un peu plus de 400 € pour voir venir. Mais la réalité est un peu plus nuancée.

Ce qui reste quand tout est payé

En fin de mois, Mounir dégage en moyenne 423 € de reste à vivre. Sur cette somme, il place 200 € sur un Livret A qui affiche aujourd’hui 8 700 €. Son objectif : atteindre 15 000 € d’ici deux ans pour constituer un fonds de sécurité. « En tant qu’indépendant, si ma voiture lâche ou si je me casse le bras, j’ai zéro revenu. Cette épargne, c’est mon assurance survie. »

Il n’a aucun crédit à la consommation en cours. Son seul emprunt passé, un prêt auto pour la Clio, a été soldé en 2024. Il met de côté 100 € par mois sur un compte séparé destiné aux vacances — il part généralement deux semaines en Algérie chez sa famille, ce qui lui coûte environ 1 200 € tout compris (billets, cadeaux, dépenses sur place).

Les 123 € restants servent de « matelas flottant », comme il dit. Certains mois, ils absorbent un imprévu : une amende de stationnement, un cadeau d’anniversaire pour Nabil, une réparation sur la Clio. D’autres mois, ils viennent grossir le Livret A. « Je ne suis pas riche, mais je dors tranquille. Y’a dix ans, c’était pas le cas. »

À 2 320 € nets par mois, Mounir se situe légèrement au-dessus du salaire médian français, qui avoisine 2 100 € nets. Mais son statut d’indépendant change la donne : pas de chômage en cas de coup dur, pas de retraite confortable en vue (il estime la sienne à environ 1 100 € par mois), et des charges professionnelles déjà déduites de son chiffre d’affaires.

« Les gens voient le compteur tourner et pensent qu’on se fait de l’or. Mais entre l’essence du taxi, les cotisations et la redevance, il reste la moitié. Si je compare avec un conducteur de bus qui touche à peu près pareil, lui il a ses congés payés, sa mutuelle d’entreprise et son chômage. Moi j’ai ma liberté — et mes angoisses. » Une phrase qui résume assez bien la vie d’artisan en 2026.

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