Dans les comptes de Mathis, conducteur de grue à Saint-Étienne à 2 340 € nets par mois
Mathis a 34 ans, il passe ses journées à trente-cinq mètres au-dessus du sol, seul dans une cabine de deux mètres carrés. Conducteur de grue à tour à Saint-Étienne, il touche 2 340 € nets par mois, primes comprises.
Marié à Camille, assistante dentaire, et papa d’une petite Lola de 4 ans, il jongle avec un crédit immobilier et des fins de mois qu’il maîtrise mieux qu’il ne le croit. Voici comment il répartit chaque euro, et le poste qui l’a lui-même surpris.
Ce que rapporte vraiment un métier perché à 35 mètres
Le salaire de base de Mathis s’élève à 1 980 € nets. Il y ajoute 210 € de primes de panier et de grand déplacement, car les chantiers l’emmènent parfois à Lyon ou à Clermont-Ferrand pendant plusieurs semaines.
Viennent ensuite 150 € d’heures supplémentaires en moyenne, très variables selon les saisons. « En hiver, quand le gel bloque les chantiers, je gagne moins. Au printemps, ça repart d’un coup », explique-t-il.

Camille, elle, perçoit 1 750 € nets. Le foyer dispose donc de 4 090 € par mois, auxquels s’ajoutent 131 € d’allocations familiales pour Lola. Mais ce n’est pas ce chiffre qui fait la vraie différence dans leur budget.
Les charges fixes : le poste qui avale presque la moitié du budget
Le couple a acheté une maison de 90 m² à La Talaudière en 2019. La mensualité de leur crédit atteint 930 €, assurance emprunteur comprise. C’est le poste le plus lourd, mais aussi celui dont Mathis est le plus fier.
S’y ajoutent la taxe foncière lissée sur douze mois (95 €), l’électricité et le chauffage (165 €), l’eau (38 €) et l’assurance habitation (32 €). Le tout dépasse déjà 1 260 € avant même d’avoir fait un plein.
Côté transports, deux voitures sont indispensables : 140 € d’assurances, 110 € de carburant pour Mathis, 80 € pour Camille. Son véhicule de chantier, lui, est remboursé par l’employeur. Reste un détail qui change tout.
Téléphones et box internet coûtent 58 €, la mutuelle famille 112 € et les abonnements (streaming, salle de sport de Camille) 39 €. Le prélèvement à la source, enfin, retire déjà environ 190 € par mois.

Courses, sorties, Lola : là où le budget respire (ou pas)
Les courses alimentaires pèsent 620 € par mois pour trois personnes. Mathis les fait le samedi matin en drive, une méthode qui lui a fait économiser une centaine d’euros par mois selon lui. « Quand j’entre dans un magasin, je ressors avec des trucs qui n’étaient pas sur la liste. »
La cantine et le périscolaire de Lola coûtent 85 €, la nounou du mercredi 120 €. Les vêtements, eux, absorbent 90 € mensuels, dont les trois quarts passent en chaussures de sécurité et en habits de petite fille qui grandit trop vite.
Les loisirs restent modestes : 100 € de restaurants et de sorties, 60 € de cadeaux et d’imprévus. Et puis il y a ce poste que Mathis n’avait jamais chiffré avant cet exercice : le café et les sandwichs pris sur la route des chantiers, 95 € par mois.
Ce qu’il reste à la fin du mois, et pourquoi Mathis dort tranquille
Une fois toutes les dépenses retirées, il reste environ 480 € par mois à l’ensemble du foyer. Le couple en place 350 € sur un Livret A et un PEL, le reste sert de matelas pour les pannes de voiture ou la chaudière.
Les vacances, elles, se financent à part : 1 800 € par an, mis de côté par virement automatique de 150 € chaque mois. Cette année, ce sera une semaine en Ardèche, puis dix jours chez les beaux-parents.
« Je sais que je ne serai jamais riche, mais j’ai une maison, un métier que j’aime et une gamine qui rit dans le jardin. Avec ça, je dors bien », résume Mathis. Le foyer vit au-dessus du revenu médian français (environ 2 100 € par personne et par mois en couple avec enfant), sans jamais se sentir à l’aise.
Et si vous voulez comparer ce budget avec celui d’un autre métier de terrain, découvrez les comptes de Yoann, électricien du bâtiment à Saint-Nazaire. Autre univers, autre surprise : le quotidien de Thomas, conducteur de chasse-neige à Briançon, qui n’a pas du tout les mêmes arbitrages.