Dans les comptes de Kévin, conducteur de poids lourd à Chartres à 2 420 € nets par mois
Kévin a 38 ans, il est conducteur de poids lourd pour une entreprise de transport basée à Chartres. Chaque mois, il touche 2 420 € nets. Entre un crédit immobilier, deux enfants en bas âge et un plein de gasoil qui ne pardonne pas, voici comment il ventile chaque euro de son salaire.
Ce que Kévin touche vraiment chaque mois
Son salaire de base s’élève à 1 980 € nets. C’est la grille conventionnelle du transport routier pour un conducteur longue distance au coefficient 150 M, avec sept ans d’ancienneté. À cela s’ajoutent les indemnités de déplacement, versées pour chaque nuit passée hors domicile.

Ces indemnités représentent en moyenne 320 € nets par mois. Elles couvrent théoriquement les repas et l’hébergement, mais Kévin dort dans sa cabine la plupart du temps. « C’est un peu mon bonus officieux », reconnaît-il.
Il perçoit aussi 120 € mensuels de prime de non-sinistralité, versée tant qu’il n’a aucun accident responsable sur le trimestre. Au total, ses revenus fixes atteignent donc 2 420 € nets. Sa compagne, Audrey, travaille à mi-temps comme vendeuse en boulangerie et touche 870 € nets.
Le foyer reçoit également 140 € d’allocations familiales pour leurs deux enfants de 4 et 6 ans. La prime d’activité du couple leur rapporte 185 € supplémentaires. Le total des ressources du ménage atteint donc 3 615 € par mois.
Mais c’est bien le budget de Kévin seul qui nous intéresse ici. Sur ses 2 420 €, chaque poste est calibré au centime près, car la moindre dépense imprévue peut faire basculer le mois.
Les postes fixes qui partent avant même d’y penser
Le premier coup de massue, c’est le crédit immobilier. Kévin et Audrey ont acheté une maison de 95 m² en périphérie de Chartres il y a quatre ans. La mensualité s’élève à 780 €, qu’ils se répartissent au prorata de leurs revenus : Kévin prend en charge 560 €, Audrey 220 €.

La taxe foncière, lissée sur douze mois, représente 95 € mensuels. Les charges de copropriété n’existent pas — c’est une maison individuelle — mais l’assurance habitation coûte 48 € par mois. « On a pris une formule complète avec garantie tempête, vu le coin », précise-t-il.
L’électricité et le gaz culminent à 165 € en moyenne, tirés vers le haut par un hiver eurélien assez rude. L’eau ajoute 40 € mensuels pour un foyer de quatre personnes. Le chauffage représente un poste lourd dans ce département.
Côté abonnements, Kévin paie 25 € pour le forfait internet-fibre, 15 € pour son forfait mobile (80 Go) et 6 € pour un abonnement Netflix partagé avec sa belle-sœur. La mutuelle familiale, obligatoire via son employeur, est prélevée directement sur sa fiche de paie : 85 € par mois à sa charge après participation patronale.
L’assurance auto est un poste non négociable. Pour sa Peugeot 3008 de 2019, il débourse 72 € par mois en tous risques. Audrey a une Clio d’occasion assurée au tiers pour 38 €, qu’elle finance elle-même. Le total des charges fixes de Kévin s’élève à 1 111 € par mois.
Il lui reste donc 1 309 € pour tout le reste. Ça peut sembler correct, mais les dépenses variables réservent quelques surprises.
L’essence, les courses et les petits plaisirs qui filent vite
Le carburant personnel est le poste le plus douloureux. Kévin habite à 22 km de son dépôt, qu’il rejoint cinq jours par semaine. Sa 3008 diesel consomme environ 6,5 litres aux 100 km. Avec le prix du gazole actuel, il dépense 180 € par mois rien que pour ses trajets domicile-travail.
Les courses alimentaires pour le foyer tournent autour de 520 € mensuels. Kévin en prend 380 € à sa charge. Ils font l’essentiel au Leclerc de Chartres et complètent au marché le dimanche matin. « Audrey est assez forte pour traquer les promos. Sans elle, on serait à 600 € facile. »
La cantine des enfants coûte 135 € par mois pour les deux. L’aîné est en CP, le plus jeune en moyenne section. Kévin assume ce poste intégralement. Ce type de dépense contrainte passe souvent sous le radar, mais pèse lourd en cumul.
Le budget loisirs est réduit à sa plus simple expression. Kévin s’accorde un abonnement à une salle de sport à 30 € par mois, qu’il fréquente le week-end. Les sorties familiales — parc, cinéma, resto — ne dépassent pas 80 € mensuels. « Un McDo avec les gamins, c’est déjà 45 €. On y va une fois par mois, pas plus. »
Les vêtements et chaussures, surtout pour les enfants qui grandissent vite, représentent 60 € mensuels lissés sur l’année. Les cadeaux d’anniversaire, les sorties scolaires et les imprévus du quotidien ajoutent environ 50 € par mois.
Le budget vacances est lissé à 100 € mensuels. La famille part une semaine en camping chaque été, généralement en Vendée ou en Bretagne. « On vise les campings municipaux à 350 € la semaine. Avec l’essence et la bouffe sur place, la semaine revient à 1 200 €. » La Bretagne reste d’ailleurs la destination préférée des Français cet été.
Total des dépenses variables pour Kévin : 1 015 € par mois. Le calcul est vite fait.
Ce qu’il reste quand tout est payé
Revenus de Kévin : 2 420 €. Charges fixes : 1 111 €. Dépenses variables : 1 015 €. Reste en fin de mois : 294 €. C’est serré, mais c’est positif. Et surtout, c’est régulier.
Sur ces 294 €, Kévin vire 150 € sur un Livret A chaque mois. Le solde actuel : 4 800 €. « C’est le matelas de sécurité. Si le frigo lâche ou si la voiture a besoin d’un embrayage, c’est là que je pioche. » Comme beaucoup de Français, il utilise le Livret A comme coussin d’urgence plutôt que comme vrai outil d’épargne.
Le reste — environ 144 € — sert de variable d’ajustement. Certains mois, tout y passe avec un contrôle technique ou une visite chez le dentiste. D’autres mois, il arrive à mettre 50 € de plus de côté. Aucun crédit à la consommation en cours, et Kévin y tient. « J’ai vu des collègues s’endetter pour des bagnoles neuves. Moi, je roule en 3008 d’occasion achetée cash. »
Son projet à moyen terme : isoler les combles de la maison pour réduire la facture de chauffage. Devis estimé : 6 500 € après aides. Au rythme actuel, il faudra encore deux ans pour boucler l’enveloppe. D’autres profils à revenus similaires font face au même arbitrage entre épargne et travaux.
« Je ne me plains pas. On est propriétaires, les gamins mangent bien, on part en vacances. Mais il n’y a aucune marge pour l’imprévu gros format. Si Audrey perdait son mi-temps, on basculerait en deux mois. » Le salaire médian en France se situe autour de 2 100 € nets mensuels. Kévin est donc au-dessus, mais avec quatre bouches à nourrir et un crédit immobilier, la réalité budgétaire ramène vite les pieds sur terre.