Dans les comptes de Mélodie, couvreuse-zingueuse à Quimper à 2 160 € nets par mois
Mélodie a 31 ans. Elle passe ses journées à 12 mètres du sol, sur les toits de Quimper, entre les ardoises et les gouttières en zinc. Un métier physique, encore très masculin, qu’elle a choisi après un BTS qu’elle n’a pas terminé. Elle gagne 2 160 € nets par mois, vit en couple, sans enfant. Voici comment elle répartit chaque euro.
Et le poste qui lui coûte le plus cher n’est pas celui que vous imaginez.
Ce qui tombe chaque mois sur son compte
Le salaire de base de Mélodie atteint 1 890 € nets, auxquels s’ajoutent 140 € de primes de chantier (panier repas, prime d’intempéries rarement versée mais compensée par des heures supplémentaires). Elle empoche aussi en moyenne 130 € d’heures sup majorées, surtout au printemps, quand les chantiers s’enchaînent.
Son conjoint, Erwan, technicien en maintenance, gagne 2 050 € nets. Mais Mélodie gère son propre budget séparément : chacun contribue à parts proportionnelles aux charges communes. « On a fait ça dès le début, sinon on s’arrachait les cheveux », glisse-t-elle.
Total de ses revenus : 2 160 € nets, sans aucune aide ni allocation. Reste à voir où file cet argent, et le premier poste surprend déjà.
Les dépenses fixes : ce qui part avant même de faire les courses
Le couple loue un T3 de 62 m² dans le quartier de Kerfeunteun pour 780 € charges comprises. Mélodie en prend 430 € à sa charge, soit un peu moins de la moitié. Elle ajoute 38 € d’assurance habitation partagée en deux, 19 € pour sa part de l’internet fibre et 12 € pour son forfait mobile.
Côté transport, elle roule en Dacia Duster d’occasion, indispensable pour rejoindre les chantiers. L’assurance coûte 74 € par mois, l’entretien lissé 45 €, et le carburant atteint 190 € à cause des déplacements autour de Quimper. Total voiture : 309 €.
Il y a aussi la mutuelle (28 € en complément de celle de l’entreprise), les abonnements streaming (14 €) et la salle d’escalade (32 €) que Mélodie refuse de sacrifier. Total des charges fixes : 882 €.

Un détail du métier pèse pourtant plus lourd qu’il n’y paraît, et il se cache dans le budget variable.
Le poste qui explose sans qu’elle s’en rende compte
Les courses alimentaires représentent 260 € par mois pour sa part. Mélodie mange beaucoup : sur les toits, on brûle des calories. Elle emporte sa gamelle tous les jours, ce qui limite la casse, mais le poste « casse-croûte du matin » (café, viennoiserie à la boulangerie du coin) lui coûte tout de même 48 € mensuels.
Le vrai gouffre, ce sont les vêtements de travail et le matériel. Chaussures de sécurité à 120 € tous les huit mois, gants, harnais de remplacement, lunettes : elle évalue ce budget à 55 € par mois, car l’entreprise ne fournit pas tout. « Un harnais abîmé, je ne prends aucun risque, je le rachète », explique-t-elle.
Les sorties (restaurant, bars, concerts à Brest) montent à 110 €. Les loisirs et le shopping personnel à 70 €. Les cadeaux et dépenses imprévues, à 60 €. Enfin, les vacances sont lissées à 120 € par mois : deux semaines en camping-car loué, souvent vers les Pyrénées. Total des dépenses variables : 723 €.

Additionnons maintenant, et voyons ce qu’il reste vraiment à la fin du mois.
Ce qu’il reste en fin de mois (et ce qu’elle en fait)
Avec 882 € de charges fixes et 723 € de dépenses variables, Mélodie dépense 1 605 € par mois. Il lui reste donc 555 € de marge, qu’elle ne dépense pas à la légère.
Elle verse 300 € chaque mois sur un plan d’épargne : 200 € sur un Livret A (plafonné à 22 950 €, déjà rempli à 40 %) et 100 € sur un PEA investi en ETF mondiaux. Le reste, soit 255 €, alimente un compte joint pour le projet du couple : acheter une maison à rénover autour de Quimper d’ici trois ans.
Elle n’a aucun crédit en cours, sauf la Duster réglée comptant il y a deux ans. « Je sais que je devrais mieux investir, mais j’ai peur de perdre ce que j’ai économisé à la sueur de mon front », confie-t-elle.
Son taux d’épargne dépasse 25 % de ses revenus, bien au-dessus de la moyenne française, autour de 17 %. Une performance rendue possible par la vie à deux, un loyer modéré en Bretagne et l’absence d’enfants.
Où elle se situe par rapport aux Français
Le salaire médian en France tourne autour de 2 190 € nets par mois pour un temps plein. Mélodie se trouve donc très légèrement en dessous, avec 2 160 €. Pourtant, sa situation est plus confortable que celle de beaucoup de ménages gagnant autant.
La raison tient en trois points : un loyer partagé, aucun crédit à rembourser, et un métier où l’on dépense peu pour se vêtir ou manger à l’extérieur. « Mon rapport à l’argent, c’est simple : je préfère qu’il travaille pour moi plutôt qu’il dorme sur le compte courant », résume-t-elle.
Si le quotidien d’un artisan du bâtiment vous intrigue, regardez comment Yoann, électricien à Saint-Nazaire, jongle avec des chiffres très proches mais des choix radicalement différents. Et pour comprendre ce que coûte la vie quand on travaille de ses mains, le budget de ce tailleur de pierre d’Angoulême réserve quelques surprises.