Dans les comptes de Stéphanie, décoratrice d’intérieur à Rennes à 2 310 € nets par mois
Stéphanie, 38 ans, est décoratrice d’intérieur salariée dans un cabinet d’architecture à Rennes. Elle gagne 2 310 € nets par mois et vit seule dans un T2 en centre-ville. Voici comment elle répartit chaque euro de son salaire.
Un salaire fixe, quelques extras bienvenus
Le bulletin de paie de Stéphanie affiche 2 310 € nets chaque mois. Son poste en CDI dans un cabinet qui emploie sept personnes lui assure un 13e mois, versé en décembre. Lissé sur l’année, cela représente environ 193 € mensuels supplémentaires.

En parallèle, elle réalise ponctuellement des consultations déco en freelance le week-end. Ces missions lui rapportent entre 150 et 300 € par mois selon les périodes. « En moyenne, je compte 200 €, mais certains mois c’est zéro », précise-t-elle.
Stéphanie ne touche ni APL ni aucune aide sociale. Son revenu mensuel réel tourne donc autour de 2 510 € en comptant le 13e mois lissé et les extras. Un niveau légèrement au-dessus du salaire moyen en région, mais qui laisse peu de marge dans une ville où les loyers ont grimpé de 12 % en trois ans.
Ce chiffre ne raconte pourtant qu’une partie de l’histoire. La vraie question, c’est ce qui en reste après les dépenses fixes.
Les postes qui partent avant même d’y penser
Le loyer est le premier poste : 680 € charges comprises pour un T2 de 42 m² dans le quartier Sainte-Thérèse. « J’ai signé il y a quatre ans, aujourd’hui le même appart se loue 750 € », souffle-t-elle.

L’assurance habitation lui coûte 18 € par mois. Sa mutuelle, souscrite à titre individuel puisque son employeur ne prend en charge que 50 % de la complémentaire obligatoire, revient à 47 € après remboursement employeur. L’électricité tourne autour de 55 € mensuels.
Côté transports, Stéphanie se déplace à vélo et en bus. Son abonnement STAR (réseau rennais) coûte 40,50 € par mois. Elle n’a pas de voiture, ce qui lui évite assurance auto, essence et stationnement. « C’est un vrai choix, pas une contrainte. À Rennes, le vélo suffit neuf mois sur douze. »
Son forfait téléphone revient à 12 € (SFR RED). La box internet, partagée avec personne, coûte 25 €. Elle cumule un abonnement Netflix à 13,49 € et Spotify à 10,99 €. Total abonnements numériques : environ 61 €.
L’impôt sur le revenu, prélevé à la source, représente 98 € par mois. Elle n’a ni taxe foncière à payer ni crédit immobilier en cours.
Au total, les dépenses fixes de Stéphanie atteignent 999,50 € par mois. Presque la moitié de son salaire net disparaît avant qu’elle ait acheté le moindre repas. Reste à voir ce que deviennent les 1 310 € restants.
Courses, sorties et les petites dépenses qui s’additionnent
Stéphanie fait ses courses alimentaires au marché des Lices le samedi matin et complète en semaine chez Carrefour City. Son budget alimentation tourne autour de 320 € par mois. « Je cuisine beaucoup, c’est mon plaisir. Je n’achète presque pas de plats préparés. »
Les sorties — restaurants, bars, afterworks — représentent environ 120 € mensuels. Rennes offre une vie sociale dense, et Stéphanie avoue que ce poste est celui qu’elle contrôle le moins. « Deux restos et trois verres en terrasse, t’es déjà à 100 €. »
Le shopping mode et décoration est un sujet sensible pour une décoratrice. Elle s’impose un plafond de 80 € par mois. En réalité, certains mois dépassent largement, compensés par des mois à zéro. « Je fais beaucoup de seconde main, Vinted surtout. Mais les objets déco, c’est ma faiblesse professionnelle. »
Son budget beauté et soins (coiffeur, cosmétiques, pharmacie) tourne autour de 45 € mensuels. Les loisirs hors sorties — expositions, cinéma, livres — représentent 35 €. Stéphanie profite régulièrement des musées gratuits le premier dimanche du mois.
Pour les vacances, elle lisse un budget annuel de 1 200 €, soit 100 € mis de côté chaque mois. « Je pars une semaine en été et un long week-end en hiver. Souvent chez des amis, ça réduit les frais. » Ce poste vacances est comparable à celui d’autres profils dans des tranches de salaire similaires.
Total dépenses variables : environ 700 € par mois. Ajouté aux charges fixes, on arrive à 1 699,50 €. Sur un revenu de 2 510 €, la marge existe. Mais est-elle vraiment mise de côté ?
Ce qu’il reste quand tout est payé
En théorie, Stéphanie dégage 810 € de reste à vivre après toutes ses dépenses. En pratique, elle parvient à épargner entre 350 et 450 € par mois. Le delta fond dans les imprévus : un vélo à réparer, un cadeau d’anniversaire, une facture de dentiste.
Son Livret A affiche 8 400 €, constitué patiemment depuis cinq ans. Elle y verse 200 € chaque mois par virement automatique. Le reste de l’épargne part sur une assurance-vie ouverte en 2022, alimentée à hauteur de 150 € mensuels. « Mon objectif, c’est d’avoir un apport pour acheter d’ici trois ans. »
Devenir propriétaire à Rennes avec un salaire de 2 310 € n’est pas simple. Le prix moyen au mètre carré dépasse 3 800 € dans les quartiers qu’elle vise. Pour un T3 de 55 m², il faudrait débourser plus de 200 000 €. Devenir propriétaire avec un seul salaire reste un défi pour beaucoup de Français dans sa situation.
Stéphanie n’a aucun crédit en cours. Pas de prêt auto, pas de crédit conso. « J’ai vu mes parents galérer avec les crédits. Je préfère attendre et payer comptant, même si ça prend du temps. »
Son poste « dons et abonnements caritatifs » est un détail que peu de budgets mentionnent : 15 € par mois pour une association de protection du patrimoine breton. Un petit montant, mais constant depuis quatre ans.
Au final, Stéphanie met de côté environ 17 % de ses revenus totaux. Un taux supérieur à la moyenne française, qui tourne autour de 14 % selon les données de l’INSEE. Le secret tient en deux mots : pas de voiture. Ce choix lui fait économiser entre 300 et 400 € par mois par rapport à un profil comparable — un gardien de la paix à Rennes avec un salaire proche consacre à lui seul 280 € à son véhicule.
« Je ne me prive pas, mais je fais des choix. Pas de voiture, pas de crédit, peu de fast fashion. En échange, je mange bien, je sors, et je mets de côté pour mon futur appart. » Le salaire médian en France s’établit à 2 091 € nets mensuels. Avec ses 2 310 €, Stéphanie se situe 10 % au-dessus. Une position confortable sur le papier, mais qui ne l’empêche pas de compter chaque poste à l’euro près.