Dans les comptes de Damien, gardien de la paix à Rennes à 2 380 € nets par mois
Damien a 34 ans, il est gardien de la paix en brigade de nuit à Rennes depuis sept ans. Pacsé avec Audrey, auxiliaire de puériculture, ils élèvent ensemble leur fille de 3 ans. Chaque mois, 2 380 € nets tombent sur son compte. Voici comment il répartit chaque euro — et ce qui reste une fois les factures payées.
Ce que l’uniforme rapporte vraiment en fin de mois
Le traitement indiciaire de base de Damien s’élève à 1 860 € nets. Ce qui fait grimper la fiche de paie, ce sont les primes : l’indemnité de sujétions spéciales de police (ISSP) lui ajoute environ 310 € par mois, et la majoration pour travail de nuit apporte 210 € supplémentaires. Total net viré le 24 de chaque mois : 2 380 €.

Audrey, de son côté, touche 1 540 € nets en crèche municipale. Le couple cumule donc 3 920 € de revenus mensuels. Ils perçoivent aussi 140 € d’allocations familiales et un complément de libre choix du mode de garde de 175 € pour l’assistante maternelle de leur fille. Revenu total du foyer : 4 235 € par mois.
« Les gens voient les primes et pensent qu’on est bien payés. Mais sans les nuits, je serais à 1 860 €. On paye ces primes avec notre santé », résume Damien. Un constat que partagent d’autres professions à horaires décalés, comme Virginie, conductrice de train, ou Nordine, conducteur de bus à Lyon. Mais une fois les primes encaissées, encore faut-il voir ce qu’il en reste après les dépenses fixes.
Le mur des charges fixes : 2 590 € qui partent avant même de vivre
Le poste le plus lourd, c’est le logement. Le couple loue un T3 de 65 m² dans le quartier de Villejean, au nord de Rennes. Loyer charges comprises : 785 € par mois. Pour une ville où les loyers restent modérés comparés à Paris, c’est dans la fourchette haute pour ce quartier, mais le couple voulait rester proche du commissariat.
L’assistante maternelle agréée qui garde leur fille trois jours par semaine coûte 520 € brut, ramenés à 345 € après déduction du complément CMG. C’est le deuxième poste de dépense du foyer — et celui qui pèse le plus sur le budget de Damien personnellement, puisqu’ils se répartissent les frais au prorata des revenus.

Viennent ensuite les assurances : 95 € pour l’auto (une Peugeot 308 de 2019), 35 € pour l’habitation, 92 € de mutuelle familiale (la complémentaire obligatoire de la police ne couvrant que Damien). Côté transports, la voiture leur coûte 130 € d’essence mensuelle — Damien fait le trajet domicile-commissariat en voiture à des heures où les bus ne circulent plus.
Les abonnements s’empilent comme partout : 34 € de forfait mobile pour deux (B&You), 31 € de box internet Bouygues, 14 € de Netflix, 6 € de Spotify Duo. La taxe foncière, lissée sur douze mois, ne les concerne pas — ils sont locataires. En revanche, l’impôt sur le revenu prélevé à la source ampute la fiche de paie de Damien de 187 € et celle d’Audrey de 78 €.
Récapitulatif des charges fixes du foyer : loyer 785 €, garde d’enfant 345 €, assurances 222 €, essence 130 €, mutuelles 92 €, abonnements 85 €, impôts 265 €, électricité/eau 89 €, crédit auto (reste 18 mois) 195 €. Total : 2 208 €. Rapporté à la quote-part de Damien (61 % des revenus du couple), cela représente environ 1 347 € sur ses 2 380 €. Il lui reste donc un peu plus de 1 000 € pour tout le reste — et ce « reste » est souvent plus serré qu’on ne l’imagine.
Courses, sorties, essence : chaque poste variable est millimétré
Les courses alimentaires du foyer tournent autour de 480 € par mois. Damien et Audrey font un « gros plein » chez E.Leclerc tous les dix jours et complètent au marché des Lices le samedi matin. « Le marché, c’est notre sortie en famille. On y claque 35-40 € à chaque fois, mais c’est aussi notre moment de vie normale », explique Damien. Un réflexe que beaucoup de Français partagent face à la hausse des prix alimentaires.
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Côté sorties, le budget est modeste : 80 € par mois pour le couple. Un restaurant tous les quinze jours quand Damien n’est pas de nuit, une bière entre collègues de temps en temps. Le travail de nuit réduit mécaniquement les occasions de sortir — et donc les dépenses. « Mes collègues de jour dépensent plus en afterworks que moi en un mois de sorties », sourit-il.
Les vêtements et achats personnels représentent environ 70 € mensuels. Pour leur fille, ils comptent 60 € par mois (couches, vêtements, jouets). Les loisirs — un abonnement piscine pour Audrey à 25 € et les matchs du Stade Rennais que Damien suit depuis le canapé — coûtent une quarantaine d’euros mensuels.
Vacances : le couple met de côté 150 € par mois dans une enveloppe dédiée. L’été dernier, ils ont passé dix jours en camping dans le Morbihan pour 900 €, transport compris. « On ne part pas à l’autre bout du monde, mais on déconnecte. Avec les nuits, j’ai besoin de ces dix jours plus que n’importe qui. »
Dépenses variables totales du foyer : alimentation 480 €, sorties 80 €, vêtements/perso 70 €, enfant 60 €, loisirs 40 €, vacances (lissé) 150 €, imprévus 50 €. Total : 930 €. La part de Damien : environ 567 €. Additionnée aux charges fixes, on arrive à 1 914 € sur ses 2 380 €. Reste théorique : 466 € par mois.
Ce qu’il reste quand tout est payé — et ce que Damien en fait
Chaque mois, Damien vire 300 € sur un Livret A qui affiche aujourd’hui 8 400 €. Audrey épargne 150 € de son côté. Le couple constitue lentement un apport pour acheter — leur objectif est de réunir 25 000 € d’ici deux ans pour un pavillon en périphérie rennaise.
Le crédit auto de 195 € par mois se termine dans dix-huit mois. « Quand il sera soldé, ces 195 € iront direct dans l’apport. C’est notre accélérateur », calcule Damien. Aucun autre crédit à la consommation. Pas de découvert. « En sept ans de police, j’ai vu trop de gens en surendettement. Ça vaccine. »
Le solde réel en fin de mois, une fois l’épargne mise de côté, oscille entre 100 et 170 €. C’est la marge de sécurité — celle qui absorbe la facture de garagiste ou la paire de chaussures imprévue. « Certains mois, il reste 20 €. D’autres, 170 €. On ne touche jamais au Livret A sauf urgence absolue. »
Pour contexte, le salaire médian en France tourne autour de 2 100 € nets mensuels. Avec ses 2 380 € nets, Damien se situe légèrement au-dessus, mais ses horaires de nuit — avec les conséquences sur le sommeil, la vie sociale et la santé — relativisent cet écart. Comparé à Thomas, policier à Bordeaux qui gagne 100 € de plus grâce à l’ancienneté, ou à Maxime, pompier à Grenoble à 2 320 €, les métiers en uniforme se ressemblent budgétairement : on s’en sort, mais sans filet confortable.
« On ne se plaint pas, on a un toit, on mange bien, notre fille ne manque de rien. Mais quand les gens me disent que les flics sont bien payés, j’ai envie de leur montrer mon relevé de compte. Pas celui de la prime, celui du 28 du mois. »