Dans les comptes de Bastien, éleveur de poules pondeuses à 1 870 € nets par mois
Bastien, 34 ans, élève 3 800 poules pondeuses en plein air près de La Flèche, dans la Sarthe. Installé depuis six ans après une reconversion, il vend ses œufs en circuit court à des épiceries et sur les marchés. Une fois les charges de l’exploitation payées, il lui reste 1 870 € nets pour vivre. Voici comment il répartit chaque euro.
« Les gens pensent que je gagne comme un fermier friqué parce que je vends mes œufs plus cher qu’en supermarché, raconte-t-il. En réalité, entre les aliments, l’électricité et les emprunts du bâtiment, il ne reste pas grand-chose. »
Le revenu d’un éleveur, ce n’est jamais un salaire fixe
Bastien ne touche pas de fiche de paie classique. En tant qu’exploitant agricole individuel, il se verse une rémunération mensualisée à partir du résultat de son exploitation, calculée sur l’année précédente et lissée sur 12 mois.
Pour 2025, cette rémunération atteint 1 870 € nets par mois en moyenne. Mais le chiffre cache de fortes variations saisonnières : l’hiver, la ponte ralentit et les charges de chauffage grimpent, ce qui comprime sa marge.
« En été, je gagne presque le double sur le papier, mais je réinjecte tout dans le renouvellement du cheptel », précise-t-il. Il touche aussi une aide PAC (Politique Agricole Commune) d’environ 340 € par mois, versée en réalité une fois par an mais qu’il provisionne mensuellement dans ses calculs.

Des charges qui n’ont rien à voir avec un salarié classique
Le poste le plus lourd, ce n’est pas son loyer personnel mais le remboursement du bâtiment d’élevage : 620 € par mois sur un prêt professionnel de 15 ans. À cela s’ajoute l’aliment pour les poules, qui pèse 890 € mensuels à lui seul.
« L’alimentation, c’est le nerf de la guerre. Le prix du blé et du soja a explosé ces dernières années, et je ne peux pas la répercuter entièrement sur le prix de l’œuf sans perdre mes clients. »
Côté logement personnel, Bastien vit dans une maison mitoyenne à l’exploitation, héritée de ses grands-parents, sans loyer ni crédit immobilier à payer. Un avantage rare qui explique en partie comment il tient avec un revenu modeste.
Ses assurances professionnelles (responsabilité civile exploitation, mortalité du cheptel) lui coûtent 95 € par mois. L’électricité du bâtiment, avec la ventilation et l’éclairage automatisé, grimpe à 210 € mensuels.
Sur le plan personnel, il paie 42 € de mutuelle santé MSA, 38 € de forfait mobile et box internet réunis, et 12,99 € pour un abonnement streaming qu’il partage avec sa sœur. Sa voiture, indispensable pour livrer les commerces, lui coûte 180 € d’assurance et de carburant mensualisés.

Ce qui reste pour vivre une fois les poules nourries
Après les 890 € d’aliment, les 620 € de crédit bâtiment, les 95 € d’assurances pro et les 210 € d’électricité, il reste à Bastien environ 1 870 € pour ses dépenses personnelles et son alimentation propre.
Ses courses alimentaires lui coûtent 220 € par mois pour lui et sa compagne. « On mange nos propres œufs gratuitement, ça aide forcément un peu sur le budget », sourit-il.
Il consacre 90 € aux sorties et restaurants, presque toujours le dimanche soir après une semaine de travail sans repos. Les loisirs restent modestes : 35 € pour la chasse, sa seule vraie passion, licence et cartouches comprises.
Le poste vacances est le plus sacrifié du budget. Bastien lisse environ 60 € par mois pour un court séjour annuel, généralement une semaine en Vendée l’été, quand un voisin agriculteur accepte de surveiller les bêtes.
Le carburant de sa camionnette de livraison, hors trajets professionnels déjà comptés, lui coûte encore 45 € par mois pour ses déplacements personnels.
Un mois qui se termine souvent à zéro
Une fois toutes ces dépenses posées, il reste à Bastien entre 80 et 150 € en fin de mois selon les périodes. Pas de quoi épargner sereinement, mais pas de découvert non plus la plupart du temps.
« Je sais que je devrais épargner plus, mais avec l’incertitude sur les prix de l’aliment, je préfère garder une petite marge de sécurité sur mon compte plutôt que de bloquer de l’argent », explique-t-il.
Il possède tout de même un livret A avec 2 400 € de côté, constitué progressivement grâce à une bonne année 2023. Son vrai projet d’épargne, c’est le remboursement anticipé du bâtiment, prévu dans huit ans s’il maintient ce rythme.
Bastien n’a pas de crédit à la consommation ni de prêt auto : sa camionnette a quinze ans et il la répare lui-même autant que possible. « Le jour où elle lâche, ça va faire mal au budget », reconnaît-il.
« Je ne gagne pas gros, mais je ne dois rien à personne à part la banque pour le bâtiment, et ça, ça vaut cher pour moi », résume Bastien.
Avec 1 870 € nets, il se situe nettement sous le salaire médian français, qui tourne autour de 2 100 € nets par mois selon l’Insee — mais son mode de vie, sans loyer et avec des œufs gratuits, compense une partie de cet écart.
Pour comparer avec d’autres métiers aux revenus similaires, on peut consulter le budget de Sandrine, crémière sur un marché de Bayonne ou encore celui de Ludovic, boucher à Colmar.