Icône menu hamburger Icône loupe de recherche
  1. TDN >
  2. Argent

Dans les comptes de Fanny, fleuriste à Troyes à 1 740 € nets par mois

Publié par Mathieu le 24 Juin 2026 à 19:02

Fanny a 34 ans, elle est fleuriste salariée dans une boutique indépendante du centre-ville de Troyes. Chaque mois, 1 740 € nets tombent sur son compte. Elle vit seule avec sa fille de 6 ans dans un T3 loué à deux pas de la gare. Voici comment elle répartit chaque euro.

Ce qui entre sur le compte chaque mois

Le salaire de Fanny s’élève à 1 740 € nets. C’est la rémunération classique d’une fleuriste qualifiée avec huit ans d’expérience dans l’Aube, légèrement au-dessus du SMIC sectoriel. « Quand je vois ce que je gagne par rapport à mes horaires, je me dis que la passion a un prix », glisse-t-elle.

Fanny fleuriste prépare un bouquet dans sa boutique

En tant que mère isolée, elle perçoit 195 € d’allocation de soutien familial (ASF) versés par la CAF. S’y ajoutent 140 € d’APL qui viennent alléger directement son loyer. Au total, ses ressources mensuelles réelles atteignent donc 2 075 €.

Les heures supplémentaires existent surtout lors des pics saisonniers : Saint-Valentin, fête des Mères, Toussaint. Lissées sur l’année, elles représentent environ 65 € nets par mois. Fanny les comptabilise à part et les considère comme un bonus, pas comme un acquis.

Son revenu total mensuel s’établit donc à 2 140 €, primes saisonnières comprises. Un montant qui reste inférieur au salaire moyen en région, mais qui lui permet de vivre — à condition de compter chaque poste. Et le premier d’entre eux pèse lourd.

Le mur des dépenses fixes

Le loyer du T3 de 58 m² s’élève à 580 € charges comprises, APL déduite. Sans l’aide au logement, la facture grimperait à 720 €. Troyes reste une ville accessible : un appartement comparable coûterait presque le double à Lyon ou Bordeaux.

Intérieur modeste d'un appartement T3 à Troyes

L’électricité et le gaz lui coûtent 95 € par mois en moyenne, avec un pic hivernal qui peut frôler 130 €. L’assurance habitation ajoute 22 € mensuels. La mutuelle complémentaire, obligatoire pour couvrir aussi sa fille, représente 58 €.

Côté transports, Fanny n’a pas de voiture. Elle se déplace à vélo et en bus. Son abonnement TCAT (réseau de Troyes) lui revient à 32 € par mois. Un choix contraint autant qu’économique : « Une voiture, même d’occasion, c’est 250 € par mois minimum avec l’assurance et l’essence. Impossible pour moi. »

Le forfait téléphone coûte 12 € (opérateur low-cost), la box internet 25 €. Netflix et Disney+ totalisent 20 € — son seul abonnement streaming. La cantine scolaire de sa fille pèse 52 € par mois au tarif social. L’assurance scolaire ajoute 3 €.

Enfin, le prélèvement à la source de l’impôt sur le revenu s’élève à 0 €. Avec ses revenus et sa demi-part supplémentaire de parent isolé, Fanny est non imposable. Au total, ses dépenses fixes mensuelles atteignent 899 €. Il reste donc 1 241 € pour tout le reste — et c’est là que les arbitrages commencent.

Les dépenses qui bougent d’un mois à l’autre

Les courses alimentaires constituent le deuxième poste le plus lourd après le loyer. Fanny dépense en moyenne 340 € par mois pour deux personnes. Elle alterne entre Lidl pour les basiques et le marché couvert de Troyes le samedi matin pour les fruits et légumes frais.

« Je cuisine beaucoup, c’est ce qui me sauve. Un plat de pâtes maison avec des légumes de saison, ça revient à 2 € pour deux », explique-t-elle. Comme d’autres salariées à revenus comparables, elle a banni les plats préparés industriels — pas par conviction, par nécessité budgétaire.

Les sorties restaurant se limitent à une ou deux fois par mois, souvent un fast-food avec sa fille. Budget : 35 € mensuels. Le poste « vêtements et chaussures » tourne autour de 50 €, en grande partie pour la petite qui grandit vite.

Les loisirs — parc de jeux, médiathèque, cinéma — coûtent environ 40 € par mois. Fanny utilise la carte Cézam proposée par son employeur pour obtenir des réductions ponctuelles. Les produits d’hygiène et d’entretien pèsent 30 € mensuels.

Quant aux vacances, Fanny lisse un budget annuel de 600 €, soit 50 € mis de côté chaque mois. L’été dernier, direction la côte normande chez une amie pendant une semaine. « On a dormi chez elle, on a juste payé l’essence du covoiturage et la nourriture. Ma fille a adoré. »

Au total, les dépenses variables représentent 545 € par mois. Additionnées aux charges fixes, elles portent le total des sorties à 1 444 €. Le calcul laisse entrevoir un reste à vivre de 696 € — en théorie. Mais entre la théorie et la réalité, il y a les imprévus.

Ce qu’il reste quand tout est payé

Chaque mois, Fanny vire 150 € sur un Livret A qui affiche aujourd’hui un solde de 2 800 €. « C’est mon matelas de survie. Si la machine à laver lâche ou si ma fille a besoin de lunettes, je ne veux pas être prise au dépourvu. » Un réflexe partagé par de nombreux petits salaires qui privilégient la sécurité à la rentabilité.

Elle n’a aucun crédit à la consommation en cours et s’en félicite. « J’ai eu un crédit revolving à 24 ans, ça m’a servi de leçon. Plus jamais. » Son seul engagement financier récurrent hors charges est un abonnement à une box jardinage à 15 € par mois — son petit plaisir assumé.

Son projet à moyen terme : passer le BP fleuriste pour espérer un poste de responsable ou, un jour, ouvrir sa propre boutique. Le coût de la formation, environ 3 500 €, pourrait être pris en charge en partie par le CPF. « Il me reste 1 200 € dessus, il faudra compléter. »

En fin de mois, une fois l’épargne déduite, il reste réellement autour de 530 €. Une somme qui absorbe les imprévus courants : un anniversaire d’enfant à 25 €, un petit déjeuner boulangerie le dimanche matin, un livre scolaire oublié. Certains mois, le solde avant salaire descend sous les 100 €.

« Je ne me plains pas, il y a pire. Mais je ne peux rien laisser au hasard », résume Fanny. À titre de comparaison, le salaire médian en France s’établit autour de 2 100 € nets par mois. Avec 1 740 €, Fanny gagne 17 % de moins que la moitié des Français — et pourtant, à force de rigueur, elle boucle chaque mois sans découvert. Le prix, c’est de ne presque jamais s’autoriser l’imprévu.

Laissez un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *