Dans les comptes de Tristan, kinésithérapeute libéral à Besançon à 2 950 € nets par mois
Tristan, 34 ans, est kinésithérapeute libéral à Besançon depuis six ans. Il vit en couple avec sa compagne, qui travaille à mi-temps comme assistante administrative. À eux deux, ils élèvent un fils de 3 ans.
Avec 2 950 € nets par mois après charges professionnelles et cotisations, Tristan fait partie de ces soignants libéraux dont le revenu semble confortable — jusqu’à ce qu’on ouvre le détail de ses dépenses. Voici comment il répartit chaque euro.

Ce qui tombe chaque mois sur le compte
Tristan facture en moyenne 5 800 € d’honoraires mensuels bruts. Après déduction des charges de son cabinet — loyer professionnel (620 €), URSSAF (1 180 €), assurance pro et prévoyance (310 €), matériel et entretien (140 €) —, il lui reste 2 950 € nets sur son compte personnel.
Sa compagne perçoit 980 € nets pour son mi-temps. Le couple touche également 140 € d’allocations familiales et 85 € d’APL. Au total, le foyer dispose de 4 155 € par mois pour trois personnes.
« Sur le papier, 2 950 € nets en libéral, ça fait rêver. Mais quand tu enlèves la retraite complémentaire que tu paies toi-même et que tu n’as pas de treizième mois, la réalité est différente. » Tristan verse en effet 180 € supplémentaires chaque mois sur un contrat Madelin pour sa retraite complémentaire.
Ce montant, rarement visible dans les grilles salariales, grignote un budget que beaucoup de salariés n’ont pas à prévoir. Reste à voir ce que le foyer fait des 3 975 € réellement disponibles.
Le mur des dépenses fixes

Le poste le plus lourd, c’est le logement. Tristan et sa compagne louent un T3 de 68 m² dans le quartier de Planoise, à Besançon, pour 685 € charges comprises. Un loyer modéré pour la ville, rendu possible par le choix d’un quartier moins coté.
L’assurance habitation coûte 32 € par mois. La mutuelle familiale — indispensable en libéral puisqu’il n’y a pas de complémentaire employeur — s’élève à 175 € pour les trois. C’est un poste que d’autres professionnels de santé libéraux connaissent bien.
Côté transports, Tristan utilise sa voiture pour les visites à domicile (environ 30 % de son activité). Il dépense 160 € d’essence par mois et 95 € d’assurance auto. Sa compagne prend le tramway : 38 € d’abonnement mensuel.
Les abonnements s’accumulent discrètement. Internet fixe : 34 €. Deux forfaits mobiles : 28 € au total. Netflix et Spotify famille : 29 €. La crèche du petit absorbe 320 € mensuels, un tarif calculé sur les revenus du foyer.
L’impôt sur le revenu, prélevé à la source, représente environ 185 € par mois pour Tristan seul. La taxe d’habitation n’existe plus pour leur tranche, mais la taxe foncière (payée par le propriétaire) se répercute dans le loyer.
Total des charges fixes : environ 1 781 € par mois. Plus de 44 % du budget disponible du foyer disparaît avant même d’avoir ouvert le frigo. Et la ligne crèche, à elle seule, pèse autant que le loyer d’une assistante maternelle dans la même ville.
Là où le budget se joue vraiment
Les courses alimentaires représentent 480 € par mois pour trois. Tristan et sa compagne font leurs achats principalement chez Lidl et au marché Beaux-Arts le samedi matin. « On cuisine quasiment tout, c’est notre manière d’économiser sans se priver. »
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Les sorties restaurant restent rares : deux fois par mois maximum, pour un budget de 70 €. Le couple privilégie les balades en forêt de Chailluz ou les sorties gratuites à la Citadelle avec leur fils.
L’essence hors usage professionnel ajoute 60 € mensuels, surtout pour les week-ends chez les grands-parents dans le Jura voisin. Les vêtements et chaussures — pour trois — tournent autour de 80 € par mois, lissés sur l’année. L’enfant grandit vite, et ça se sent dans le budget.
Les loisirs adultes se résument à peu : un abonnement à la piscine municipale pour Tristan (22 €), quelques livres et un ciné par mois (35 € environ). Le prix du cinéma les fait parfois hésiter, surtout depuis la naissance du petit.
Les vacances représentent un budget lissé de 150 € par mois. Le couple part deux semaines par an, généralement en location dans les Alpes ou sur la côte atlantique. « On ne prend pas l’avion. C’est un choix financier autant qu’écologique. »
Côté dépenses imprévues — réparation voiture, remplacement d’électroménager, frais médicaux non remboursés —, Tristan provisionne 100 € par mois dans une enveloppe dédiée. Total des dépenses variables : environ 997 € par mois. L’addition commence à laisser peu de marge.
Ce qu’il reste quand tout est payé
Une fois les fixes et les variables soustraits, le foyer dégage environ 1 197 € de reste à vivre théorique. En réalité, après le contrat Madelin (180 €), il reste 1 017 €.
Tristan place 400 € par mois sur un livret d’épargne classique. Il verse aussi 150 € sur une assurance-vie ouverte à la naissance de son fils. « C’est pour ses études. Dans quinze ans, ça ne sera pas du luxe. »
Le couple n’a aucun crédit à la consommation en cours. En revanche, Tristan a contracté un prêt professionnel de 18 000 € pour équiper son cabinet à ses débuts. Il rembourse 280 € par mois, et il lui reste quatorze mensualités.
Une fois tout comptabilisé, il reste environ 187 € de marge réelle en fin de mois. Un coussin mince qui explique pourquoi Tristan accepte parfois des patients le samedi matin. « Je sais que je devrais lever le pied, mais 187 € de marge, ça ne pardonne aucun imprévu. »
Son projet à moyen terme : racheter les murs de son cabinet, estimés à 95 000 €. Avec la fin du prêt professionnel dans un peu plus d’un an, il pourra rediriger ces 280 € vers un apport. Mais le chemin reste long pour un libéral sans filet de sécurité salariale.
Pour rappel, le salaire médian en France se situe autour de 2 100 € nets mensuels. Avec 2 950 € nets, Tristan se place nettement au-dessus. Mais le statut libéral impose de financer soi-même retraite, prévoyance et équipement — des postes que les salariés ne voient jamais sur leur fiche de paie.
« Les gens pensent que les kinés roulent sur l’or. La vérité, c’est qu’on gagne correctement, mais qu’on paye tout deux fois : une fois pour le cabinet, une fois pour la vie. »