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Dans les comptes de Guillaume, libraire à Strasbourg à 1 690 € nets par mois

Publié par Mathieu le 26 Juin 2026 à 19:01

Guillaume a 34 ans, il est libraire salarié dans une librairie indépendante du centre de Strasbourg. Chaque mois, 1 690 € nets tombent sur son compte. Un salaire modeste pour une ville universitaire où les loyers grimpent, mais il assure s’en sortir — à condition de compter.

« Je ne suis pas devenu libraire pour devenir riche, ça, tout le monde le sait dans le métier. Mais parfois, je me demande si je pourrai continuer encore longtemps. » Voici comment il ventile son budget, euro par euro.

Guillaume libraire derrière le comptoir de sa librairie à Strasbourg

Ce qui tombe chaque mois sur son compte

Le salaire net de Guillaume s’élève à 1 590 € par mois, versé le 28 de chaque mois. Il correspond à un temps plein au SMIC majoré d’un échelon, après six ans d’ancienneté dans la même librairie. La convention collective de la librairie reste l’une des moins généreuses du commerce.

À ce salaire fixe s’ajoutent 100 € mensuels d’APL. Son logement, un T2 de 38 m² situé dans le quartier de la Krutenau, lui ouvre encore droit à cette aide malgré la récente réforme du calcul. C’est un complément qu’il surveille de près chaque trimestre.

Le total mensuel atteint donc 1 690 € nets. Pas de prime annuelle, pas de treizième mois, pas de tickets restaurant. « En librairie indépendante, les extras n’existent pas. Mon patron galère déjà à payer les charges », résume-t-il. Comparé au salaire médian dans certaines villes françaises, Guillaume se situe nettement en dessous de la moyenne nationale de 2 100 € nets.

Les murs du budget : 1 047 € de dépenses fixes

Le loyer représente le premier poste, et de loin. Guillaume verse 560 € charges comprises pour son deux-pièces. Le quartier de la Krutenau, prisé des étudiants et jeunes actifs, n’est pas le moins cher de Strasbourg. Mais il tient à rester à vélo de la librairie.

Petit appartement T2 à Strasbourg avec vélo dans l'entrée

L’assurance habitation lui coûte 18 € par mois. Sa mutuelle, souscrite à titre individuel puisque son employeur ne propose que la couverture minimale obligatoire, s’élève à 42 €. « La mutuelle d’entreprise couvre à peine les lunettes. J’ai pris un complément pour les soins dentaires. »

Côté énergie, la facture d’électricité et de chauffage atteint 75 € en moyenne lissée sur l’année. L’hiver strasbourgeois pèse lourd : les mois de janvier et février dépassent les 110 €. Son forfait téléphone coûte 15 € chez un opérateur low-cost, et la box internet partagée avec sa voisine de palier lui revient à 12 €.

Le transport est son poste le plus léger. Guillaume roule exclusivement à vélo, un Btwin acheté d’occasion à 90 €. Il ne possède pas de voiture. Son abonnement CTS (réseau de transports strasbourgeois) à 33 € par mois lui sert uniquement les jours de pluie ou pour les trajets en banlieue. Contrairement à certains départements où les trajets quotidiens dépassent 45 km, il parcourt moins de 3 km pour aller travailler.

L’impôt sur le revenu, prélevé à la source, s’élève à 52 € par mois. Avec un revenu fiscal de référence autour de 20 300 € annuels, il se situe dans la première tranche. Son seul abonnement de streaming : Spotify à 11 €. Pas de Netflix, pas de Disney+. « Je lis, je n’ai pas le temps de regarder des séries. »

Un crédit à la consommation contracté il y a deux ans pour remplacer son ordinateur portable lui prélève 47 € par mois. Il reste huit mensualités. Son téléphone, un reconditionné, a été payé comptant. Internet, téléphone, énergie, assurances, mutuelle, crédit, transports : au total, ses dépenses contraintes grimpent à 865 €. En ajoutant le loyer, 1 425 € sont déjà fléchés avant même d’ouvrir le frigo.

Manger, sortir, vivre : le budget élastique

Les courses alimentaires représentent 220 € par mois. Guillaume cuisine presque tous ses repas et fréquente le marché de la place de Zurich le samedi matin. Il achète peu de viande — « trop cher pour ce que c’est » — et privilégie les légumineuses, les œufs et le fromage.

Les sorties restaurant se limitent à deux ou trois par mois, pour un budget de 45 €. Un kebab à 8 € le midi, une bière en terrasse à 5 € le vendredi soir. « Strasbourg est une ville de brasseries, mais à 18 € la choucroute, tu y vas pas toutes les semaines. » Comme pour Samy, serveur dans la même ville, le poste sorties reste le premier à sauter quand la fin de mois approche.

Côté loisirs, Guillaume dépense environ 30 € par mois. L’avantage du métier : il bénéficie de services de presse et de livres abîmés que la librairie lui cède gratuitement. Il lit trois à quatre romans par semaine. Son seul vrai loisir payant, c’est le cinéma : une carte UGC à 22 € par mois qu’il partage avec un ami grâce à la formule duo.

Le shopping vestimentaire se résume à 25 € mensuels lissés. Friperies et Vinted composent l’essentiel de sa garde-robe. Les vacances, elles, sont budgétées à 40 € par mois, soit 480 € sur l’année. « L’an dernier, j’ai fait dix jours chez un ami à Lisbonne. Le billet d’avion m’a coûté 89 €, le reste c’était canapé et sardines grillées. »

Les produits d’hygiène et dépenses de santé non remboursées tournent autour de 20 € par mois. Total des dépenses variables : 380 €. Ajoutées aux charges fixes, le compteur affiche 1 805 €. Sauf que Guillaume ne touche que 1 690 €. Le calcul ne colle pas — et c’est précisément là que son système se complique.

Ce qu’il reste quand il ne reste rien

Sur le papier, Guillaume est dans le rouge de 115 € chaque mois. En réalité, il jongle. Les mois où l’énergie coûte moins cher — d’avril à septembre —, il dégage entre 30 et 80 € qu’il met de côté sur un Livret A. Solde actuel : 1 340 €. Les mois d’hiver, il pioche dedans.

« Mon épargne, c’est un yo-yo. Je mets 50 en juin, j’en reprends 70 en décembre. » Il n’a pas d’assurance-vie, pas de PEA, pas de placements. Son seul filet de sécurité reste ce livret qui ne dépasse jamais les 2 000 €. Comparé au montant estimé pour vivre dignement, sa marge est quasi inexistante.

Le crédit informatique sera soldé dans huit mois. Ces 47 € libérés pourraient changer la donne — à condition qu’aucune dépense imprévue ne surgisse. Une réparation dentaire, un vélo volé, et le fragile équilibre s’effondre. Guillaume le sait. Il a déjà connu un découvert de 400 € l’hiver dernier après une panne de chauffe-eau.

Son projet ? Passer le concours de bibliothécaire territorial. « Le salaire de départ n’est pas fou non plus, autour de 1 800 € nets. Mais il y a un treizième mois, des primes, une meilleure mutuelle. Et surtout, une sécurité de l’emploi. » En attendant, il continue de conseiller des romans à ses clients pour un SMIC amélioré.

« L’argent, c’est le sujet que personne n’aborde dans mon métier. On parle de passion, de transmission, de culture. Mais à la fin du mois, la passion ne paie pas le loyer. » Avec 1 690 € nets, Guillaume gagne 20 % de moins que le salaire médian français. Dans les villes où les salaires sont les plus élevés, son budget tiendrait encore moins longtemps.

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