Les 8 départements français où les habitants utilisent le plus leur voiture chaque jour : le n°1 dépasse 45 km par trajet
En France, la voiture reste le moyen de transport numéro un pour aller travailler. Mais tous les départements ne sont pas logés à la même enseigne. Certains habitants passent bien plus de temps sur la route que la moyenne nationale — et le département en tête du classement n’est absolument pas celui qu’on imagine. Données INSEE et enquêtes mobilité à l’appui, voici les 8 départements où les trajets domicile-travail en voiture sont les plus longs. Spoiler : la grande couronne parisienne ne domine pas ce palmarès.

Un pays où 74 % des actifs roulent chaque matin
Selon les dernières données du recensement INSEE, près de trois actifs français sur quatre utilisent leur voiture pour se rendre au travail. La distance moyenne d’un trajet domicile-travail en France métropolitaine tourne autour de 25 km. C’est déjà conséquent, mais certains territoires explosent ce chiffre.
Les raisons sont multiples : déserts d’emploi, étalement urbain, absence de transports en commun ou prix de l’immobilier qui pousse les ménages à s’éloigner des bassins d’activité. Ce n’est pas qu’une question rurale — certains départements où les habitants possèdent le plus de voitures ne figurent pas forcément dans ce classement.
Pour établir ce top 8, on s’appuie sur les distances médianes domicile-travail par département (données INSEE, enquêtes mobilité CEREMA). Et la géographie de ce palmarès raconte une France qu’on ne soupçonne pas toujours.
Positions 8 à 6 : l’Ouest et le grand périurbain en tête
8e — La Manche (50) : 28,4 km en moyenne. Le bocage normand, ses routes départementales sinueuses et ses emplois concentrés autour de Cherbourg et Saint-Lô. Les habitants des communes rurales n’ont souvent aucune alternative au tout-voiture, le réseau ferroviaire étant quasi inexistant hors de la côte.

7e — L’Eure (27) : 29,1 km. Coincé entre Rouen et Paris, ce département est un cas d’école de la « dépendance pendulaire ». Des milliers d’Eurois travaillent en Île-de-France ou dans l’agglomération rouennaise, mais vivent dans des communes où les loyers restent parmi les moins chers. Le prix à payer : des trajets quotidiens qui dépassent la demi-heure.
6e — L’Oise (60) : 30,3 km. Même logique que l’Eure, mais en plus marqué. L’Oise est le département de la grande couronne nord qui envoie le plus d’actifs vers Paris et la petite couronne chaque matin. Senlis, Compiègne, Beauvais : les bassins de vie locaux ne suffisent pas à absorber la demande d’emploi.
Positions 5 et 4 : quand la ruralité profonde allonge les compteurs
5e — Les Landes (40) : 31,7 km. Surprise du classement. Le département le plus boisé de France est aussi l’un des plus étendus, avec une densité de population très faible. Entre Mont-de-Marsan et Dax, les actifs enchaînent les kilomètres sur des nationales rectilignes à travers la forêt landaise. Le TER ne dessert que l’axe Bayonne-Bordeaux, laissant l’intérieur sans alternative.
4e — L’Yonne (89) : 32,5 km. Le nord de la Bourgogne paie le prix de sa proximité avec l’Île-de-France. De nombreux habitants de Sens ou Joigny travaillent dans le sud francilien, générant des navettes quotidiennes de plus de 60 km aller-retour. Le département affiche aussi un taux de chômage supérieur à la moyenne, ce qui pousse les actifs à accepter des postes éloignés. Les départements où l’on déménage le plus partagent d’ailleurs souvent cette caractéristique.
Mais le podium réserve un profil encore plus radical — et un numéro 1 que presque personne ne cite spontanément.
Le podium : trois départements au-delà de 35 km par trajet
3e — L’Ain (01) : 35,2 km. Ce département de l’est lyonnais cumule deux phénomènes. D’un côté, des milliers de frontaliers font la route chaque jour vers Genève et la Suisse — où les salaires dépassent 3 500 € même pour des postes intermédiaires. De l’autre, le reste des actifs se rabat vers Lyon ou Bourg-en-Bresse. Résultat : un trajet médian qui dépasse les 35 km, avec des pointes à 70 km pour les communes du Pays de Gex.
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2e — La Haute-Savoie (74) : 38,6 km. Le département le plus frontalier de France avec la Suisse. Près de 100 000 actifs haut-savoyards traversent la frontière chaque jour pour travailler à Genève, Lausanne ou dans le canton de Vaud. Ils gagnent en francs suisses mais roulent en euros — et les bouchons entre Annemasse et Genève sont devenus légendaires. Le coût de l’immobilier côté suisse rend ce trajet structurel : impossible de se loger à proximité du lieu de travail sans y laisser l’intégralité du salaire.
Et le n°1 : un département que personne ne soupçonne
1er — L’Eure-et-Loir (28) : 46,2 km de trajet moyen domicile-travail. Oui, le département de Chartres écrase tout le monde. Et l’explication est limpide quand on regarde la carte.
L’Eure-et-Loir est situé à la lisière sud-ouest de l’Île-de-France. Ses habitants bénéficient de prix immobiliers encore abordables — souvent 30 à 40 % moins chers que dans les Yvelines voisines. Mais les emplois, eux, sont restés concentrés autour de Paris, Versailles et la Défense.
Conséquence directe : des dizaines de milliers d’Euréliens prennent leur voiture chaque matin pour rejoindre la banlieue parisienne, voire Paris intra-muros quand le RER ou le Transilien ne sont pas accessibles. Le trajet Chartres–La Défense fait 90 km. Dreux–Nanterre, 80 km. Et contrairement à l’Oise ou à l’Eure, les liaisons ferroviaires sont moins fréquentes et plus lentes.
D’après l’enquête mobilité du CEREMA, plus de 42 % des actifs d’Eure-et-Loir travaillent en dehors de leur département — un record en France métropolitaine. C’est aussi l’un des départements où les salaires locaux restent parmi les plus bas, ce qui renforce la dépendance aux bassins d’emploi franciliens.
Ce que ce classement dit de la France de 2026
Un point commun relie ces huit départements : ils sont tous situés à la périphérie d’un grand pôle d’emploi (Paris, Lyon, Genève) sans être suffisamment desservis par les transports collectifs. C’est la France du « trop loin pour le métro, trop près pour déménager ».
Le budget carburant moyen d’un ménage dans ces territoires dépasse 2 400 € par an selon l’Automobile Club. Dans l’Eure-et-Loir, certains foyers consacrent plus de 18 % de leurs revenus au transport — contre 10 % en moyenne nationale.
La question du coût de la vie ne se résume donc pas au loyer ou aux impôts locaux. Quand on additionne les kilomètres, l’usure du véhicule et le temps perdu, certains départements « bon marché » coûtent finalement plus cher qu’on ne le croit. Les villes où le coût de la vie est le plus bas ne sont pas toujours celles où l’on dépense le moins au total.
Et toi, tu aurais deviné l’Eure-et-Loir en numéro 1 ?