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Dans les comptes de Malik, moniteur d’auto-école à Mulhouse à 1 940 € nets par mois

Publié par Mathieu le 14 Juin 2026 à 19:01

Malik a 34 ans, il est moniteur d’auto-école à Mulhouse depuis six ans. Il gagne 1 940 € nets par mois. Célibataire, locataire d’un T2 dans le quartier Fonderie, il vit seul avec un budget millimétré où chaque poste est pesé au centime près.

« Je ne me plains pas, mais faut pas que la voiture lâche ou que le frigo tombe en panne le même mois », résume-t-il. Voici comment il répartit chaque euro de sa paie.

Ce que Malik touche vraiment chaque mois

Son salaire de base s’élève à 1 820 € nets. En tant que moniteur salarié dans une auto-école indépendante, il est au coefficient 245 de la convention collective des services de l’automobile. À 34 ans et six ans d’ancienneté, c’est dans la moyenne du métier en province.

Dans les comptes de Malik, moniteur d'auto-école à Mulhouse à 1 940 € nets par mois

À ce fixe s’ajoutent en moyenne 120 € mensuels d’heures supplémentaires. Les samedis matins sont quasi systématiques, surtout entre mars et juillet quand les candidats se bousculent avant l’été. Malik touche donc un total de 1 940 € nets en moyenne lissée sur l’année.

Pas de prime de 13e mois, pas d’intéressement. L’auto-école emploie quatre moniteurs et un patron qui gère aussi le planning. Seul bonus : une prime annuelle de 300 € versée en décembre. Rapportée au mois, elle représente 25 € — Malik ne la compte même pas dans son budget courant.

Côté aides, il ne touche ni APL ni aucune allocation. Son salaire dépasse les plafonds pour une personne seule sans enfant en Alsace. Ce qui entre sur son compte chaque mois, c’est donc précisément 1 940 €, et pas un centime de plus.

Le mur des dépenses fixes : 1 195 € avant même de manger

Son loyer absorbe 530 € charges comprises pour un T2 de 42 m² dans le quartier Fonderie, un secteur rénové mais encore accessible à Mulhouse. C’est 27 % de ses revenus, un ratio que beaucoup de salariés autour de 1 900 € lui envieraient dans des villes plus tendues.

Editorial press photograph illustrating: Dans les comptes de Malik, moniteur d'auto-école à Mulhouse

L’assurance habitation lui coûte 18 € par mois. Sa mutuelle santé, souscrite à titre individuel puisque son employeur ne propose que la couverture minimale obligatoire, revient à 47 €. Il a choisi un bon remboursement dentaire après un bridge posé l’an dernier.

Côté transports, Malik n’a pas besoin de voiture pour aller travailler — il prend la voiture-école au dépôt, à dix minutes à pied de chez lui. Mais il possède une Clio 3 de 2014 qu’il utilise le week-end. Assurance auto : 52 €. Essence : environ 60 € par mois. Contrôle technique et entretien lissés : 35 €.

Son forfait téléphone coûte 12 € chez un opérateur low-cost. Internet fixe : 20 €. Il a un seul abonnement streaming à 6 € (Netflix avec publicité). Sa box électricité-gaz représente 75 € par mois en moyenne lissée, un poste qu’il surveille de près depuis la hausse des tarifs.

L’impôt sur le revenu, prélevé à la source, lui retire 95 € chaque mois. Comme d’autres salariés dans cette tranche, il se situe pile dans le premier palier à 11 %. Enfin, il rembourse un crédit conso contracté il y a deux ans pour changer sa machine à laver et son canapé : 65 € par mois, reste dix mensualités.

Total des charges fixes : 1 015 € — auxquels s’ajoutent les 95 € d’impôt et les 85 € de crédit, soit 1 195 € incompressibles. Avant même d’ouvrir le frigo, il reste 745 € pour tout le reste.

Courses, sorties et petits plaisirs : où filent les 745 € restants

Les courses alimentaires représentent son deuxième plus gros poste. Malik dépense 260 € par mois en moyenne, principalement chez Aldi et au marché du canal couvert de Mulhouse le samedi matin. « Je cuisine pas mal, c’est mon kif du dimanche. Un bon tajine ou un gratin, ça coûte rien et ça tient trois repas. »

Les sorties et restaurants absorbent 80 € mensuels. Un kebab entre deux leçons, une bière en terrasse le vendredi soir avec les collègues, parfois un resto avec des amis. Rien d’extravagant, mais il y tient. « C’est ce qui me permet de pas devenir dingue à force de répéter « contrôle rétro, clignotant, angle mort ». »

Le shopping — vêtements, chaussures, petit matériel — tourne autour de 45 € par mois lissé. Malik porte souvent un polo et un jean pour bosser, il n’a pas de dress code coûteux. Sa salle de sport lui revient à 30 €, un abonnement dans une salle low-cost à Illzach. Il y va trois fois par semaine.

Les loisirs annexes — jeux vidéo, un livre de temps en temps, un match de foot au stade de l’Ill — ajoutent 35 €. Il a aussi un abonnement PlayStation Plus à 8 € par mois. Pour les vacances, Malik provisionne 80 € chaque mois sur un compte séparé. L’été dernier, ça lui a permis de partir dix jours au Maroc chez de la famille.

Le budget hygiène et santé hors mutuelle (pharmacie, coiffeur, produits) représente 25 €. Total des dépenses variables : 555 €. On arrive à un total de 1 750 € de dépenses mensuelles, toutes catégories confondues.

Ce qu’il reste quand tout est payé

En fin de mois, Malik dégage un solde de 190 €. C’est à la fois peu et beaucoup, selon le prisme. Peu, parce qu’un imprévu — une amende, une réparation auto, un cadeau d’anniversaire — suffit à faire fondre ce matelas. Beaucoup, parce que certains salariés en dessous de 1 600 € nets terminent le mois à zéro.

Sur ces 190 €, Malik vire 100 € sur un Livret A qui affiche aujourd’hui 3 400 €. Les 90 € restants constituent sa « marge de manœuvre » — l’argent qu’il peut dépenser ou garder selon les mois. En six ans, il n’a jamais été à découvert. « C’est ma fierté. Mon père m’a toujours dit : le découvert, c’est un engrenage. »

Son crédit conso à 65 € par mois sera soldé dans dix mois. Quand il disparaîtra, Malik prévoit de basculer cette somme intégralement sur son épargne. Son objectif : atteindre 6 000 € de côté d’ici fin 2027 pour constituer un apport et tenter d’acheter un petit appartement à Mulhouse, où les prix restent parmi les plus bas de France pour une ville de cette taille.

Professionnellement, il réfléchit à passer le BAFM (Brevet d’aptitude à la formation des moniteurs) pour devenir formateur de moniteurs. Le gain salarial potentiel : entre 300 et 500 € nets supplémentaires par mois. « Ça changerait tout. Là, je vis correctement mais j’avance pas vraiment. »

Pour comparaison, le salaire médian net en France s’établit autour de 2 100 € par mois. Malik se situe donc 160 € en dessous, dans un métier exigeant — responsabilité permanente, concentration intensive, horaires fractionnés — mais rarement valorisé dans les grilles. « On forme les gens à un truc qui peut tuer. Et on gagne moins qu’un commercial débutant. C’est le jeu, mais faut pas nous demander d’en être ravis. »

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