Dans les comptes de Julien, professeur de lycée à Amiens à 2 340 € nets par mois
Julien a 38 ans, il enseigne l’histoire-géographie dans un lycée public d’Amiens depuis onze ans. Chaque mois, 2 340 € nets tombent sur son compte. Marié, un enfant de 4 ans, il partage les charges du foyer avec sa femme, assistante RH à mi-temps. Voici comment il répartit chaque euro — et ce qu’il reste quand tout est payé.
Ce que l’Éducation nationale lui verse vraiment
Le salaire de base de Julien est fixé par la grille indiciaire des certifiés. À l’échelon 8, il touche 2 140 € nets mensuels. S’y ajoute l’indemnité de suivi et d’orientation des élèves (ISOE), qui représente environ 115 € nets par mois.

Julien assure aussi deux heures supplémentaires annualisées (HSA), rémunérées 85 € nets mensuels au total. « Les HSA, c’est ce qui me permet de ne pas être dans le rouge chaque mois », reconnaît-il. Résultat : son revenu mensuel atteint 2 340 € nets.
Sa femme, Élodie, perçoit 980 € nets pour son mi-temps. Le foyer dispose donc de 3 320 € à deux. Ils touchent aussi 0 € d’allocations familiales — avec un seul enfant et leurs revenus cumulés, ils n’y ont pas droit. En revanche, ils bénéficient d’un complément mode de garde de la CAF de 175 € pour la crèche, versé directement à la structure.
Au total, le foyer vit avec 3 320 € nets par mois, avant cette aide dédiée à la garde. Mais Julien gère ses dépenses de son côté, sur la base de ses 2 340 €, avec un partage des charges fixes à hauteur de 60 % pour lui et 40 % pour Élodie. Un déséquilibre assumé vu l’écart de salaires.
La colonne des dépenses qui ne bougent pas
Le couple rembourse un crédit immobilier pour un appartement de 72 m² acheté en 2019, en plein centre d’Amiens. La mensualité s’élève à 780 €. La part de Julien : 468 €. À Amiens, le coût de la vie reste modéré comparé aux grandes métropoles, et c’est ce qui rend ce crédit tenable.

Les charges de copropriété représentent 95 € mensuels pour le foyer, soit 57 € pour Julien. L’assurance habitation coûte 38 € (sa part : 23 €). La taxe foncière, lissée sur l’année, revient à 85 € par mois pour le ménage — 51 € pour lui.
Côté transports, Julien se rend au lycée à vélo, à dix minutes de chez lui. La famille possède une Peugeot 308 de 2017, utilisée surtout le week-end. Assurance auto : 52 € par mois. Essence : environ 60 € mensuels. Julien prend ces deux postes intégralement à sa charge, soit 112 €.
La mutuelle enseignant (MGEN) lui coûte 62 € par mois. Celle d’Élodie et de leur fils est sur le contrat employeur d’Élodie. L’abonnement téléphone de Julien revient à 12 € (forfait B&You). La box internet du foyer coûte 30 €, partagée : 18 € pour lui.
Ajoutons un abonnement Netflix à 13,50 € et Spotify Duo à 7 € (sa part : 3,50 €). L’impôt sur le revenu est prélevé à la source : 142 € par mois pour Julien. Total des dépenses fixes mensuelles de Julien : 945 €. Il lui reste donc 1 395 € pour le reste.
Les dépenses qui varient — et celles qui surprennent
Les courses alimentaires du foyer tournent autour de 480 € par mois. La part de Julien : 288 €. « On fait Leclerc et Lidl en alternance, on cuisine beaucoup, et on évite le bio en grande surface parce que c’est hors budget », explique-t-il. Avec un enfant en bas âge, les couches et produits d’hygiène bébé ajoutent 45 € mensuels au panier — 27 € pour Julien.
La crèche municipale coûte 320 € par mois au couple après déduction du complément CAF. La part de Julien : 192 €. C’est le poste qui a le plus bouleversé leur budget. « Avant Léon, on partait en week-end sans compter. Maintenant, chaque sortie se négocie. »
Côté sorties et loisirs, Julien s’accorde environ 80 € par mois. Un restaurant en couple tous les quinze jours (50 €), un verre avec des collègues de temps en temps (15 €), et un livre ou deux (15 €). Comme d’autres salariés du public, il surveille chaque dépense plaisir.
Le shopping vestimentaire est réduit au minimum : 35 € par mois en moyenne, lissé sur l’année. « Je rachète des chemises deux fois par an, pas plus. » Les vêtements de Léon viennent souvent de Vinted ou de dons familiaux.
Les vacances constituent un poste à part. Julien bénéficie de congés scolaires généreux, mais pas du budget qui va avec. Le couple met 120 € de côté chaque mois pour les vacances, soit 72 € pour Julien. En pratique, cela finance une semaine en location l’été (souvent en Bretagne) et quelques jours chez les grands-parents à Noël.
Total des dépenses variables de Julien : 694 €. Cumulé aux 945 € de charges fixes, on arrive à 1 639 € de dépenses mensuelles. Mais ce n’est pas fini.
Ce qu’il reste quand tout est payé
Avec 2 340 € de revenus et 1 639 € de dépenses identifiées, il reste théoriquement 701 € à Julien. En réalité, les imprévus — réparation auto, frais médicaux non remboursés, cadeau d’anniversaire — grignotent environ 80 € par mois en moyenne.
Julien place 250 € chaque mois sur un Livret A, où il a accumulé 8 400 €. « C’est notre matelas de sécurité. Je ne touche pas à cet argent, sauf urgence. » Il verse aussi 100 € sur une assurance-vie ouverte il y a trois ans, avec un encours actuel de 4 200 €.
Le couple n’a pas de crédit à la consommation. Julien y tient : « Mon père s’est endetté pour une voiture neuve quand j’avais 12 ans. J’ai vu ce que ça fait à un couple. Plus jamais. » Leur seule dette, c’est le crédit immobilier, qu’il leur reste seize ans à rembourser.
En bout de course, environ 270 € par mois restent en « flottant » sur le compte courant. Certains mois, cette somme est absorbée par un contrôle technique ou une facture de dentiste. D’autres mois, elle s’ajoute à l’épargne. « Je ne dirais pas qu’on est à l’aise, mais on n’est pas dans l’angoisse non plus. C’est entre les deux, et ça dépend du mois. »
Son projet à moyen terme : passer l’agrégation. En cas de réussite, son salaire grimperait d’environ 300 € nets par mois à échelon équivalent. « C’est un concours difficile à préparer avec un enfant et 18 heures de cours par semaine. Mais financièrement, ça changerait vraiment la donne. »
Pour rappel, le salaire médian en France s’établit autour de 2 100 € nets mensuels. Julien se situe légèrement au-dessus, mais dans une profession où le sentiment de décrochage face à l’inflation revient souvent. « Je ne me plains pas. Mais quand je vois le prix d’un plein ou d’un sandwich en gare, je me dis que mon salaire n’a pas suivi. »
- 14/06/2026 à 08:45Il y a de plus en plus de foyers pauvres en France, ce qui génère crispation, mal être, incompréhensions de l'entourage, exclusion, dépression, malentente sociale et familiale, inquiétudes permanentes, divorces, suivi éducatif des enfants devenant accessoire et explosion de la délinquance. Merci Monsieur MACRON pour votre passage au pouvoir.
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