Dans les comptes de Baptiste, sapeur-pompier professionnel à Nantes à 2 250 € nets par mois
Baptiste, 34 ans, est sapeur-pompier professionnel depuis dix ans au sein du SDIS de Loire-Atlantique, à Nantes. Il perçoit 2 250 € nets par mois, primes incluses. Marié, un enfant de 3 ans, propriétaire d’un appartement en première couronne nantaise. Voici comment il répartit chaque euro.

Un salaire de pompier, c’est vraiment combien ?
Baptiste est caporal-chef. Son traitement de base tourne autour de 1 820 € nets, auxquels s’ajoutent plusieurs primes réglementaires : une indemnité de feu de 25 % du traitement brut (obligatoire pour tout pompier professionnel), soit environ 280 € nets, plus une prime de nuit et de week-end qui représente en moyenne 150 € nets mensuels sur l’année.
Total : 2 250 € nets par mois, heurts du calendrier lissés sur douze mois. Sa femme, Lucie, travaille à temps partiel comme assistante administrative et complète le foyer de 1 400 € nets. Le budget du ménage s’élève donc à 3 650 € — mais Baptiste tient à gérer ses finances en « comptes séparés + pot commun ». C’est donc son budget personnel qu’on dissèque ici.
Un détail que peu de gens savent : les pompiers professionnels relèvent de la fonction publique territoriale. Leurs grilles sont parfois inférieures à celles de la police nationale à ancienneté égale. Pas étonnant que Baptiste ait fait le calcul avec Thomas, policier à Bordeaux, rencontré en formation : « Il gagne 230 € de plus que moi par mois pour un temps de travail comparable. Ça questionne. »
Ce que les charges fixes avalent en premier

Baptiste et Lucie ont acheté leur T3 de 68 m² à Saint-Herblain en 2021, à 3 200 €/m². Leur crédit immobilier représente la charge la plus lourde : 820 € par mois pendant 20 ans, taux fixe à 1,35 %. Une chance d’avoir signé avant la remontée des taux. Les charges de copropriété ajoutent 95 €.
Côté assurances : assurance habitation 28 €, mutuelle santé 68 € (contrat familial, prise en charge partielle par l’employeur via le SDIS), assurance voiture 62 € pour sa Dacia Sandero de 2019. Internet + téléphone fixe : 38 €. Forfait mobile : 17 € chez un opérateur low-cost.
Abonnements : Netflix 13,49 €, Spotify 10,99 €. Baptiste hésite à couper l’un des deux depuis des mois. « Je me dis que c’est pas grand-chose, mais ça fait quand même 24 € qui partent tout seuls. » Impôt sur le revenu : le foyer est imposable, Baptiste verse environ 110 € par mois en mensualisation (après prise en compte de la part de son enfant).
Total dépenses fixes : 1 261 € — soit 56 % du salaire net de Baptiste, rien que lui. C’est le poste qui laisse peu de marge, et c’est là que les pompiers en location plutôt qu’en accession seraient bien plus à l’aise — mais sans jamais construire de patrimoine. À ce stade, il lui reste 989 € pour vivre. La question, c’est comment il les répartit.
Les courses, l’essence, les sorties : la vraie vie chiffrée
Baptiste fait les courses principalement chez Leclerc et Lidl, avec quelques passages au marché du samedi. Le budget courses alimentaires du foyer tourne à 480 € par mois, partagé moitié-moitié avec Lucie : sa quote-part est donc de 240 €. Il cuisine souvent les soirs de garde pour l’équipe entière — une habitude qui lui a appris à acheter malin et en grande quantité.

L’essence représente 90 € par mois. Le trajet domicile-caserne est de 11 km aller, mais les gardes de 24h limitent les allers-retours. En revanche, la famille se déplace en voiture pour les week-ends et les vacances. « On n’est pas une famille qui prend l’avion », résume-t-il simplement.
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Frais de garde crèche pour leur fils : 180 € après déduction des aides CAF (quotient familial moyen). Ce poste va baisser à la rentrée prochaine avec l’entrée en maternelle. Sorties et loisirs : Baptiste compte environ 80 € par mois — ciné, verre entre amis, un repas au restaurant une fois par mois en moyenne. « Avec un enfant en bas âge, on sort vraiment moins. C’est pas un sacrifice, c’est juste la vie. »
Shopping et habillement : 35 € lissés sur l’année, essentiellement des achats pour l’enfant. Ses tenues de travail sont fournies par le SDIS. Loisirs sportifs : Baptiste court et fait du vélo, deux activités gratuites. Il a annulé son abonnement salle de sport il y a deux ans. Cantine / repas au travail : les repas pendant les gardes sont pris en charge collectivement à la caserne, ce qui lui évite ce poste.
Total dépenses variables : environ 625 €. Avec les fixes à 1 261 €, le total mensuel atteint 1 886 €. Sur les 2 250 €, il reste donc théoriquement 364 € disponibles chaque mois. Mais la réalité de l’épargne est plus nuancée.
L’épargne : l’effort qui coûte, mais qui construit

Baptiste vire automatiquement 200 € par mois sur son Livret A, dès le 5 du mois. « Si je le fais pas tout de suite, l’argent disparaît sans que je sache comment. » Son Livret A est à 8 400 € — un an et demi d’effort. Il vise les 10 000 € pour avoir un vrai filet de sécurité familiale. Avec les évolutions récentes du Livret A, il surveille aussi le rendement de près.
Pas de PEA, pas d’assurance-vie pour l’instant. « J’y pense, mais je ne sais pas trop par où commencer. » Il a en revanche une épargne retraite FONPEL (le fonds de pension dédié à la fonction publique territoriale), avec une cotisation obligatoire de 30 €/mois, prélevée directement sur sa fiche de paie. Il ne l’intègre pas dans son « effort d’épargne » car il ne le ressent pas.
À la fin du mois, il lui reste en pratique entre 100 et 160 € sur le compte courant — les 200 € partis en Livret A et quelques imprévus (réparation voiture, vêtements enfant, pharmacie) ayant grignoté le reste. « Certains mois on se regarde avec Lucie et on se dit : on s’en sort bien. D’autres mois, on compte. »
Le grand projet du foyer : racheter un bout de jardin attenant à l’immeuble qui sera mis en vente d’ici deux ans, pour environ 15 000 €. Un projet concret, pas encore financé. Pour y voir plus clair sur la somme qu’il faudrait mettre de côté, Baptiste a fait le calcul mais préfère avancer projet par projet.
Ce que révèle le budget de Baptiste
Baptiste gagne 2 250 € nets par mois, soit légèrement au-dessus du salaire médian français qui s’établit à environ 2 000 € nets selon l’INSEE. Mais son métier implique des contraintes fortes : gardes de 24h, nuits, week-ends, dangerosité. Des contraintes que le salaire ne compense pas toujours aux yeux des premiers concernés. À titre de comparaison, Maxime, pompier à Grenoble, s’en tire avec 70 € de plus grâce à une ancienneté supérieure et une prime de résidence plus élevée.
Ce qui ressort du budget de Baptiste, c’est une gestion rigoureuse et sobre, sans excès ni sacrifice spectaculaire — mais avec très peu de marge pour l’imprévu. L’accession à la propriété, réalisée au bon moment, est clairement le choix qui structure tout le reste. Sans le crédit, son niveau de vie serait sensiblement plus confortable. Avec, il construit quelque chose. « Je suis pas riche, mais je dors bien », conclut-il. Et il ne parle pas que du Livret A.