Icône menu hamburger Icône loupe de recherche
  1. TDN >
  2. Argent

« Je vais finir SDF » : à 69 ans, cette gardienne d’immeuble parisienne ne peut pas prendre sa retraite

Publié par Ambre Détoit le 14 Juil 2026 à 19:14
« Je vais finir SDF » : à 69 ans, cette gardienne d'immeuble parisienne ne peut pas prendre sa retraite

Elle a 69 ans, un cancer, et un métier qu’elle ne peut plus quitter. Radhia Ben Rabah est gardienne d’immeuble dans le XVIe arrondissement de Paris depuis vingt-cinq ans. Le jour où elle prendra sa retraite, elle perdra aussi son toit. Son histoire, révélée par Le Parisien, met au jour un piège dont personne ne parle : celui du logement de fonction qui disparaît pile au moment où on en a le plus besoin.

Un toit qui ne tient qu’à un emploi

Depuis un quart de siècle, Radhia Ben Rabah vit seule dans une loge d’une pièce rue Lalo, à Paris. Un canapé, un lit, une table, tout collé les uns aux autres. C’est là qu’elle dort, qu’elle se soigne, qu’elle attend entre deux séances de chimiothérapie. Elle est malade d’un cancer, mais continue de sortir les poubelles et de surveiller l’immeuble.

À 70 ans, le conseil syndical de sa copropriété a prévu de transformer sa loge en local à vélos. Sans ce logement, elle n’a nulle part où aller. Une situation qui rappelle à quel point le pouvoir d’achat des Français s’est fragilisé ces dernières années, notamment pour les métiers les plus invisibles.

Elle n’est pas un cas isolé. Le même reportage du Parisien évoque Fatiha Dassi, 63 ans, plus de trente ans de carrière dans la même copropriété, et Slavica Nikolic, 72 ans, gardienne dans le XIIIe arrondissement.

Les trois femmes partagent la même angoisse, et toutes trois ont déposé une demande de logement social depuis dix à dix-sept ans, sans jamais recevoir de proposition. Un sujet qui rejoint les inquiétudes plus larges sur la réforme des retraites et l’âge réel auquel on peut espérer s’arrêter.

1 200 euros de pension contre 800 euros de loyer

Le problème tient d’abord à un chiffre. Radhia touche environ 1 200 euros nets par mois, selon son témoignage recueilli par Le Parisien. Elle a repéré un studio de 21 m² à 800 euros, correct pour Paris. Mais l’agence exige des revenus trois fois supérieurs au loyer, soit 2 400 euros mensuels. Une règle bancaire classique, mais qui exclut mécaniquement des milliers de retraités aux petites pensions.

« Les gens pauvres, comme nous, n’ont pas le droit d’avoir un petit logement à Paris », résume-t-elle. Une phrase qui dit tout du fossé entre le niveau de vie réel des retraités et les exigences du marché locatif privé dans la capitale.

Le statut même du logement de fonction aggrave la situation. Comme le rappelle le site Info-TPE FO, un gardien logé est « occupant à titre gracieux » : la loge est un avantage en nature lié au contrat de travail, pas un bail classique.

À la fin du contrat, notamment au départ à la retraite, le logement doit être restitué après le préavis, sauf accord exceptionnel du syndic.

Selon le magazine Pleine Vie, beaucoup de gardiens partent avec une pension autour de 1 100 à 1 200 euros par mois, un montant qui ne pèse rien face aux loyers parisiens.

« Je vais finir SDF » : à 69 ans, cette gardienne d'immeuble parisienne ne peut pas prendre sa retraite

Un système social qui ne prévoit aucun droit spécifique

La Ville de Paris attribue les logements sociaux selon une cotation basée sur les ressources, la composition familiale, le handicap, ou le fait d’être sans-abri. Perdre un logement de fonction à la retraite n’ouvre aucun droit spécifique dans ce système, malgré la précarité que cela engendre.

« Cette problématique du logement concerne au contraire une très grande majorité des gardiens et des gardiennes », observe Jérémy Redler, maire LR du XVIe arrondissement, cité par Le Parisien. Il ajoute : « Au départ d’un logement de fonction peut s’opérer une véritable chute dans la précarité, car leur pension de retraite est faible, beaucoup n’ont pas de capital et se retrouvent alors dans une situation de fragilité ».

Il a déposé un vœu pour instaurer une priorité spécifique dans l’accès au logement social pour les gardiens proches de la retraite ou devenus inaptes. Le Conseil de Paris a émis un avis défavorable.

Résultat : Slavica Nikolic, 72 ans, explique que cela fait quatorze ans qu’elle pourrait partir, mais qu’elle reste pour garder un toit, sa demande de HLM datant de dix-sept ans.

Une logique proche de celle observée chez d’autres retraités aux pensions modestes, contraints de prolonger leur activité bien au-delà de l’âge légal.

Trois femmes, trois vies passées à veiller sur des immeubles qui ne leur appartiendront jamais, et un système qui ne prévoit rien pour elles une fois la porte de la loge refermée. La retraite, pour Radhia, Fatiha et Slavica, n’est pas un repos mérité : c’est un compte à rebours vers la rue. Combien d’autres gardiens, dans l’ombre des halls parisiens, vivent la même angoisse sans jamais en parler ?

Laissez un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *