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Le hot-dog Costco coûte 1,50 $ depuis 1984 : l’enseigne y perd-elle vraiment de l’argent ?

Publié par Mathieu le 07 Oct 2026 à 14:01

Une saucisse, un pain, un grand soda : 1,50 $. C’est le prix du menu hot-dog de Costco quand il apparaît en 1984, et c’est toujours le prix aujourd’hui.

Tout a pourtant flambé en quarante ans, de la viande à l’énergie en passant par les salaires. Alors comment une enseigne cotée en Bourse tient-elle un tarif pareil, et pourquoi ses patrons successifs ont-ils juré de ne jamais y toucher ?

1,50 $ en 1984, 1,50 $ en 2026 : l’étrange record

Le hot-dog arrive dans les food courts un an après l’ouverture du premier entrepôt, en 1983. À l’origine, il se vend sur un chariot devant un magasin de San Diego, avec une saucisse Hebrew National.

Le prix de départ est fixé à 1,50 $ et n’a jamais changé. Si on l’avait indexé sur l’inflation, le menu coûterait aujourd’hui environ 4,40 $, soit presque le triple.

Les volumes donnent le vertige. Costco en écoulait en moyenne 135 millions par an en 2018, et son ancien directeur financier évoquait 199 millions de hot-dogs de food court en 2024.

Ce succès de foule cache pourtant une vraie question : à ce prix, la saucisse rapporte-t-elle quoi que ce soit ? La réponse officielle est plus floue qu’on ne l’imagine.

Ce que Costco a fait pour garder le prix

Le premier levier est industriel. En 2008, Costco commence à fabriquer ses propres hot-dogs, ce qui réduit les coûts de la chaîne d’approvisionnement.

Une usine de Tracy, en Californie, active depuis 2004 pour la viande, se met à produire les saucisses en 2011. Une seconde ouvre à Morris, dans l’Illinois, en 2018. Au passage, la recette change : le bœuf n’est plus casher.

Le second levier se cache dans le gobelet. En 2013, Costco abandonne Coca-Cola pour Pepsi, une décision présentée comme une économie destinée au menu à 1,50 $.

Le Coca-Cola est revenu dans les fontaines en 2025, mais le prix n’a pas bougé d’un centime. Reste à comprendre pourquoi la direction s’accroche autant à ce chiffre.

« Si le prix monte, c’est que je suis mort »

Interrogé en 2009 sur ce qui arriverait si le prix augmentait un jour, le cofondateur Jim Sinegal avait répondu : « That I’m dead ». Autrement dit, que lui-même ne serait plus là.

Son successeur, Craig Jelinek, a raconté en 2018 être venu le voir en 2013 pour proposer de passer à 1,75 $. La réaction aurait été si vive que l’idée a été enterrée sur-le-champ.

La promesse a survécu aux changements de direction. En 2022, le directeur financier de l’époque, Richard Galanti, annonçait vouloir garder le tarif « pour toujours ». En 2024, son successeur Gary Millerchip a confirmé devant les investisseurs que le prix était « sûr ».

Pourquoi une enseigne qui compte chaque centime fait-elle de ce hot-dog un sujet quasi sacré ? La clé se trouve dans le ticket de caisse, pas dans la saucisse.

La vraie raison : ce n’est pas un produit, c’est un signal

Client avec un chariot plein près d'un stand de hot-dog

Le hot-dog est ce qu’on appelle un produit d’appel : un article vendu à prix minimal, voire à perte, pour attirer des clients qui achèteront autre chose. La thèse domine chez les analystes.

Costco ne l’a jamais confirmée. Galanti a seulement reconnu que l’enseigne ne gagnait « pas beaucoup, voire rien » sur les produits de ses food courts.

Le raisonnement est simple. Le client paie autour de 65 dollars par an pour entrer, et ce menu lui rappelle à chaque passage que l’enseigne ne cherche pas à le plumer.

Un adhérent persuadé d’avoir fait une bonne affaire renouvelle son abonnement, et c’est cette cotisation qui pèse lourd dans le modèle de Costco. Le hot-dog est la publicité la plus rentable de la maison, et elle se mange.

Pour mesurer ce que ce choix a de rare, il faut regarder ce que font les autres. La comparaison est plus nette qu’on ne le croit.

La comparaison qui met les rivaux mal à l’aise

Chez Sam’s Club, concurrent direct, le menu hot-dog et soda est tombé à 1,38 $ en novembre 2022. Une attaque frontale contre Costco, qui n’a pas réagi : le prix est resté à 1,50 $.

Chez Ikea, l’autre géant du hot-dog bon marché, Fortune évoque un tarif de l’ordre de 85 pence. Le groupe applique la même logique, jusqu’aux ampoules à 1 €, et la chaise Poäng est 70 % moins chère qu’il y a trente ans.

La logique est ancienne : on attire par un prix emblématique, puis on gagne sur le reste du panier. Dans la grande distribution, les produits de marque distributeur jouent sur le même terrain, avec des coûts maîtrisés et une marge assumée.

Le contraste est saisissant avec les prix de tous les jours. Un sandwich triangle en gare ou un café en terrasse affichent des marges bien plus confortables que ce hot-dog figé depuis 1984.

Même l’alimentation en rayon obéit à des logiques de marge très différentes, comme le montre le cas des sushis du supermarché. Et l’on retrouve ailleurs des écarts aussi spectaculaires, par exemple dans l’histoire du bouillon cube Knorr.

Ce que ça change quand tu passes en caisse

Retiens ceci : le prix d’un produit n’est pas toujours celui de ce produit. Parfois, il paie autre chose, comme ta fidélité, ton abonnement ou ton panier de 200 dollars.

Le hot-dog à 1,50 $ n’est donc ni un cadeau ni une erreur de calcul. C’est un engagement public qui coûte cher à tenir et qui rapporte ailleurs, tant que personne n’ose le toucher.

Maintenant, tu sais pourquoi cette saucisse n’a pas bougé depuis 1984. Et pourquoi, à l’inverse, une cartouche de rasoir Gillette suit la logique exactement opposée, ou pourquoi les lunettes de vue cachent un écart bien plus brutal.

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