Lidl, Carrefour, Grand Frais : ces produits de marque distributeur fabriqués dans les mêmes usines que les grandes marques
Vous payez parfois deux fois moins cher un produit Lidl ou Carrefour qu’un produit de grande marque. Et pourtant, il sort exactement de la même chaîne de production. Même recette, même usine, même ouvrier qui appuie sur le même bouton. Seul l’emballage change.
Ce n’est pas une légende urbaine. C’est un fait documenté par l’UFC-Que Choisir, 60 Millions de consommateurs et la base de données collaborative OpenFoodFacts. Et la liste des produits concernés est bien plus longue que ce que la plupart des Français imaginent.
Le cas des lasagnes Lidl qui a tout déclenché
Tout est parti d’une enquête de l’UFC-Que Choisir qui a fait grand bruit. Les lasagnes Lidl, vendues environ 60 % moins cher, sortaient de la même usine qu’une célèbre marque nationale. Même fabricant, même ligne de production, différence de prix vertigineuse.

L’information a généré un vrai électrochoc chez les consommateurs. Comment justifier un tel écart de prix pour un produit strictement identique ? La réponse tient en deux mots : marketing et packaging.
Mais les lasagnes ne sont que la partie émergée de l’iceberg. En creusant les données disponibles sur OpenFoodFacts et les enquêtes des associations de consommateurs, on découvre que ce phénomène touche des dizaines de catégories de produits. Et certaines révélations sont franchement surprenantes.
Comment savoir si votre MDD sort de la même usine
La clé, c’est le code emballeur. Ce petit code oval imprimé sur chaque produit alimentaire (format FR XX.XXX.XXX CE) identifie précisément l’usine qui a fabriqué le produit. Deux produits avec le même code emballeur sortent du même site de production.
OpenFoodFacts, la base de données alimentaire collaborative, recense des centaines de milliers de produits avec leurs codes emballeurs. En croisant les données, n’importe qui peut vérifier si son yaourt Carrefour et son yaourt de marque partagent le même lieu de fabrication.

60 Millions de consommateurs et l’UFC-Que Choisir utilisent cette méthode depuis des années dans leurs enquêtes sur les marques de distributeur. Et leurs conclusions sont limpides : entre 25 % et 30 % des produits MDD en France sont fabriqués par des industriels qui produisent aussi pour les grandes marques nationales.
Autrement dit, près d’un produit sur trois dans votre caddie « premier prix » a potentiellement un jumeau en rayon qui coûte le double. Mais quels produits exactement ?
Les yaourts : le rayon où l’écart de prix est le plus absurde
C’est probablement la catégorie la plus documentée. Plusieurs yaourts nature vendus sous marque Carrefour, Auchan ou Intermarché sortent d’usines appartenant à de grands groupes laitiers français. Le géant Lactalis, par exemple, fabrique à la fois ses propres marques et des MDD pour plusieurs enseignes.
Selon les données croisées d’OpenFoodFacts, certains yaourts au lait entier MDD partagent le même code emballeur que des références de marques nationales vendues 40 à 70 % plus cher. La composition nutritionnelle est souvent rigoureusement identique, au gramme près.
Le groupe Yoplait (General Mills) est également connu pour fournir des MDD à plusieurs enseignes françaises. Un yaourt aux fruits MDD à 1,20 € le pack peut ainsi sortir de la même ligne qu’un yaourt de marque vendu à 2,80 €. La différence de coût de fabrication réel entre les deux ? Quasi nulle.
Biscuits, conserves, pâtes : la liste s’allonge
Le rayon biscuits est un autre terrain de jeu favori des industriels à double casquette. Certains sablés et biscuits secs vendus sous marque Lidl ou Leader Price sont fabriqués par des groupes comme LU (Mondelez) ou Saint-Michel dans les mêmes usines normandes ou bretonnes.
Côté conserves, le phénomène est massif. Bonduelle, leader français des légumes en conserve, fournit historiquement des MDD à la grande distribution. Haricots verts, petits pois, maïs : le contenu de la boîte Carrefour et celui de la boîte Bonduelle peuvent provenir du même lot de récolte, conditionné le même jour.
Pour les pâtes, 60 Millions de consommateurs a déjà épinglé plusieurs marques sur les écarts de prix injustifiés. Certaines pâtes MDD sont fabriquées par Panzani ou Lustucru, avec des semoules de blé dur de qualité équivalente. Seul le dessin sur le paquet justifie l’écart tarifaire.
Même constat pour les produits d’épicerie fine : certaines sauces tomate, certains bouillons et même certaines huiles d’olive premier prix sont conditionnés par les mêmes embouteilleurs que des marques premium. Mais il y a une catégorie encore plus surprenante.
Les produits frais Grand Frais : le cas méconnu
Grand Frais, l’enseigne spécialisée dans les produits frais, n’échappe pas à la règle. Plusieurs de ses références en charcuterie, fromage à la coupe et plats traiteur sont fournies par des fabricants qui approvisionnent aussi les grandes marques nationales.

La différence avec Lidl ou Carrefour, c’est que Grand Frais joue sur l’image « artisanale » et « marché ». Le consommateur a l’impression d’acheter un produit plus authentique. En réalité, le jambon blanc tranché devant lui peut provenir du même atelier industriel que celui vendu sous blister chez Auchan.
Les enquêtes de l’UFC-Que Choisir ont montré que certains fromages vendus « à la coupe » en grande surface (y compris chez Grand Frais) sont en fait des meules industrielles produites par Lactalis, Savencia ou Bel. Le geste du couteau ne change rien à l’origine du produit.
Pourquoi les grandes marques fabriquent pour les MDD
La question semble paradoxale. Pourquoi Bonduelle ou Lactalis accepteraient-ils de fabriquer un concurrent moins cher de leur propre produit ? La réponse est purement économique : les usines tournent mieux à plein régime.
Un industriel qui a investi 50 millions d’euros dans une ligne de production a tout intérêt à la faire fonctionner 24 heures sur 24. Les contrats MDD permettent d’absorber les coûts fixes. C’est la grande marque qui finance le marketing, la publicité, le packaging premium — pas le produit en lui-même.
Selon une étude de l’IRI (institut d’études de marché), le coût de production représente en moyenne seulement 20 à 35 % du prix final d’un produit de grande marque en supermarché. Le reste, c’est du marketing, de la logistique et de la marge distributeur. Les MDD éliminent l’essentiel de ces coûts.
Les limites : même usine ne veut pas toujours dire même recette
Attention tout de même à ne pas conclure trop vite. Même usine ne signifie pas systématiquement même produit. Un fabricant peut produire une recette premium pour la grande marque et une version légèrement différente pour la MDD, avec un peu moins de beurre, un arôme différent ou une qualité de matière première inférieure.
C’est d’ailleurs ce que nuancent les experts de 60 Millions de consommateurs. Dans certains cas, la composition est strictement identique (même liste d’ingrédients, mêmes valeurs nutritionnelles). Dans d’autres, le fabricant adapte la recette au cahier des charges — et au prix — imposé par le distributeur.
Le réflexe à adopter ? Comparer systématiquement les listes d’ingrédients ET le code emballeur. Si les deux sont identiques, vous tenez votre jumeau. Si seul le code emballeur correspond mais que la composition diffère, le produit est fabriqué au même endroit mais pas forcément avec la même recette.
Comment économiser intelligemment avec ces infos
Concrètement, repenser sa façon de faire ses courses en tenant compte de ces données peut faire économiser plusieurs centaines d’euros par an. Sur un caddie moyen de 400 € par mois, remplacer les grandes marques par leurs jumeaux MDD peut réduire la facture de 25 à 40 %.
L’application OpenFoodFacts (gratuite) permet de scanner n’importe quel produit et d’accéder à son code emballeur. Certains utilisateurs ont même créé des listes collaboratives de « jumeaux MDD » qui circulent sur les réseaux sociaux. Combiné à d’autres méthodes d’économies, l’impact sur le budget annuel est réel.
Au fond, ce que révèlent ces enquêtes, c’est que le prix d’un produit en supermarché raconte moins la qualité de ce qu’il y a dedans que le budget publicitaire de la marque qui le vend. Et ça, quel que soit le supermarché où vous faites vos courses, c’est une information qui vaut le détour.