Il avait refusé le Linky pour garder son vieux compteur : depuis le 1er août, Enedis lui facture jusqu’à 65,70 euros par an, et une seule démarche permet d’en effacer 25
La tolérance a pris fin. Les foyers qui n’ont toujours pas de compteur communicant paient désormais une ligne supplémentaire sur leur facture d’électricité, avec deux montants selon qu’ils transmettent ou non leurs index. Beaucoup la paient sans l’avoir remarquée.

Pendant des années, refuser le Linky ne coûtait rien. Il suffisait de relever soi-même son compteur une fois par an et d’envoyer les chiffres à Enedis pour éviter tout frais. Cette période est terminée. Depuis le 1er août 2025, et avec des montants réévalués au 1er août 2026, les foyers encore équipés d’un ancien compteur voient apparaître des frais de « relève résiduelle » sur leur facture. Ils sont noyés dans les lignes d’acheminement, et une bonne partie des abonnés concernés ne les ont tout simplement pas vus.
Dix ans de déploiement, et les irréductibles
Le Linky a été déployé entre 2015 et 2021. Plus de 37 millions de compteurs ont été posés, soit la quasi-totalité du parc français. Restent les réfractaires : des foyers qui ont refusé l’installation pour des raisons de santé supposée, de protection de la vie privée, ou simplement parce qu’on leur imposait un changement qu’ils n’avaient pas demandé. Leur nombre est estimé à quelques centaines de milliers, un peu plus d’un million selon les décomptes les plus larges.
Pendant les années 2022, 2023 et 2024, Enedis avait reporté à plusieurs reprises la facturation prévue pour ces foyers, à condition qu’ils effectuent eux-mêmes leur relevé. La Commission de régulation de l’énergie a fini par trancher et par fixer un barème.
Deux lignes, deux montants
Le dispositif comporte deux composantes distinctes.
La première est automatique. Elle s’élève à 40,08 euros par an, facturés par tranches tous les deux mois, pour couvrir ce que la CRE appelle la gestion spécifique des compteurs d’ancienne génération. Elle s’applique à tout foyer non équipé, qu’il transmette ses index ou non. Impossible d’y échapper tant que le Linky n’est pas posé.
La seconde est évitable. Elle ajoute 25,62 euros par an si vous n’avez pas transmis vos index de consommation à Enedis au cours des douze derniers mois, ou pris rendez-vous pour qu’un agent vienne les relever. Total possible : 65,70 euros par an, hors taxes.
Autrement dit, une seule démarche, communiquer son relevé une fois par an depuis son espace client, par l’application ou par téléphone, fait économiser 25 euros. Beaucoup de réfractaires l’ignorent, ne transmettent rien, et paient le tarif plein.
Pourquoi Enedis a le droit de facturer
Le compteur n’appartient pas à l’abonné mais au gestionnaire de réseau, et la loi prévoit depuis 2015 le remplacement des anciens appareils par des compteurs communicants. Le refus du Linky n’est pas une infraction : personne ne viendra forcer votre porte, et aucune amende n’existe. Mais la CRE considère que les foyers qui conservent un ancien compteur mobilisent un service particulier, le déplacement d’un agent pour relever l’index et le traitement manuel de la donnée, et que ce coût doit être assumé par ceux qui le génèrent plutôt que réparti sur l’ensemble des clients.
Les tribunaux ont confirmé cette lecture à plusieurs reprises. Les collectifs anti-Linky qui ont attaqué Enedis au nom du droit de propriété ou de la vie privée ont été déboutés, et les frais de relève ont été jugés légitimes.
La seule exception : les logements où l’installation est techniquement impossible du fait d’Enedis, par exemple un compteur inaccessible ou une installation à mettre aux normes à la charge du réseau. Dans ce cas, aucun frais ne s’applique.
Faut-il céder ?
La question est devenue purement comptable. Sur dix ans, refuser le Linky coûte entre 400 et 660 euros, pour un compteur qui ne change rien au prix du kilowattheure. Ceux qui voient leur facture augmenter après la pose découvrent le plus souvent que leur ancien compteur, vieillissant, sous-estimait la consommation réelle. Le Linky mesure juste ; c’est ce qui dérange.
Il ouvre aussi des options fermées aux anciens compteurs : offres à heures creuses modulées, dont les plages horaires sont justement en train de changer cette semaine chez de nombreux fournisseurs, suivi de consommation jour par jour, relève automatique sans rendez-vous, et puissance souscrite ajustable à distance en quelques heures au lieu d’une intervention.
Comme pour ce retraité qui a découvert des aides méconnues en épluchant ses relevés, le vrai sujet n’est pas le compteur, c’est de savoir lire sa facture. Première chose à faire, pour ceux qui n’ont pas de Linky : chercher la ligne « relève résiduelle » ou « gestion compteur » sur la dernière facture. Si elle y est, vérifier qu’un index a bien été transmis dans l’année. Sinon, le faire aujourd’hui : ce sont 25 euros qui disparaissent de la prochaine échéance.