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« Quand on pourra plus faire le potager, on ira aux Restos du Cœur » : Josiane, retraitée agricole à 567 €

Publié par Mathieu le 30 Sep 2026 à 9:15
« Quand on pourra plus faire le potager, on ira aux Restos du Cœur » : Josiane, retraitée agricole à 567 €

Josiane a plus de 70 ans, deux prothèses de genou et un dos qui la fait souffrir chaque matin. Elle a travaillé toute sa vie comme agricultrice, et aujourd’hui sa retraite s’élève à 567 € par mois. Alors elle continue de bêcher son potager, coûte que coûte. Mais elle sait qu’un jour, son corps ne suivra plus. Et ce jour-là, elle a déjà sa réponse toute prête.

Un potager qui n’est plus un loisir, mais une question de survie

Dans son jardin, Josiane ne plante plus pour le plaisir. Chaque rangée de pommes de terre est devenue une ligne de son budget mensuel, une manière de ne pas basculer complètement dans la précarité. Le couple a agrandi la parcelle au fil des années, y passant des heures entières malgré la fatigue et la douleur.

Elle le confie sans détour, face caméra : « Et ben on ira au Resto du Cœur. Voilà. C’est pas des blagues hein. » Une phrase lâchée comme une évidence, sans dramatisation, mais qui dit tout de la fragilité de sa situation.

Josiane sait que ce basculement viendra un jour, forcément. Ce qu’elle redoute autant que la perte de ses revenus, c’est la perte de son autonomie. Car derrière le potager, il y a aussi le bois pour l’hiver, et quelques animaux qui rapportent un peu d’argent ou permettent de troquer.

Un équilibre précaire, mais un équilibre quand même. Reste à savoir combien de retraités agricoles vivent aujourd’hui dans une situation aussi tendue que la sienne — et la réponse dépasse largement son seul cas, comme le montrent aussi certains retraités menacés de perdre leur pension de réversion.

Une pension agricole moyenne encore sous le seuil de pauvreté

Le cas de Josiane n’a rien d’isolé. Les rapports parlementaires le répètent depuis des années : les retraites agricoles restent parmi les plus basses de France. La pension moyenne d’un agriculteur ayant une carrière complète tourne autour de 730 € par mois, quand l’ensemble des retraités français frôle les 1 389 € brut.

Un rapport de l’Assemblée nationale évoque même environ 766 € mensuels pour un non-salarié agricole. C’est en dessous à la fois du seuil de pauvreté, estimé à environ 1 015 €, et de l’ASPA, le minimum vieillesse que certains retraités peuvent solliciter grâce à des aides méconnues pour les pensions modestes.

Mais c’est un autre chiffre qui éclaire vraiment le cas de Josiane. Les conjointes collaboratrices, ces femmes qui ont travaillé aux côtés de leur mari sans statut propre pendant des décennies, touchent en moyenne près de 597 € seulement. Une pension à peine supérieure à celle de Josiane, qui révèle un angle mort structurel de tout un système de retraite.

Rangées de légumes dans un jardin rural modeste

Près d’un agriculteur sur trois vit avec moins de 350 € par mois

Cette précarité, ce n’est pas une exception, c’est presque une norme dans le monde agricole. Selon des données sur les minimums sociaux, l’Insee rappelle que 7,6 % des retraités sont pauvres en France en moyenne, mais ce taux grimpe à environ 13,7 % dans les communes très peu denses, jusqu’à 17 % dans certains territoires ruraux.

Le monde agricole concentre l’essentiel de ces fragilités. Près d’un non-salarié agricole sur trois vit avec une retraite inférieure à 350 € par mois. En outre-mer, ce chiffre grimpe encore : un retraité agricole sur deux touche moins de 330 € mensuels. Un débat parlementaire récent a même évoqué un total de 2 millions de retraités sous le seuil de pauvreté en France, dont une part importante issue du monde agricole avec des pensions moyennes autour de 700 €.

Le mécanisme, lui, est d’une simplicité brutale. Des revenus agricoles souvent en dessous du SMIC pendant des décennies entraînent des cotisations faibles, calculées par la MSA, la caisse de retraite des agriculteurs. Résultat : des pensions structurellement basses, comme celle de Josiane, qui ne reflètent en rien la charge de travail fournie pendant toute une carrière.

Des dispositifs qui existent, mais qui ne suffisent pas toujours

Des mesures de rattrapage ont pourtant été mises en place ces dernières années. La RCO, retraite complémentaire obligatoire, la pension majorée de référence et l’ASPA visent à relever le plancher pour les retraités agricoles les plus modestes, à travers des réformes successives du système de retraite.

Des lois ont fixé un objectif de retraite minimale à 75 %, puis 85 % du SMIC net, soit environ 987 € par mois. Un montant encore juste en dessous du seuil de pauvreté, et environ 900 millions d’euros ont déjà été consacrés à ces revalorisations depuis leur mise en place.

Sur le papier, ces dispositifs améliorent la situation générale. Dans la réalité de Josiane, ils ne suffisent pas toujours à combler l’écart. Beaucoup de retraités ruraux ne demandent même pas l’ASPA, freinés par la possible récupération sur succession, qui menace de rogner la petite maison qu’ils espèrent transmettre à leurs enfants — un frein qui s’ajoute à la hausse des dépenses contraintes, comme l’explosion du prix du fioul pour les seniors.

Josiane le sait : « ça sera les enfants qui seront obligés de mettre la main à la poche » si un jour elle doit quitter sa maison. Alors elle bêche encore, elle coupe encore le bois, tant que son corps le lui permet.

Et si vous pensiez que sa retraite à 567 € était un cas extrême, le budget mensuel d’un apiculteur professionnel en Dordogne montre à quel point les revenus agricoles restent imprévisibles à tout âge.

Quant à ceux qui pensent cumuler un petit emploi pour arrondir leur pension, cette histoire de remboursement à 29 000 € réclamé par la Sécu rappelle que les règles peuvent se retourner brutalement contre les plus modestes.

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