Icône menu hamburger Icône loupe de recherche
  1. TDN >
  2. Argent

Retraite : le rabot de 125 € par mois qui inquiète les familles de trois enfants ou plus

Publié par Mathieu le 29 Août 2026 à 16:30
Couple de retraités marchant dans un parc, air soucieux

Une majoration accordée depuis des décennies aux parents nombreux pourrait bientôt changer de forme. Un rapport commandé par le Premier ministre Sébastien Lecornu propose de transformer cet avantage en un montant fixe, identique pour tous. Reste à savoir qui, dans le détail, sortirait gagnant ou perdant de ce nouveau calcul — et pourquoi la fédération Familles de France y voit déjà un signal d’alarme.

Une majoration historique dans le viseur des économies budgétaires

Depuis des années, les retraités ayant élevé au moins trois enfants bénéficient d’une majoration de 10% sur leur pension. Ce dispositif reconnaît l’investissement parental dans l’éducation d’une famille nombreuse, un principe qui traverse plusieurs réformes sans être remis en cause jusqu’ici.

La donne pourrait changer. Un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales et de l’Inspection générale des finances, daté de juin, envisage de remplacer ce pourcentage par un forfait de 125 euros mensuels, quel que soit le montant de la pension initiale.

L’objectif affiché est budgétaire : cette bascule permettrait de générer jusqu’à 1,1 milliard d’euros d’économies sur dix ans. Un chiffre qui s’inscrit dans un contexte plus large de recherche de marges de manœuvre sur les dépenses sociales, alors que la réforme des retraites reste elle-même en suspens et que plusieurs pistes concurrentes circulent, y compris celle d’une désindexation des pensions à l’étude pour 2027.

Familles de France dénonce une variable d’ajustement budgétaire

Pour la fédération Familles de France, cette proposition dépasse la simple question comptable. Dans un communiqué publié ce vendredi 21 août, l’organisation rappelle que ces droits familiaux ne sont pas de simples dépenses sociales, mais une reconnaissance de la contribution des familles à l’avenir de la société.

L’argument central porte sur les carrières féminines. Selon la fédération, celles-ci restent souvent marquées par des interruptions d’activité et du temps partiel liés à l’arrivée et à l’éducation des enfants. Réduire ces droits reviendrait, selon elle, à fragiliser davantage des pensions déjà pénalisées par ces trajectoires professionnelles hachées.

Familles de France demande explicitement à l’exécutif de ne pas faire des familles une variable d’ajustement budgétaire. La fédération réclame une garantie précise : que toute évolution des droits familiaux à la retraite ne se traduise jamais par une diminution du niveau de pension des parents concernés, quel que soit le mode de calcul retenu au final.

Ce positionnement s’inscrit dans un climat social tendu autour des questions de retraites, où chaque piste d’économie déclenche mécaniquement des mobilisations d’associations et de syndicats familiaux.

Document de pension retraite avec pièces et billets d'euros

Le forfait à 125 euros, gagnant ou perdant selon les pensions

Reste la question qui fâche : qui gagnerait réellement à ce basculement, et qui y perdrait ? Une majoration proportionnelle de 10% profite mécaniquement davantage aux pensions les plus élevées, puisqu’un pourcentage appliqué à une grosse pension produit un montant supérieur à 125 euros. À l’inverse, pour les petites pensions, un forfait fixe pourrait s’avérer plus avantageux que les 10% actuels.

C’est précisément ce point d’équilibre que Familles de France juge dangereux à trancher sans garde-fou : une réforme technique, présentée comme neutre, peut in fine pénaliser une partie des familles concernées selon leur niveau de retraite.

La fédération salue par ailleurs des avancées récentes pour les mères, entrées en vigueur via deux décrets parus fin juillet. Jusqu’à deux trimestres liés aux enfants pourront désormais être pris en compte dans la durée réputée cotisée, ouvrant droit à la retraite anticipée pour carrière longue.

Mais l’organisation reste prudente : deux trimestres, juge-t-elle, ne reflètent pas l’ensemble des conséquences professionnelles des maternités et des périodes de temps partiel. Familles de France se dit donc vigilante pour que ces avancées ne soient pas annulées demain par de nouvelles mesures d’économies pesant sur les droits familiaux, un risque d’autant plus réel que le débat sur les retraites reste ouvert à Matignon. La fédération a détaillé sa position dans une lettre destinée aux parlementaires, consultable sur le site de Familles de France.

Entre reconnaissance symbolique et arithmétique budgétaire, le sort de cette majoration illustre une tension récurrente : chaque euro économisé sur les pensions se traduit, quelque part, par une perte concrète pour une famille. Reste à voir si le gouvernement tranchera avant la fin de l’année, ou si cette piste rejoindra la pile des rapports jamais suivis d’effet.

Laissez un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *