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Pourquoi une simple cartouche d’imprimante HP coûte 35 € alors que l’encre dedans vaut moins de 0,50 €

Publié par Mathieu le 21 Juin 2026 à 14:01

Une cartouche d’encre noire HP 305 coûte environ 13 € en grande surface. Sa version XL grimpe à 25 €. Et si tu passes aux cartouches couleur, le pack dépasse allègrement les 35 €. Pourtant, la quantité d’encre contenue dans chacune de ces cartouches tient dans un dé à coudre — et sa valeur réelle ne dépasse pas quelques dizaines de centimes.

Au litre, l’encre d’imprimante dépasse les 2 500 € pour certaines références. C’est plus cher que le sang humain, le parfum Chanel N°5 ou même le champagne Dom Pérignon. Derrière ce prix délirant se cache un modèle économique que les fabricants perfectionnent depuis 40 ans — et qui n’a strictement rien à voir avec le coût de l’encre.

Ce que contient vraiment ta cartouche à 35 €

L’encre d’imprimante est un mélange d’eau, de colorants synthétiques et de quelques additifs chimiques (glycol, résines, agents de séchage). Les matières premières de base coûtent entre 0,10 € et 0,50 € par cartouche selon les analyses industrielles. Le boîtier en plastique qui contient l’encre revient à quelques centimes supplémentaires.

Personne tenant une petite cartouche d'encre HP avec étonnement

La puce électronique intégrée à chaque cartouche représente un coût de fabrication d’environ 0,30 €. Son rôle officiel : communiquer le niveau d’encre à l’imprimante. Son rôle réel : empêcher l’utilisation de cartouches concurrentes ou rechargées. Cette puce est le verrou de tout le système.

Au total, une cartouche HP standard revient à moins de 1 € à produire, emballage compris. Sur un pack couleur vendu 35 €, le coût matière ne dépasse donc pas 3 %. Les 97 % restants partent ailleurs — et c’est là que le modèle devient fascinant.

Mais le plus surprenant, ce n’est pas la marge sur la cartouche. C’est la raison pour laquelle ton imprimante, elle, coûte si peu cher.

Le piège que tu acceptes en achetant l’imprimante

Une imprimante jet d’encre HP se trouve à 49 €, parfois 39 € en promotion. À ce prix, le fabricant perd de l’argent sur chaque appareil vendu. C’est volontaire. Le modèle s’appelle « razor and blades » — rasoir et lames — inventé par Gillette au début du XXe siècle. L’idée est simple : vendre le manche à perte et se rattraper sur les recharges.

Rayon imprimantes et cartouches d'encre en magasin

HP estime qu’un utilisateur moyen achète entre 4 et 8 cartouches par an. Sur cinq ans de durée de vie, cela représente entre 200 € et 500 € de consommables — pour une imprimante achetée 49 €. Le ratio est limpide : l’encre rapporte jusqu’à dix fois plus que la machine.

En 2023, la division « Printing » de HP a généré 4,6 milliards de dollars de bénéfice opérationnel. Sur ce total, les consommables (cartouches et toners) représentaient environ 70 % des revenus de la branche. L’imprimante n’est pas le produit. Tu es le produit — ou plutôt, ton besoin régulier d’encre l’est.

Cette mécanique est tellement rentable que HP a décidé d’aller encore plus loin avec un système qui a provoqué la colère de millions d’utilisateurs.

HP Instant Ink : l’abonnement qui verrouille tout

Depuis 2013, HP propose « Instant Ink », un abonnement mensuel à l’encre. Le principe : tu paies entre 1,99 € et 24,99 € par mois selon le nombre de pages imprimées. HP envoie automatiquement de nouvelles cartouches quand le niveau baisse. Pratique en apparence.

Le piège est dans les conditions. Si tu résilies l’abonnement, les cartouches fournies par HP cessent de fonctionner — même si elles contiennent encore de l’encre. La puce désactive la cartouche à distance. Tu as payé pour de l’encre que tu ne peux plus utiliser. En 2023, une class action a été lancée aux États-Unis contre HP pour cette pratique.

HP a aussi déployé des mises à jour firmware qui bloquent les cartouches compatibles tierces. En 2016, puis en 2020 et 2023, des imprimantes HP ont soudainement refusé des cartouches génériques qui fonctionnaient la veille. L’entreprise a écopé de plusieurs amendes en Europe, mais le verrouillage persiste.

Face à ce système, certains utilisateurs se tournent vers des alternatives. Mais la comparaison de prix révèle l’ampleur de l’écart.

La comparaison qui met les chiffres en perspective

Une cartouche HP 305 noire contient 2 ml d’encre. Au prix de 13 €, cela donne un coût de 6 500 € le litre. La version XL contient 4 ml pour 25 €, soit 6 250 € le litre. Une bouteille d’eau Evian coûte 0,50 € le litre. Le rapport est de 1 à 13 000.

En face, les imprimantes à réservoir d’encre rechargeable (EcoTank chez Epson, MegaTank chez Canon) proposent un modèle inverse. L’imprimante coûte plus cher — entre 200 € et 350 € — mais les bouteilles d’encre de recharge reviennent à 30-50 € pour l’équivalent de 40 à 70 cartouches classiques. Le coût par page tombe à 0,2 centime contre 5 à 8 centimes chez HP.

Sur cinq ans, un utilisateur régulier (200 pages/mois) dépensera environ 800 € en cartouches HP. Avec une EcoTank, le même volume d’impression revient à environ 250 € tout compris, imprimante incluse. L’écart dépasse les 500 €. Pourtant, comme souvent avec les grandes marques, le consommateur continue de choisir HP — attiré par le prix d’entrée bas de la machine.

Les cartouches compatibles ou reconditionnées offrent un compromis intermédiaire, à 30-60 % moins cher que l’original. Mais HP complique leur utilisation à chaque mise à jour logicielle. Le message d’erreur « cartouche non reconnue » est devenu un classique des forums d’entraide informatique.

Un modèle économique bâti sur la dépendance

HP n’est pas le seul à pratiquer ce verrouillage. Canon et Epson utilisent aussi des puces de blocage sur leurs gammes à cartouches. Mais HP reste le leader mondial avec 24 % de parts de marché sur les imprimantes et une base installée estimée à plus de 200 millions de machines actives dans le monde.

Le brevet sur la puce de cartouche est le cœur du système. Chaque nouvelle génération de cartouche utilise une puce légèrement modifiée, forçant les fabricants de compatibles à recréer le composant — un processus qui prend 6 à 12 mois. Pendant ce délai, HP vend ses cartouches sans concurrence directe.

La prochaine fois que tu achètes un pack de cartouches, tu sauras exactement ce que tu paies. Pas l’encre — elle ne vaut presque rien. Pas la technologie — une puce à 30 centimes. Tu paies le droit d’utiliser ta propre imprimante. Et ce droit, comme pour d’autres géants de la tech, coûte cher par choix stratégique, pas par nécessité.

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