« On a dû quitter notre location » : propriétaire, Laurence est SDF et son locataire occupe sa maison

Elle est propriétaire. Pourtant, Laurence n’a plus de toit à elle. Sa famille a dû quitter son logement de location, faute de pouvoir payer à la fois le crédit et le loyer.
Pendant ce temps, son locataire reste dans la maison qu’elle a achetée. Et un courrier d’avocat, arrivé un jour de mai, a tout fait basculer.
Une maison achetée pour y vivre un jour, devenue source de cauchemars
Tout commence en 2020. Laurence et sa famille achètent une maison et la mettent en location. Le plan est simple : y emménager quelques années plus tard.
Ils voulaient même l’agrandir au fil du temps. Le couple projetait de devenir famille d’accueil pour personnes âgées. Un vrai projet de vie, de ceux où l’on met beaucoup d’argent.
Le locataire est un couple aux petits revenus. « Ça nous arrangeait, ça les arrangeait. On y va. On leur a fait vraiment confiance », se souvient Laurence dans l’émission Ça commence aujourd’hui, diffusée le 20 octobre avec Faustine Bollaert.
Et pendant trois ans, tout se passe bien. « Ça s’est très bien passé pendant trois ans », assure-t-elle.
Elle l’admet pourtant aujourd’hui : elle n’a pas fait appel à un professionnel pour rédiger le bail. Un détail qui, selon son récit, va peser très lourd. Cette erreur de départ n’est pas la seule histoire de ce genre : un propriétaire a un jour choisi de squatter chez son propre squatteur.
Reste à comprendre comment une location tranquille a pu se transformer, en quelques mois, en « source d’angoisse et de cauchemars ». Tout part d’un recommandé.
Du recommandé d’octobre 2024 au courrier d’avocat qui change tout
En octobre 2024, la famille envoie un premier recommandé pour récupérer sa maison. Le locataire ne va jamais le chercher.
En décembre, Laurence parvient finalement à le faire signer. Mais ensuite, plus rien : la famille n’arrive plus à joindre son locataire.
Le silence dure quelques mois. Puis, le 21 mai 2025, c’est le locataire qui répond, par l’intermédiaire d’un avocat.
Le courrier arrive en recommandé. Il ne s’agit pas d’un simple désaccord : l’avocat conteste la validité même du bail.
Sur le moment, la famille ne s’alarme pas. « On ne s’est pas inquiété plus que ça. On pensait avoir les éléments en main qui justifient que c’était bien meublé. Mais non. »
Les propriétaires se tournent alors vers un avocat, « par obligation », selon les mots de Laurence. Ils espèrent une procédure rapide pour récupérer la maison. Comme dans l’histoire de ce propriétaire de Bergerac qui a mis une caravane devant son portail, la bataille s’annonce longue.
Mais que reproche exactement le locataire à ce bail ? La réponse tient en un mot, et c’est lui qui explique le blocage.
Selon Laurence, l’avocat du locataire soutient que le bail n’est pas valable, puisqu’il n’a pas été établi pour un logement meublé. Or la maison, elle, était bien meublée.

Pourquoi la justice n’a pas tranché en urgence
Voilà donc le nœud du problème. Quand Laurence a espéré obtenir une assignation puis un référé, la procédure rapide qu’elle imaginait s’est heurtée à un mur.
Sa propre explication est claire : « Le référé doit être rapide mais il ne faut vraiment pas qu’il y ait de litige. Il ne faut pas qu’il y ait de contestation sérieuse. »
C’est précisément ce que la lettre d’avocat a créé. En contestant la validité du bail, le locataire a installé un litige. Et le référé n’a pas suffi pour obtenir son expulsion.
Avant d’aller plus loin, une précision utile : ce que les propriétaires peuvent faire eux-mêmes est très encadré. Par exemple, couper l’eau ou l’électricité du locataire leur est interdit.
Résultat : une procédure sur le fond doit être engagée. Le problème, c’est le calendrier. L’audience n’aura lieu qu’en janvier 2027, une situation que Laurence regrette amèrement.
Entre-temps, la vie continue. Le locataire a, selon elle, cessé de payer son loyer et l’empêche d’accéder au logement pour les travaux. Ce n’est pas tout, et le plus lourd reste l’argent.
Aujourd’hui, la dette du locataire s’élèverait à 10 000 euros, d’après Laurence. Ces propos sont les siens, tels que rapportés dans l’émission : nous n’avons pas la version du locataire.
800 euros de crédit, 200 euros pour se loger : le calcul impossible
Sans les loyers, plus rien ne couvre le crédit. Chaque mois, 800 euros partent pour rembourser la maison.
La famille loue elle-même, avec un budget d’environ 1 000 euros pour le loyer. « Il me reste 200 euros pour trouver un logement », résume Laurence.
Impossible de se reloger tant que la procédure dure. D’où ce mot, lâché sans détour : la famille est sans domicile fixe depuis septembre. « On est dans une situation financière catastrophique », se désole-t-elle.
Au départ, la famille avait pourtant tenté de ménager son locataire. Elle avait proposé d’échelonner la dette sur trois ans pour garder de bonnes relations. Ce geste n’a pas suffi.
Les conséquences touchent aussi le quotidien. Laurence doit faire 120 kilomètres chaque jour pour aller travailler. Côté école des enfants, les démarches administratives se compliquent aussi.
Le couple a même frôlé le divorce. « C’est tellement stressant. Vous y pensez le matin, vous y pensez le soir, on se dispute dessus », confie-t-elle.
Le plus frappant, c’est l’absurdité de la situation : propriétaire sur le papier, sans domicile dans les faits.
Ce qui attend la famille d’ici janvier 2027
Rien ne se règle avant l’audience de fond. D’ici là, la famille doit tenir, financièrement et moralement, en attendant que le juge examine la contestation du bail.
Le seul point sur lequel Laurence se montre lucide, c’est son erreur de départ : ne pas avoir fait appel à un professionnel pour signer le bail. Un conseil qui vaut pour tout propriétaire qui s’apprête à louer un bien meublé.
Pour qui se retrouve face à un locataire qui ne part pas, la loi encadre chaque pas. Les 4 étapes légales à suivre pour reprendre son logement montrent que la patience fait malheureusement partie du parcours.
Il faut aussi éviter de se tromper de réflexe. Certaines erreurs font perdre le procès, et ces 4 erreurs qui coûtent cher au propriétaire en font partie.
Sur la durée, le plus dur reste la dette qui grossit. Si l’audience de janvier 2027 est maintenue, il restera à Laurence plusieurs mois à tenir avec 200 euros pour se loger.
Son témoignage a au moins un mérite : rappeler qu’un bail mal rédigé peut coûter une maison, un budget et un foyer.
Un bail, c’est la protection de tout le monde ; sans lui, c’est la famille propriétaire qui dort ailleurs. Et si vous pensiez qu’un squatteur n’avait jamais de droits, lisez comment un squatteur peut devenir propriétaire de votre maison après 30 ans.
Certains propriétaires, eux, ont choisi une riposte bien plus inattendue : celle de cette retraitée qui a lancé un nid de guêpes chez elle pour chasser 5 squatteurs.