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Cette Bugatti unique, terminée par un designer de Chrysler 12 ans après sa naissance, se vend plusieurs millions d’euros

Publié par Elsa Lepic le 17 Juil 2026 à 8:30
Roadster italien vintage à calandre chromée en atelier

Elle a été conçue en Alsace juste après la guerre, puis oubliée pendant plus de dix ans dans un atelier. Et si c’était la toute dernière vraie Bugatti jamais sortie de Molsheim ? Cette histoire à peine croyable ressurgit aujourd’hui dans un showroom du Missouri, où une voiture unique s’apprête à changer de mains pour plusieurs millions d’euros.

Un châssis oublié dans les ateliers de Molsheim

Retour au début des années 1950. Après la Seconde Guerre mondiale, Bugatti tente un dernier baroud d’honneur avec la Type 101, une évolution de la mythique Type 57. Entre 1951 et 1952, seules sept bases roulantes voient le jour. Le public boude, la marque historique jette l’éponge.

Le dernier châssis produit, numéroté 101506, reste alors nu dans les ateliers alsaciens pendant près d’une décennie. Un peu comme ce monument parisien que tout le monde croyait figé dans le temps, ce squelette de voiture semble condamné à l’oubli.

Sous cette carrosserie absente, pourtant, dort un moteur bien vivant : un huit cylindres en ligne de 3,3 litres dérivé de la Type 57, ici gonflé par un compresseur. La puissance grimpe d’environ 133 à 197 chevaux, un chiffre remarquable pour une mécanique pensée dans l’immédiat après-guerre.

Ce châssis anonyme n’attend plus qu’une carrosserie et un peu d’audace pour renaître, comme certaines décisions automobiles radicales qui redéfinissent un héritage entier.

Un designer de Chrysler s’empare du projet

Le tournant a lieu en 1961. Le collectionneur américain E. Allen Henderson rachète le châssis nu, puis son ami L. Scott Bailey y voit une occasion en or pour un designer qu’il admire : Virgil Exner, la figure de proue du style « Forward Look » chez Chrysler. Exner planche alors sur plusieurs projets de résurrection de grands noms disparus, comme Duesenberg. La base Bugatti tombe à pic.

Le châssis est raccourci, la position de conduite abaissée, et les dessins d’Exner s’envolent vers l’Italie, chez Carrozzeria Ghia. En quelques mois, l’atelier turinois donne vie à ce roadster spectaculaire, très marqué par l’esthétique américaine des années 60.

Le résultat, baptisé Type 101C-X, est dévoilé au Salon de Turin de 1965, la même édition où apparaît le châssis nu de la future Lamborghini Miura.

Selon Carscoops, cette rencontre improbable entre Molsheim et Detroit donne naissance à l’un des objets automobiles les plus singuliers du siècle, à mi-chemin entre l’objet qu’on jette sans savoir sa vraie valeur et la pièce de musée.

Mains posées sur un châssis de voiture ancien nu

Un roadster qui traverse quatre décennies avant de refaire surface

Sous sa robe italienne, la mécanique reste presque intégralement d’origine, comme figée dans les années 30. Sa calandre en fer à cheval, fièrement dressée, contraste avec des projecteurs rectangulaires très dans l’air du temps. Le pare-brise en deux parties rappelle les roadsters d’avant-guerre, tandis que l’arrière, avec ses ailes tendues, évoque presque une Corvette américaine. Exner espérait provoquer une renaissance de la marque Bugatti. Aucun projet industriel n’a jamais suivi.

La voiture rejoint ensuite plusieurs grandes collections, dont celle du général William Lyon, où elle reste plus de quarante ans. Elle se montre à Pebble Beach, retrouve même d’autres Type 101 en France.

Aujourd’hui, elle est proposée par le marchand américain Hyman Ltd, dans un état en grande partie non restauré, presque totalement d’origine. Le prix attendu tourne autour de quelques millions de dollars, soit plusieurs millions d’euros, un montant qui reste pourtant inférieur à celui d’une Bugatti Tourbillon neuve.

Un châssis abandonné, un designer de génie, un roadster né de deux continents : cette Bugatti Type 101C-X referme à elle seule le premier chapitre de la marque. Reste à savoir quel collectionneur osera écrire la suite de son histoire.

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