À 238 km/h : une conductrice de 21 ans condamnée à quatre ans de prison ferme
Elle avait 21 ans, la voiture de sport de son père et un goût prononcé pour la vitesse. Quatre ans plus tard, la justice suisse vient de lui infliger ce que la presse helvétique qualifie de « peine la plus sévère » pour ce type d’infraction : quatre ans de prison ferme. Le plus ironique ? C’est en portant plainte contre son ex-compagnon qu’elle s’est elle-même retrouvée dans le viseur des autorités.
Des vidéos à plus de 200 km/h filmées par ses propres passagers
Les faits remontent à l’été 2021. Comme le rapporte le quotidien suisse SonntagsZeitung, la jeune femme, alors âgée de 21 ans, sillonnait régulièrement les routes de la région de Lachen, dans le canton de Schwytz, au volant du bolide paternel. Pas à 150 km/h. Pas à 180. À plus de 200 km/h, avec des pointes mesurées jusqu’à 238 km/h.

Le plus troublant, c’est qu’elle ne se cachait pas. Bien au contraire. Ses passagers la filmaient pendant qu’elle enchaînait les accélérations, et les vidéos étaient consciencieusement enregistrées sur son téléphone. On parle de plusieurs épisodes, pas d’un coup de folie isolé. Sur l’une de ces vidéos, on la voit même conduire avec un pied passé par la fenêtre, dans une posture qui défie toute notion de sécurité.
À l’époque, cette conductrice fréquentait un cercle de passionnés de vitesse. Un milieu où les rodéos routiers sont filmés comme des trophées. Sauf que ces trophées-là finissent parfois par se retourner contre leurs auteurs. Et c’est exactement ce qui s’est passé.
C’est sa propre plainte qui l’a trahie
Voilà le retournement de situation que personne n’avait anticipé — et surtout pas elle. Quelque temps après ces épisodes de conduite à grande vitesse, la jeune Suissesse a décidé de porter plainte contre son ancien compagnon. La procédure, classique en apparence, a conduit la police à examiner le contenu de son téléphone portable.

Et c’est là que tout a basculé. En fouillant l’appareil dans le cadre de l’enquête, les enquêteurs sont tombés sur les fameuses vidéos. Des séquences sans ambiguïté, où l’on voit le compteur dépasser les 200 km/h sur des routes qui n’ont rien d’un circuit automobile. Le genre de preuves qui se suffisent à elles-mêmes. En Suisse, où les excès de vitesse sont réprimés avec une sévérité bien supérieure à la France, ce type de découverte ne passe jamais inaperçu.
La conductrice a donc été convoquée par la justice en 2024, cette fois non plus comme plaignante, mais comme accusée. L’ironie est totale : en voulant obtenir justice contre son ex, elle a offert aux autorités un dossier en béton armé contre elle-même. Mais l’explication qu’elle a fournie au tribunal n’a pas vraiment aidé sa cause.
« Libérer ses émotions » : une défense qui n’a convaincu personne
Sommée de justifier ces pointes de vitesse démentielle, la jeune femme a livré une explication pour le moins surprenante. Elle a déclaré avoir ressenti le besoin de « libérer ses émotions ». Conduire à 238 km/h serait donc, selon elle, une sorte de thérapie. Une manière de gérer le stress ou la colère en appuyant sur l’accélérateur plutôt qu’en consultant un professionnel de santé.
On a vu des excuses créatives devant les tribunaux — celle-ci se classe dans le haut du panier. Sauf que le tribunal fédéral suisse n’est pas exactement réputé pour sa sensibilité aux arguments émotionnels. En Suisse, rouler à plus de 80 km/h au-dessus de la vitesse autorisée est automatiquement qualifié de « délit de chauffard » (Raserdelikt). Ce n’est pas une simple contravention. C’est un délit pénal qui entraîne une peine de prison d’un à quatre ans.
La loi suisse sur ce point est l’une des plus strictes d’Europe. Là où un grand excès de vitesse en France peut se solder par un retrait de permis et une amende, la Confédération helvétique n’hésite pas à envoyer les chauffards derrière les barreaux. Et elle l’a prouvé une fois de plus.
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Quatre ans ferme : la peine maximale pour un délit de chauffard
Le verdict est tombé récemment, et il est sans appel. La jeune femme, aujourd’hui âgée de 25 ans, écope de quatre ans de prison ferme. C’est le maximum prévu par la loi suisse pour un délit de chauffard. À cela s’ajoute une amende de 3 000 francs suisses — soit environ 3 257 euros — au titre des frais de justice.

Quatre ans ferme, c’est considérable. Pour donner un ordre de comparaison, en France, un conducteur flashé à 256 km/h en Ferrari risque en théorie jusqu’à trois mois de prison et 3 750 euros d’amende pour un premier excès de grande vitesse — et dans les faits, la prison ferme est rarement prononcée. En Suisse, le curseur est placé bien plus haut. Le message est clair : la route n’est pas un terrain de jeu, quelle que soit la voiture de papa.
La presse suisse n’a d’ailleurs pas manqué de souligner le caractère exemplaire de cette condamnation. Quatre ans, c’est la peine maximale prévue pour ce type d’infraction. Le tribunal a manifestement voulu frapper fort, compte tenu de la répétition des faits et de l’attitude de la conductrice, qui ne semblait pas mesurer la gravité de ses actes.
La Suisse, un pays où la vitesse ne pardonne pas
Ce verdict s’inscrit dans une politique de tolérance zéro que la Suisse applique depuis des années en matière de vitesse au volant. Depuis 2013, la loi Via Sicura a durci considérablement les sanctions. Tout dépassement de plus de 80 km/h au-dessus de la limite autorisée sur autoroute (ou 60 km/h hors agglomération, 40 km/h en ville) est automatiquement requalifié en délit pénal.
Les conséquences vont bien au-delà de l’amende. Confiscation du véhicule, retrait de permis pour au minimum deux ans, casier judiciaire, et donc prison. En Suisse, même un excès apparemment anodin peut tourner au cauchemar judiciaire. On est loin du simple PV par courrier.
Pour les automobilistes français tentés par les belles routes helvétiques, le rappel est utile. Les radars suisses sont redoutablement efficaces, et les sanctions n’ont rien à voir avec ce qu’on connaît de ce côté des Alpes. Même en Haute-Savoie, à quelques kilomètres de la frontière, les habitudes de conduite changent radicalement dès qu’on passe la douane.
Un cas qui interroge sur la banalisation de la vitesse chez les jeunes
Au-delà de la sanction, cette affaire pose une question de fond. Comment une jeune femme de 21 ans en arrive-t-elle à rouler à 238 km/h sur des routes ouvertes à la circulation, à se filmer en train de le faire, et à considérer que c’est une manière normale de « gérer ses émotions » ? Le contexte — un cercle de passionnés de vitesse, des vidéos partagées comme des exploits — rappelle d’autres affaires similaires.
En France aussi, les cas de conduite à des vitesses délirantes se multiplient chez les jeunes conducteurs. Voitures puissantes empruntées aux parents, vidéos TikTok filmées au volant, sentiment d’invincibilité : le cocktail est toujours le même. Certains perdent leur permis à 18 ans, d’autres n’ont même pas encore le leur quand ils sont interpellés.
La différence, c’est que la Suisse a choisi de taper là où ça fait mal : la liberté. Quatre ans derrière les barreaux pour des excès de vitesse filmés, c’est un signal que peu de pays européens envoient avec autant de fermeté. Reste à savoir si cette peine exemplaire servira réellement de leçon — ou si elle sera simplement la prochaine vidéo partagée sur les réseaux sociaux, commentée entre deux émojis.