Il fonce dans le trafic à 120 km/h avec trois enfants sans ceinture — « un accident », assure-t-il

Un père de famille de 41 ans comparaît actuellement devant la Crown Court de Norwich, en Angleterre. L’accusation est glaçante : il aurait volontairement lancé sa voiture dans le trafic en sens inverse, à près de 120 km/h, avec trois enfants à bord. Aucun d’entre eux ne portait de ceinture. Lui assure que tout cela n’était qu’un terrible accident. Le procureur, lui, parle d’une tentative de meurtre délibérée. Voici ce que l’on sait de cette affaire qui secoue le Norfolk.

Deux heures de va-et-vient sur la même route avant le drame
Les faits remontent au 26 septembre dernier, sur l’A146, une route du Norfolk qui contourne la petite ville de Loddon. Tancredo Bankhardt, 41 ans, domicilié à Great Yarmouth, est au volant d’une Vauxhall Astra. À bord : trois enfants.
Selon le procureur Stephen Rose KC, Bankhardt a d’abord adopté un comportement très inhabituel. Pendant environ deux heures, il a parcouru le même tronçon de route en boucle, « faisant demi-tour aux ronds-points et retraçant son itinéraire ». Un trajet sans but apparent, répétitif, que l’accusation présente comme le signe d’un homme en proie à une intense détresse émotionnelle, en train de prendre une décision.
Ce genre de comportement au volant rappelle d’autres drames routiers impliquant des enfants. Mais ici, la thèse de l’accusation va plus loin qu’une simple mise en danger. Et ce qui s’est passé à 20h33 ce soir-là donne froid dans le dos.
74 mph, zéro ceinture : les détails qui accablent l’accusé
À 20h33, sur la voie rapide de contournement de Loddon où la vitesse est limitée à 60 mph (environ 97 km/h), la dashcam embarquée dans le véhicule enregistre une vitesse de 74 mph — soit près de 120 km/h. La voiture de Bankhardt se dirige alors droit vers le trafic en sens inverse.

La collision qui suit est violente et implique plusieurs véhicules. Le procureur insiste sur un détail capital : Bankhardt aurait « veillé à ce qu’aucun des trois enfants ne porte sa ceinture de sécurité ». Pour l’accusation, ce n’est pas un oubli. C’est un geste délibéré, destiné à maximiser les conséquences du choc sur les passagers.
Personne n’est mort ce soir-là. Mais les blessures ont été qualifiées de « graves ». Deux des trois enfants présents dans la voiture ont été sérieusement blessés, tout comme le conducteur d’un autre véhicule impliqué dans la collision, qui a dû être pris en charge par les secours. Un scénario qui n’est pas sans rappeler d’autres accidents où des enfants ont payé le prix de décisions d’adultes.
« Il a décidé de mettre fin à ses jours et à ceux des enfants »
Devant les jurés de Norwich, le procureur Stephen Rose KC a posé les mots sans détour. Selon lui, Tancredo Bankhardt « a décidé de mettre fin à sa propre vie et à celle des trois enfants en orchestrant délibérément un accident de la route ». Il ajoute que l’accusé a agi « dans un état émotionnel exacerbé ».
Le mot est lâché : tentative de meurtre. Trois chefs d’accusation, un pour chaque enfant présent dans l’habitacle. L’accusation décrit un homme qui, ce soir-là, a choisi de transformer sa voiture en arme. Le fait qu’il ait lui-même été dans le véhicule renforce, selon le procureur, la thèse d’un acte suicidaire élargi aux passagers.
Les affaires où un parent est accusé d’avoir voulu entraîner ses propres enfants dans la mort sont malheureusement récurrentes dans l’actualité judiciaire. Mais la particularité de ce dossier, c’est la défense que Bankhardt s’apprête à déployer.
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La défense annonce une tout autre version
Face à ces accusations, Tancredo Bankhardt plaide non coupable. Sur les sept chefs d’accusation qui pèsent sur lui — trois tentatives de meurtre, trois chefs de blessures graves par conduite dangereuse et un chef de conduite dangereuse —, il conteste tout.
Selon le procureur, l’accusé s’apprête à affirmer que la collision n’était qu’un « terrible accident ». Il soutiendra qu’il n’a jamais eu l’intention de se tuer ni de tuer les enfants. Autrement dit : la vitesse excessive, les ceintures non attachées, les deux heures de va-et-vient sur la route… tout cela serait une coïncidence tragique, pas un plan.

C’est une ligne de défense radicale, qui va devoir résister à l’ensemble des éléments matériels présentés par l’accusation : données de la dashcam, témoignages, reconstitution du trajet. Le procès, qui se tient à la Crown Court de Norwich, devrait durer au moins deux semaines, avec la possibilité d’une prolongation sur une troisième semaine.
Un procès sous haute tension au tribunal de Norwich
L’affaire mobilise l’attention au Royaume-Uni, où les cas de violences familiales impliquant des parents accusés de s’en prendre à leurs enfants suscitent toujours une émotion considérable. La police du Norfolk avait confirmé à l’époque des faits que le conducteur d’un autre véhicule avait été blessé, ajoutant une dimension supplémentaire à ce dossier : les victimes ne se limitent pas à l’intérieur de la voiture de l’accusé.
Ce qui frappe dans cette affaire, c’est le contraste entre la version de l’accusation — minutieusement construite autour d’indices factuels comme la vitesse enregistrée, l’absence de ceintures et le comportement erratique préalable — et la défense de l’accusé, qui tient en une phrase : « C’était un accident. » L’issue du procès repose désormais sur la capacité des jurés à trancher entre ces deux récits.
Des drames similaires, où la frontière entre accident et acte volontaire fait débat, ont déjà marqué l’actualité judiciaire. Ici, les enjeux sont immenses : en cas de condamnation pour tentative de meurtre, Bankhardt risque une peine de prison à vie.
Un rappel brutal de la vulnérabilité des enfants en voiture
Au-delà du procès, cette affaire met en lumière une réalité qui dépasse le seul cas de Tancredo Bankhardt. Chaque année, des enfants sont blessés ou tués dans des accidents parce qu’ils ne portaient pas leur ceinture. Le détail des ceintures non attachées, mis en avant par l’accusation, résonne particulièrement. Qu’il s’agisse d’un acte délibéré ou d’une négligence, le résultat pour les passagers les plus vulnérables est le même.
Des cas de signalements d’enfants sans ceinture continuent d’alimenter l’actualité. Et les conséquences, comme le montre ce procès, peuvent être catastrophiques. La suite du procès à Norwich dira si les jurés voient dans cette collision un geste calculé ou un accident tragique. Les enfants, eux, portent déjà les cicatrices.
Si vous ou un proche êtes en détresse, contactez le 3114 (numéro national de prévention du suicide, disponible 24h/24) ou le 116 123 (SOS Amitié).