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Flashé à 80 km/h au lieu de 40, il accuse un ami — mais un détail sur ses lunettes fait tout basculer

Publié par Elsa Fanjul le 12 Avr 2026 à 7:13

En Suisse, un automobiliste flashé à deux fois la vitesse autorisée pensait avoir trouvé la parade parfaite : désigner un ami étranger comme conducteur. Sauf que les enquêteurs ont eu l’idée d’aller fouiller un réseau social professionnel. Ce qu’ils y ont trouvé a transformé une simple amende en véritable cauchemar judiciaire.

Un radar, une bretelle d’autoroute et un excès très salé

L’histoire commence sur une bretelle d’autoroute près de Neuchâtel, dans le canton éponyme. Un radar automatique y flashe un véhicule roulant à 80 km/h dans une zone limitée à 40 km/h. En Suisse, doubler la vitesse autorisée ne relève pas d’un simple écart : c’est considéré comme un grand excès de vitesse, passible de poursuites pénales.

Radar automatique flashant une voiture sur autoroute suisse

Contacté par les autorités, le propriétaire du véhicule réagit immédiatement. Selon lui, il n’était pas au volant ce jour-là. Il aurait prêté sa voiture à un ami étranger, de passage en Suisse. L’ami en question confirme la version. En théorie, l’affaire aurait pu s’arrêter là : si le conducteur désigné est un ressortissant étranger résidant hors de Suisse, les poursuites deviennent nettement plus compliquées à mener.

Une stratégie qui n’a rien d’exceptionnel. Dans de nombreux pays, les amendes pour excès de vitesse peuvent atteindre des montants astronomiques, ce qui pousse certains conducteurs à chercher des parades plus ou moins légales. Mais celle-ci avait une faille béante.

Le détail qui a mis la puce à l’oreille des enquêteurs

Les autorités du canton de Neuchâtel auraient pu classer l’affaire. Elles ne l’ont pas fait. En examinant les clichés du radar, un élément a attiré leur attention : le véhicule avait été flashé à plusieurs reprises, pas une seule fois. Et sur chaque photo, le conducteur semblait être la même personne.

Ce n’est pas le visage en lui-même qui a tout déclenché — les images de radars automatiques sont rarement d’une netteté parfaite. C’est la répétition d’une silhouette identique, avec les mêmes caractéristiques physiques, qui a semé le doute. Si l’ami étranger n’était que « de passage », comment expliquer qu’il se retrouve au volant lors de chaque infraction ?

Profil LinkedIn avec lunettes caractéristiques sur écran d'ordinateur

Les enquêteurs décident alors de ne pas se contenter de la parole des deux hommes. Ils lancent une vérification qui va prendre un tournant inattendu — et qui implique un réseau social auquel personne ne pense quand on parle d’infractions routières.

Quand LinkedIn devient un outil d’enquête routière

Pour confirmer leurs soupçons, les juges ont une idée aussi simple qu’efficace : aller regarder la photo de profil du propriétaire du véhicule sur LinkedIn. Le réseau professionnel, connu pour les CV et les offres d’emploi, n’est pas exactement le terrain habituel des enquêtes de circulation.

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Pourtant, la comparaison s’avère redoutable. En mettant côte à côte les clichés du radar et la photo LinkedIn du propriétaire, le constat est limpide : même visage, et surtout, mêmes lunettes caractéristiques. Un détail visuel suffisamment distinctif pour que la justice considère l’identification comme établie.

Ce sont donc ces lunettes — portées fièrement sur sa photo professionnelle — qui ont trahi l’automobiliste. L’ami étranger, lui, ne les portait pas. La supercherie s’effondre. Dans un monde où chacun laisse des traces numériques sur des dizaines de plateformes, démasquer un menteur n’a parfois besoin que d’un clic.

Mais le plus douloureux pour le conducteur, ce n’est pas d’avoir été identifié. C’est ce que cette identification a déclenché sur le plan judiciaire.

Une amende qui explose : de l’excès de vitesse à la dénonciation calomnieuse

Si l’automobiliste s’était contenté d’accepter l’amende initiale pour excès de vitesse, l’addition aurait déjà été salée. En Suisse, rouler au double de la limite autorisée peut entraîner le retrait du permis, voire une peine d’emprisonnement dans les cas les plus graves. Le pays est réputé pour la sévérité de ses sanctions routières, bien au-delà de ce que connaissent les automobilistes européens.

Mais en accusant son ami d’être au volant, le propriétaire a commis une infraction bien plus grave aux yeux de la justice suisse : une dénonciation calomnieuse. Autrement dit, il a volontairement et sciemment désigné un innocent pour porter la responsabilité d’un délit à sa place.

Résultat : la justice du canton de Neuchâtel l’a condamné à 4 000 francs suisses avec sursis (environ 4 340 euros) pour la dénonciation calomnieuse, auxquels s’ajoutent 2 800 francs suisses (environ 3 000 euros) d’amende et de frais de justice. Au total, plus de 7 300 euros — pour un excès de vitesse qui, à l’origine, aurait coûté bien moins cher s’il avait simplement été reconnu.

Salle de tribunal suisse dans le canton de Neuchâtel

En France aussi, accuser faussement un tiers pour échapper à une contravention est passible de poursuites. Le Code de la route prévoit d’ailleurs que certaines infractions peuvent avoir des conséquences bien plus lourdes que ce que les conducteurs imaginent.

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Ce que cette affaire révèle sur la traque numérique des fraudeurs

Cette histoire suisse illustre une tendance de fond : les autorités routières ne se contentent plus de lire les plaques et d’envoyer des courriers. Elles croisent désormais les données, explorent les réseaux sociaux et utilisent la reconnaissance visuelle pour confondre les fraudeurs. Les radars automatiques deviennent de plus en plus sophistiqués, et les enquêteurs qui traitent les contestations aussi.

En Suisse, la justice ne plaisante pas avec les infractions routières. Le pays applique un système de sanctions proportionnelles qui peut mener à des amendes de plusieurs dizaines de milliers d’euros pour les conducteurs les plus aisés. En Finlande, un automobiliste a ainsi écopé de plus de 120 000 euros pour 29 km/h de trop.

L’affaire de Neuchâtel pose aussi une question sur notre rapport aux données personnelles. Votre photo LinkedIn, votre profil Facebook, vos publications Instagram : tout cela constitue un réservoir d’informations accessibles publiquement. Les enquêteurs n’ont même pas eu besoin d’un mandat pour consulter le profil du suspect — il était en accès libre.

La leçon la plus coûteuse : mentir coûte toujours plus cher

Au bout du compte, cet automobiliste suisse aura payé sept fois plus cher que ce que lui aurait coûté un simple aveu. Son excès de vitesse était grave, certes. Mais c’est sa tentative de fraude qui a fait exploser la note. La dénonciation calomnieuse, en droit suisse comme en droit français, est un délit pénal — pas une simple infraction au Code de la route.

Pour ceux qui seraient tentés par la même stratégie, l’affaire est un avertissement clair. Avec la multiplication des voitures-radars et des dispositifs de contrôle nouvelle génération, les chances de passer entre les mailles du filet se réduisent d’année en année.

Et si vous tenez absolument à mettre à jour votre photo LinkedIn, pensez peut-être à retirer vos lunettes les plus reconnaissables. On ne sait jamais.

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