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Gazole « transformé en boue : des automobilistes tombent en panne après un plein

Publié par Elsa Lepic le 31 Août 2026 à 11:45

Un plein banal, quelques kilomètres sur la rocade, puis plus rien. Le moteur cale net, sans prévenir. Depuis début août 2026, c’est le scénario que racontent des dizaines d’automobilistes passés par la station E.Leclerc de la zone du Privilège, à Périgueux.

Automobiliste inquiet devant sa voiture en panne à Périgueux

Le coupable ne ressemble à rien de connu. Un gazole devenu épais, presque solide, que certains conducteurs comparent à du miel ou de la boue. Loin, très loin, du diesel clair habituel.

Un plein, puis plus rien

Boue épaisse retirée d'un réservoir de gazole contaminé

Selon le site Caradisiac, plusieurs dizaines d’automobilistes seraient tombés en panne après un plein à cette pompe début août. Les véhicules ont été acheminés en urgence vers les garages de Trélissac et des communes voisines.

David Chauvel, habitant de Marsac-sur-l’Isle, a vécu la scène de près. Le 10 août, sa compagne roule normalement quand la voiture s’immobilise d’un coup, sans signe avant-coureur.

Premier diagnostic : une panne sur la vanne EGR et l’injection, devis à 800 euros. Puis le garagiste ouvre le réservoir, et la vraie ampleur des dégâts apparaît.

« Le gasoil était chargé de boue », raconte-t-il à Sud Ouest. La facture finale devrait grimper entre 2000 et 3000 euros, pendant que d’autres victimes du même quartier évoquent des devis allant jusqu’à 7793 euros.

Au total, les montants réclamés oscillent entre 4000 et 8000 euros selon les véhicules et les dégâts constatés sur la chaîne d’injection. De quoi transformer un simple plein en cauchemar administratif et financier, un peu comme cette autre station Carrefour à Nîmes où du SP95 contenait 32% d’eau.

Ce que l’eau fait vraiment à un moteur diesel

Leclerc met en cause une infiltration d’eau dans les cuves de gazole, liée aux fortes pluies de fin juillet 2026. L’explication technique est simple, et implacable.

L’eau est plus lourde que le carburant. Elle se dépose naturellement au fond de la cuve, en couche invisible depuis la surface.

Le problème survient quand les intempéries remuent ces dépôts accumulés. Certains pleins se font alors sur un mélange instable, eau, gazole et impuretés, qui prend cet aspect de miel ou de boue redouté.

Dans un moteur diesel moderne, ce cocktail est un poison pur et simple. L’eau ne lubrifie rien, au contraire, elle arrache le film protecteur de la pompe à gazole haute pression et des injecteurs.

Ces pièces se grippent ou se détruisent en quelques kilomètres seulement. Résultat : réservoir, circuit de carburant et filtre doivent être entièrement nettoyés, parfois remplacés à neuf.

Une boue abrasive comme celle-ci peut anéantir une pompe à gazole et des injecteurs en un trajet très court, bien avant que le conducteur ne comprenne ce qui se passe.

Les automobilistes s’organisent face à Leclerc

Face à la multiplication des pannes, les victimes ne sont pas restées les bras croisés. Un collectif Facebook baptisé « Entraide litige carburant LECLERC PRIVILÈGE/PETROLEC SUD » a vu le jour, rassemblant plus de 60 membres.

« Nous comptabilisons actuellement 30 membres concernés, sans compter tous ceux qui n’utilisent pas internet », explique David Chauvel. Un chiffre qui pourrait donc être largement sous-estimé.

De son côté, l’enseigne assure être « en contact direct avec les clients concernés pour assurer l’examen de leur situation ». Elle affirme aussi que ses équipes « sont immédiatement intervenues pour réparer l’installation ».

Leclerc va plus loin : selon l’enseigne, « les analyses de contrôle confirment un retour à une conformité stricte » sur cette station. Un discours qui ne rassure pourtant pas tout le monde.

Sur le groupe Facebook, plusieurs témoignages évoquent en effet l’absence de prise en charge par les assureurs de la marque, à ce stade du dossier. Une situation qui rappelle d’autres cas de gazole non conforme vendu ces derniers mois en France.

Les réflexes qui peuvent sauver votre indemnisation

Une voiture qui cale juste après un plein n’est jamais un hasard. Elle trahit presque toujours la présence d’eau dans le carburant, mélangée au gazole jusqu’à former cette fameuse boue destructrice.

Station-service Leclerc sous la pluie après les intempéries

Le premier réflexe est de ne surtout pas redémarrer le véhicule. Chaque tour de moteur supplémentaire aggrave les dégâts sur la pompe et les injecteurs déjà fragilisés.

Il faut ensuite conserver précieusement le ticket de caisse de la station-service. C’est la pièce qui prouve la date, l’heure et le lieu exact du plein litigieux.

Le devis détaillé du garagiste, mentionnant explicitement la présence d’eau ou de boue dans le réservoir, constitue également une preuve technique essentielle pour la suite du dossier.

Enfin, signaler l’incident à la fois à l’enseigne concernée et à la DGCCRF permet d’ouvrir officiellement un dossier. Rejoindre un collectif de victimes, comme celui créé à Périgueux, peut aussi peser dans le rapport de force face à l’assureur.

En attendant les résultats des analyses complémentaires, la prudence reste de mise pour tous les habitués de cette station du Privilège.

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