Cette station Carrefour vendait du SP95 avec 32 % d’eau dedans
Faire le plein, rouler cinq minutes et tomber en panne sèche… sauf que le réservoir est plein. C’est le cauchemar qu’ont vécu plusieurs automobilistes à Nîmes ces derniers mois. En cause : de l’eau infiltrée dans les cuves de SP95 de la station Carrefour Nîmes Ouest. Et pas qu’un peu — on parle de 32 % d’eau dans les analyses. L’enseigne a fini par reconnaître le problème.
Des pannes en série depuis décembre

Tout commence en fin d’année dernière. Plusieurs clients de la station-service Carrefour Nîmes Ouest constatent des problèmes mécaniques immédiats après avoir fait le plein de SP95. Certains n’ont même pas eu le temps de quitter le quartier. Comme le rapporte Midi Libre, les témoignages se multiplient depuis décembre.
Franck, l’un des conducteurs touchés, raconte la scène : « Ma voiture a commencé à brouter au bout de cinq minutes. J’ai réussi à redémarrer une fois, puis elle est de nouveau tombée en panne. Et elle n’a jamais redémarré. » Cinq minutes. C’est le temps qu’il a fallu pour que le moteur rende l’âme.
Jawad, un autre automobiliste, a eu le même réflexe en tombant en panne juste après avoir quitté la pompe. Il a immédiatement appelé l’accueil de la station pour prévenir et éviter que d’autres clients subissent le même sort. Un geste citoyen, mais le mal était déjà fait pour lui. Si vous avez déjà connu une inversion de carburant en station, vous savez que ce genre de mésaventure laisse des traces — mécaniques et financières.
32 % d’eau dans le réservoir : l’expertise qui confirme le pire
Franck ne s’est pas contenté de constater la panne. Il a fait expertiser son véhicule. Résultat : 32 % d’eau dans les échantillons de carburant analysés. Autrement dit, près d’un tiers du liquide dans son réservoir n’avait rien à faire là. Pour un moteur à essence, c’est tout simplement fatal.
Un moteur thermique fonctionne grâce à la combustion du carburant. Quand un tiers du mélange est de l’eau, la combustion ne se fait plus correctement. Les injecteurs, la pompe à carburant, parfois même le calculateur moteur — tout peut y passer. Les dégâts sont souvent irréversibles sans intervention lourde en garage.
Et Carrefour ne dément pas ces chiffres. L’enseigne a confirmé à Midi Libre que des tests d’étanchéité avaient « révélé la présence d’eau » dans ses cuves. L’explication avancée : les fortes pluies qui ont frappé le Gard en fin d’année auraient provoqué des infiltrations. Aucun lien, selon Carrefour, avec la pénurie de carburant liée à la crise au Moyen-Orient.
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Des milliers d’euros de réparations pour les victimes

« Nous avons immédiatement pris les mesures nécessaires afin qu’aucun autre client ne soit affecté », assure l’enseigne. Sauf que pour les automobilistes déjà touchés, le mal est fait. Et la facture est salée.
Plusieurs victimes ont dépensé plusieurs milliers d’euros en réparations. Remplacement de la pompe à carburant, nettoyage complet du circuit d’injection, parfois changement de pièces majeures — les devis s’accumulent. Et pendant ce temps, pas de voiture.
Jawad résume la situation avec amertume : « J’ai trois enfants, je dois les conduire à l’école. Mais là, ce n’est plus possible. » Quand votre véhicule est immobilisé et que les réparations prennent des semaines, c’est toute la logistique familiale qui s’effondre. Les problèmes de qualité du carburant ne sont malheureusement pas un cas isolé en France ces derniers mois.
Carrefour dit traiter les dossiers, les automobilistes veulent aller en justice
Selon Carrefour, les dossiers des clients lésés sont « en cours de traitement ». Mais cette formule un peu floue ne rassure pas grand monde. Combien de temps ? Quelle indemnisation ? Qui prend en charge quoi ? Autant de questions qui restent pour l’instant sans réponse claire.
Résultat : plusieurs automobilistes envisagent sérieusement de porter l’affaire en justice. Face à des factures de plusieurs milliers d’euros et un véhicule hors service pendant des semaines, la patience a ses limites. D’autant que la responsabilité semble assez clairement établie : l’enseigne reconnaît elle-même le défaut d’étanchéité de ses cuves.
On connaissait déjà les fermetures de magasins Carrefour dans certaines villes. Cette fois, c’est la confiance des automobilistes qui est entamée. Quand on fait le plein dans une grande enseigne, on ne s’attend pas à récupérer un mélange eau-essence qui va détruire son moteur.
Comment savoir si votre carburant contient de l’eau ?

Ce type d’incident reste rare, mais il n’est pas inédit. Les cuves enterrées des stations-service peuvent être vulnérables aux infiltrations, surtout après des épisodes de pluies intenses. Le Gard, régulièrement touché par des épisodes cévenols violents, est particulièrement exposé.
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Quelques signaux doivent vous alerter juste après un plein. Si votre moteur se met à hoqueter, à perdre en puissance ou à caler de façon inhabituelle, coupez le contact et ne tentez pas de redémarrer plusieurs fois. Chaque tentative peut aggraver les dégâts en faisant circuler l’eau dans tout le circuit d’injection.
Le réflexe à avoir : conservez votre ticket de caisse. C’est la seule preuve qui relie votre plein à une station précise, à une date et une heure données. Sans ce justificatif, faire valoir vos droits devient beaucoup plus compliqué. D’ailleurs, si vous utilisez des additifs pour votre essence, sachez qu’ils ne protègent absolument pas contre ce type de contamination par l’eau.
Une affaire qui pose la question des contrôles en station
Au-delà du cas Nîmes, cette histoire met en lumière un problème structurel. Les stations-service font-elles assez de contrôles sur la qualité du carburant stocké dans leurs cuves ? En théorie, des vérifications régulières sont prévues. En pratique, les infiltrations d’eau peuvent passer inaperçues pendant des semaines.
Les automobilistes concernés par cette affaire espèrent au minimum un remboursement intégral de leurs frais de réparation. Certains réclament aussi un dédommagement pour le préjudice subi : immobilisation du véhicule, frais de location, désorganisation du quotidien. Dans un contexte où le prix du carburant pèse déjà lourdement sur les budgets, ce genre de galère est d’autant plus difficile à encaisser.
Si vous avez fait le plein de SP95 à la station Carrefour Nîmes Ouest entre décembre et début 2026, soyez vigilant. Et si votre voiture a présenté des symptômes inhabituels après un passage à la pompe, il n’est peut-être pas trop tard pour faire expertiser votre véhicule et constituer un dossier.