105,88 km/h en 1899, sans une goutte d’essence : la torpille électrique qui a surpris tout le monde

On imagine toujours le moteur à essence comme le héros des premiers records de vitesse. Pourtant, le premier véhicule à dépasser les 100 km/h sur route ne crachait aucune fumée. Il avait la forme d’une torpille, et son pilote, un ingénieur belge, roulait littéralement perché dessus. Reste à comprendre comment cette machine a pu faire ça, et ce qu’on a oublié d’elle.
Avant l’essence, l’électrique régnait sur les routes
Revenons à la fin du XIXe siècle. Contrairement à ce que raconte l’image d’Épinal, les véhicules électriques dominaient alors largement l’industrie automobile. Selon Sciencepost, il y avait même davantage de fabricants qu’il n’en existe aujourd’hui sur ce segment.
Cette suprématie ne tombe pas du ciel. Dès avril 1881, l’inventeur français Gustave Trouvé testait à Paris le tout premier véhicule électrique transportant un humain avec sa propre source d’énergie embarquée. Un coup d’envoi discret, mais décisif.
Il manquait pourtant une pièce du puzzle : la batterie. La batterie plomb-acide rechargeable, inventée en 1859, a permis de stocker assez d’énergie pour un usage pratique. Sans elle, aucune voiture électrique n’aurait pu rouler.
Dans ce contexte, la course à la vitesse n’était pas un jeu de salon. Elle servait de vitrine technologique, un peu comme les premiers salons automobiles et leurs tests imposés aux voitures. Les constructeurs voulaient prouver que leur technologie tenait la route.
Et deux hommes se sont livré une bataille acharnée pour décrocher la couronne. L’un était carrossier, l’autre ingénieur belge. Qui étaient-ils vraiment ?
Une rivalité de records, un compteur qui s’affole
Le record de Camille Jenatzy ne sort pas de nulle part. Il est le fruit d’une rivalité avec le carrossier Jeantaud. Les deux camps se sont renvoyé la couronne de la vitesse terrestre par étapes successives, en faisant grimper le compteur de 39,2 mph à 57,6 mph.
Le dernier détenteur avant Jenatzy était le comte Gaston de Chasseloup-Laubat, sur une Jeantaud. Il plafonnait à 92,78 km/h, deux mois seulement avant l’exploit belge. Autrement dit, le record tenait à peine le temps d’un printemps.
Pour passer devant, Jenatzy a misé sur deux idées. D’abord la forme : une carrosserie profilée en torpille, pensée pour fendre l’air bien avant que l’aérodynamisme ne devienne une science à part entière. Ensuite le matériau : le partinium, un alliage d’aluminium, de tungstène et de magnésium, léger et résistant.
Sous la carrosserie, pas de pistons ni de carburateur. Deux moteurs électriques Postel-Vinay à entraînement direct, de 25 kW chacun, alimentés en 200 volts et 124 ampères. Ensemble, ils développent près de 68 chevaux. Une puissance respectable pour l’époque, et largement suffisante pour écrire l’histoire.
Cette mécanique rappelle que l’électrique n’a rien d’une idée neuve, comme le montre aujourd’hui la 205 Turbo 16 qui renaît en électrique. Le 29 avril 1899, la machine s’élance sur une route détrempée des Yvelines. Le compteur affiche alors 105,88 km/h.
La Jamais Contente devient le premier véhicule routier de l’histoire à franchir les 100 km/h. Mais ce que Jenatzy a vécu à bord, lui, n’a rien d’une promenade.

Perché sur une torpille, sans ceinture ni arceau
Avant de parler du pilote, un détail : la Jamais Contente, premier véhicule routier à passer la barre des 100 km/h, n’avait rien d’une voiture moderne. Rouler à cette vitesse en 1899 ne ressemble en rien à ce que l’on connaît aujourd’hui.
Pas de ceinture. Pas d’arceau. Pas de carrosserie protectrice autour du pilote. Jenatzy se trouve littéralement au-dessus de son véhicule, comme à cheval sur sa monture.
Cette posture paraît vertigineuse aujourd’hui. Elle correspondait pourtant à la logique de l’époque : aller vite avant de penser à se protéger. L’ingénieur belge a lui-même décrit une sensation grisante, expliquant que la voiture semblait quitter le sol et se projeter en avant comme un projectile.
Voilà donc la réponse. Le record de 105,88 km/h, soit 65,792 mph, est tombé grâce à une forme de torpille, un alliage léger et deux moteurs électriques, le tout piloté par un homme sans aucune protection. Un exploit électrique, sans la moindre goutte d’essence.
Reste à savoir ce que cette histoire est devenue, et pourquoi on l’a si vite oubliée.
Ce que cette machine raconte à notre époque
Jenatzy a conservé son record pendant trois ans, avant qu’il ne soit battu à son tour. La course à la vitesse, elle, n’a jamais cessé, jusqu’aux ambitions actuelles comme la supercar électrique qui vise les 500 km/h.
Aujourd’hui, une réplique de la Jamais Contente est exposée au musée de l’automobile de Compiègne, en France. Un témoignage silencieux d’une époque où l’électrique menait déjà la danse.
Cette histoire résonne étrangement avec notre présent. L’industrie redécouvre les vertus du moteur électrique, alors qu’un pilote belge perché sur un engin en forme de torpille avait montré la voie bien avant que l’essence ne s’impose comme la norme.
Elle rappelle aussi que l’endurance reste la grande question de l’électrique. Un van a ainsi bouclé un tour du monde, comme le raconte ce van électrique et ses 100 000 km sans panne. Entre 1899 et aujourd’hui, la batterie a fait un sacré chemin.
Reste cette image tenace : l’électrique n’est pas l’avenir venu de nulle part, c’est un retour aux sources. Et les sources, parfois, roulent plus vite qu’on ne le croit.
En 1899, l’électrique a franchi le mur des 100 km/h avant que l’essence ne s’impose : la Jamais Contente est la preuve qu’on a déjà été très en avance.
Et si vous pensiez que les records de vitesse n’étaient qu’une affaire de moteurs, ce Porsche flashé à 312 km/h risque de vous surprendre. Quant à ceux qui croient que seul le moteur compte, ce que cache la fausse boîte de vitesses de la Taycan pourrait bien les faire réfléchir.