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Ces voitures banalisées flashent 3,5 millions de fois par an… mais 79 % des PV finissent à la poubelle

Publié par Elsa Lepic le 29 Juin 2026 à 8:30
Chauffeur résigné au volant d'une berline banalisée

Elles ressemblent à n’importe quelle berline garée sur le bas-côté. Pourtant, depuis 2018, ces véhicules banalisés flashent des millions d’automobilistes chaque année. Le problème ? 79 % des infractions détectées en 2024 n’ont débouché sur strictement rien. Pas de PV, pas de poursuite, pas d’amende. Un taux d’échec si colossal que la Ligue de Défense des Conducteurs réclame désormais la suppression pure et simple du dispositif.

3,5 millions de flashs en 2024, et seulement 740 000 amendes

Les chiffres officiels publiés par la Sécurité routière et le ministère de l’Intérieur donnent le vertige. En 2024, les voitures-radars privatisées ont déclenché 3,5 millions de flashs sur les routes françaises. De ce torrent de détections, seuls 740 000 avis de contravention ont été émis. Tout le reste — près de 2,76 millions d’infractions supposées — a fini au rebut.

Pour comparaison, les radars fixes affichent un taux de rebut de 26,4 % la même année selon l’ANTAI. Trois flashs sur quatre se transforment en amende. C’est trois fois mieux que les voitures privatisées. La différence s’explique notamment par l’emplacement stratégique des radars fixes, installés sur des axes ciblés et régulièrement calibrés.

Le contraste est d’autant plus troublant qu’en 2019, lors de la phase de test en Normandie, le taux de conversion atteignait 72 %. Sept flashs sur dix devenaient une amende. Quatre ans plus tard, ce taux a plongé à 21 %. Personne au ministère n’a daigné expliquer comment un système peut se dégrader à ce point. Un silence qui alimente la défiance des automobilistes.

120 millions d’euros perdus et une promesse jamais tenue

En 2017, Emmanuel Barbe, alors délégué interministériel à la Sécurité routière, vendait le dispositif avec un argument massue : libérer l’équivalent de 400 emplois temps plein chez les forces de l’ordre. Ces agents devaient se recentrer sur les contrôles d’alcoolémie et de stupéfiants. Sept ans plus tard, le bilan est cruel.

Les contrôles d’alcoolémie sont passés de 10,1 millions en 2017 à 8,4 millions en 2024. Les dépistages de stupéfiants ont certes progressé, de 233 000 à 1,08 million grâce aux tests salivaires. Mais le total combiné — 9,28 millions d’opérations — reste inférieur au niveau de 2017. Le renforcement promis sur le terrain ne s’est jamais concrétisé.

Côté finances, la facture est salée. Avec un PV moyen estimé à 62 euros, les 2,76 millions d’infractions non poursuivies représentent environ 120 millions d’euros de recettes perdues pour l’État en 2024. Un paradoxe quand on sait que chaque voiture-radar peut générer jusqu’à 697 000 euros de bénéfice net par an, selon la LDC.

Environ 300 véhicules sillonnent les routes début 2026, d’après Presse-citron. Parmi les modèles utilisés : Renault Captur, Peugeot 308, Citroën Berlingo. Tous embarquent un radar Gatso Millia capable de flasher dans les deux sens de circulation, même en roulant. Le conducteur suit un itinéraire GPS sans prendre aucune décision.

Dispositif radar embarqué dans un véhicule sur autoroute

Un chauffeur témoigne : « La rentabilité prime sur la sécurité »

Le quotidien de ces salariés est édifiant. La LDC a recueilli le témoignage anonyme d’un chauffeur de voiture-radar privatisée. Ses mots sont sans appel : il ne croit plus en sa mission. Le système est conçu pour faire rouler des véhicules et accumuler des données, pas pour améliorer la sécurité routière.

Dans les Hautes-Alpes, d’après Le Dauphiné, les voitures-radars relèvent environ 1 000 infractions par mois depuis leur déploiement en août 2025. Au regard des statistiques nationales, à peine 200 à 300 se transforment en PV. Les 700 autres finissent aux oubliettes, sans suite ni effet pédagogique.

Car c’est là le cœur du problème. Contrairement à un contrôle policier classique, l’automobiliste flashé n’est jamais averti sur le moment. Aucun échange, aucune interpellation, aucune prise de conscience immédiate. Juste un flash silencieux qui, huit fois sur dix, ne mène nulle part. Un système répressif aveugle, sans la moindre vertu dissuasive.

Face à ce constat, la Ligue des Conducteurs ne réclame ni réforme ni aménagement. Elle exige la suppression totale du dispositif et a lancé une pétition en ce sens. Ses arguments sont difficiles à contester : si huit flashs sur dix ne servent à rien, le dispositif est fondamentalement défaillant.

Un taux de rebut de 79 %, 120 millions d’euros envolés, des promesses de terrain jamais tenues : les voitures-radars privatisées ressemblent de plus en plus à une machine à cash pour opérateurs privés plutôt qu’à un outil de sécurité routière. Reste une question : combien de temps le ministère de l’Intérieur pourra-t-il encore garder le silence face à ces chiffres ?

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