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104 ans, 51 ans de retraite : licencié à cinq mois de son départ, il vit toujours chez lui

Publié par Killian Ravon le 06 Fév 2026 à 13:30

À Ney, dans le Jura, Paul Petit vient de franchir le cap rare des 104 ans. Son quotidien n’a pourtant rien d’un musée vivant. Il cuisine, suit l’actualité, fait des mots fléchés et sort faire ses courses chaque semaine avec son fils. Derrière cette routine paisible. Il y a une vie traversée par la guerre, un licenciement, un infarctus… Un témoignage rapporté par le Progrès.

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Image d’illustration : un homme âgé assis dans son salon, lisant le journal, avec une vue sur la campagne jurassienne.
Image d’illustration : scène de vie quotidienne d’un centenaire, dans un intérieur chaleureux avec vue sur le Jura.

Et une manière bien à lui de raconter tout cela. En ne gardant que le positif, et cette idée simple qu’il répète encore aujourd’hui, la “chance” n’explique pas tout. Mais elle compte.

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Le Progrès a consacré un portrait à ce Jurassien d’adoption, né le 28 octobre 1921, à l’autre bout de la France. Près de Saint-Dizier (Haute-Marne). Très tôt, l’enfance se termine : à 12 ans, il rejoint son père dans une usine de métallurgie. On parle souvent d’une “époque” pour résumer ce genre de trajectoire ; chez lui, ce sont surtout des gestes appris vite. Et une endurance qui s’installe sans bruit.

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À 104 ans, il n’idéalise pas. Il se souvient des coups durs, mais il s’attarde sur ce qui l’a aidé à tenir. Dans ses phrases, il y a de l’humour, parfois une pointe de malice. Et l’impression nette que la longévité, chez lui, n’est pas un trophée. C’est la suite logique d’une vie menée “normalement”, avec le sens du travail, des habitudes simples et une attention constante à ce qui se passe autour.

Couple de retraités marchant sur un chemin de campagne, de dos, main dans la main, illustrant une retraite paisible à deux à la campagne.
Un couple de seniors profite d’une promenade tranquille, symbole d’une vie plus sereine.
Crédit : Erich_rg / Pixabay

Une jeunesse au pas de course, puis l’Histoire en face

Sportif, Paul Petit a longtemps bougé. Athlétisme, 800 mètres, football : il aime le mouvement, l’effort, la camaraderie. Cette énergie-là, il la porte ensuite dans des années autrement plus sombres. Quand la Seconde Guerre mondiale s’invite dans les existences sans demander la permission. Il rejoint la Résistance, puis un bataillon envoyé en renfort en Alsace pour défendre le front du Rhin.

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Le récit se précise à mesure qu’il raconte. En 1942, dit-il, on “crevait de faim”, et le jardin devient une ressource vitale. Ce détail, chez lui, n’est pas une anecdote décorative : c’est un souvenir concret, presque physique, qui dit l’époque mieux qu’un long discours. Il plaisante même sur les épinards, “dégoûté” à force d’en avoir mangé, comme pour rappeler qu’on survit aussi grâce à ces petites bouées de légèreté.

Puis vient ce moment qu’il évoque comme on décrit un virage où tout aurait pu basculer. Le 15 août 1944, il “a failli prendre une balle” tirée par des SS. Une fraction de seconde, un pas de côté, le hasard et la peur mêlés. Il sera fait prisonnier et parle de quatre jours de train sans nourriture, jusqu’au camp de Nuremberg-Langwasser, où il travaille et s’affaiblit rapidement.

Dans ce camp, il perd 25 kilos en trois mois. Le chiffre est brutal, mais son commentaire revient encore à cette idée fixe : “la chance”. Libéré par les Américains, il raconte aussi l’après, le fait d’être “retapé”, et cette promesse de reconnaissance — la croix de guerre — qui, selon lui, ne viendra pas. Il ne s’attarde pas sur l’amertume : il constate, et passe à la suite, comme si la survie avait déjà exigé toute l’énergie disponible.

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Photo d’archives américaine datée d’août 1944, liée à la Résistance et au retour des forces françaises. Crédit : NARA.

Reprendre le fil : travailler, fonder une famille, bouger pour la santé

Après la guerre, Paul Petit retourne travailler comme tréfileur en Haute-Marne. Il se marie, devient père de deux enfants, et la vie se réorganise autour du quotidien, des contraintes et des décisions qu’on prend “pour tenir”. Un choix pèse particulièrement : la famille part dans le Jura, du côté de Champagnole, pour des raisons de santé concernant l’un de ses garçons. Le déménagement n’est pas seulement géographique, il marque une nouvelle tranche de vie.

En 1957, ils s’installent à Champagnole, quartier des forges. Paul rejoint les forges de la Serve, un site industriel important de la ville. Le décor change : nouvelles habitudes, nouveaux collègues, et cette sensation qu’on construit quelque chose sur la durée. Neuf ans plus tard, le couple s’installe à Ney, rue des Forgerons — comme un clin d’œil permanent à la trajectoire professionnelle.

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Couple de seniors allongés dans un lit sous une couverture grise, souriants et enlacés, regardant la caméra dans une lumière douce du matin.
La tendresse ne prend pas sa retraite, elle gagne souvent en profondeur avec les années.
Crédit : Pixabay / anncapictures

Paul Petit 104 ans : un licenciement… qui lui “tombe bien”

C’est l’un des passages les plus étonnants de son histoire, parce qu’il renverse le réflexe habituel. Un licenciement, on le vit rarement comme une bonne nouvelle. Lui, si. Il est licencié un an avant la fermeture du site, en 1975. Et il explique qu’il lui restait cinq mois avant la retraite : cette sortie anticipée lui permet de toucher des indemnités de départ, et de basculer dans une retraite qu’il savoure depuis cinquante ans.

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On pourrait entendre là une rationalisation a posteriori. Pourtant, dans son portrait, le ton sonne plutôt comme une ligne de conduite : regarder ce qui a été “sauvé” plutôt que ce qui a été “perdu”. Ce n’est pas nier la difficulté, c’est choisir langle depuis lequel on continue à avancer. Et quand il dit “j’ai eu du pot”, il ne cherche pas à donner une leçon : il raconte ce qu’il a ressenti.

À Ney, la commune le présente d’ailleurs comme devenu récemment l’homme le plus âgé du Jura, un “doyen” local que les habitants ont appris à connaître au fil des années. Dans un billet publié par la mairie, on rappelle aussi qu’il forme un couple symbolique de doyens du département avec Louise Couillerot (Gauthier), doyenne féminine citée à 106 ans.

Champagnole et le mont Rivel, dans le Jura. Crédit : Parrad.adrien.
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1995 : l’infarctus et le “baquet d’eau froide”

La chance, encore, revient au galop lorsqu’il évoque 1995. Paul Petit fait un infarctus. La scène, telle qu’il la raconte, reste saisissante : c’est son fils qui le trouve et lui administre un baquet d’eau froide. L’effet est décrit comme un “électrochoc” qui lui aurait sauvé la vie. Le geste surprend, mais l’idée principale est limpide : il “revient de loin”.

Dans l’article du Progrès, il ajoute qu’on “n’arrive pas à 104 sans une bonne étoile”. Là encore, il ne vend pas une recette miracle. Il admet une part d’aléatoire, tout en montrant qu’il est resté actif, entouré, connecté au réel. Ce mélange, chez certains centenaires, est souvent ce qui frappe : une simplicité concrète, et une forme de lucidité tranquille.

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À quoi ressemble la vie à 104 ans, concrètement ?

Paul Petit vit chez lui, à Ney, et mène “une vie tout à fait normale”, selon le Progrès. Il fait sa cuisine, se prépare à manger, s’occupe l’esprit avec des mots fléchés et suit l’actualité. Chaque jeudi, il fait les courses avec son fils. Rien d’extraordinaire, et c’est précisément ce qui impressionne : une autonomie qui tient à des habitudes, à un environnement stable, et à des liens familiaux réguliers.

Ce portrait rappelle aussi une évidence souvent oubliée : vivre longtemps ne veut pas forcément dire vivre “loin de tout”. Dans son cas, il y a au contraire un ancrage très net dans le présent. Son passé est immense, mais il ne vit pas dedans. Il l’ouvre quand on lui demande, il le raconte sans emphase, puis il revient au quotidien — celui qui continue, repas après repas, semaine après semaine.

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Vue aérienne d’Arles (Bouches-du-Rhône), associée à l’histoire de Jeanne Calment. Crédit : Chensiyuan.
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Les doyens de l’humanité aujourd’hui… et l’ombre de Jeanne Calment

Le mot “doyen” donne souvent envie de comparer. Qui est, à l’instant où l’on lit ces lignes, la personne la plus âgée du monde ? D’après Guinness World Records, la personne reconnue comme la plus âgée actuellement (catégorie “oldest living”) est Ethel Caterham, au Royaume-Uni, validée en lien avec l’organisation LongeviQuest.

Pour le doyen masculin, Guinness indique João Marinho Neto (Brésil), avec une validation également attribuée à LongeviQuest. Ces titres changent au gré des décès et des validations, et les organismes le rappellent régulièrement : les records peuvent évoluer vite, et ne sont pas toujours mis à jour “en temps réel” sur une page unique. On se souvient par exemple de sœur André ou de la doyenne des Français.

Au-dessus de ces classements du “moment”, un nom reste, en France, le point de référence absolu : Jeanne Calment. Guinness World Records la présente comme la personne ayant atteint l’âge le plus élevé jamais authentifié, avant d’être morte à 117 ans (pour d’autres cas historiques), avec 122 ans et 164 jours, née le 21 février 1875 et morte à Arles le 4 août 1997.

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Un homme modeste

Son cas a aussi été discuté, notamment lors de controverses médiatiques sur une hypothèse d’usurpation d’identité. Le Monde avait relayé ces débats en 2019, en donnant la parole à des chercheurs et en rappelant la position de spécialistes impliqués dans la validation, qui affirment n’avoir “jamais eu aucun doute” sur l’authenticité des documents. Sur le plan scientifique, Jean-Marie Robine a publié en 2019 un article défendant les éléments factuels soutenant la validation de Jeanne Calment, en parlant d’une revendication d’âge “très solidement” documentée.

Face à ces records mondiaux, l’histoire de Paul Petit se place ailleurs. Il ne cherche pas à être “le plus” ceci ou cela. Son récit dit plutôt ce que peut être un siècle de vie quand on a traversé les guerres, l’usine, les déménagements et les alertes médicales… et qu’on décide, malgré tout, de ne retenir que ce qui aide à continuer.

Que retenir ?

Paul Petit n’a pas fabriqué un mythe autour de sa longévité. Il raconte une vie de travail précoce, de guerre et de reconstruction, puis une vieillesse étonnamment active, sans mise en scène. À 104 ans, il reste un homme de routine, de famille, et de phrases simples — dont celle-ci, qui résume presque tout : la chance existe, mais elle ne suffit pas ; il faut aussi tenir, s’adapter, et garder l’élan.

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1 commentaire

  • S
    SUN
    06/02/2026 à 17:18
    TOUT SIMPLEMENT BRAVO MR PETIT

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