14 octobre 1066 : la bataille de Hastings, et la flèche qui aurait changé l’Angleterre
Un seul jour a suffi pour transformer l’Angleterre pour toujours. C’était un 14 octobre, il y a près de mille ans, sur une colline du Sussex. Mais ce n’est pas le seul événement qui rend cette date incontournable.
Un prix Nobel de la paix, une capitale en flammes, un sous-marin coulé, un pilote qui franchit un mur invisible : le 14 octobre a l’habitude des grands renversements. Voici ce qui s’est passé ce jour-là, et pourquoi ça nous concerne encore.
1066 : la bataille qui a fait basculer l’Angleterre en une journée
Le 14 octobre 1066, Guillaume de Normandie affronte le roi anglais Harold Godwinson près de Hastings. Les deux armées s’affrontent pendant toute la journée, ce qui est exceptionnellement long pour l’époque. Harold, venu à marche forcée du nord après une première victoire contre les Norvégiens, arrive avec des troupes épuisées.
Les Anglais tiennent leur mur de boucliers au sommet de la colline. Les Normands n’arrivent pas à le percer. Alors, selon plusieurs chroniqueurs, ils simulent une fuite pour attirer leurs adversaires en contrebas.
La ruse fonctionne : une partie des Anglais s’élance à leur poursuite et la formation se disloque. Harold meurt ce jour-là, et la suite change l’histoire d’un pays entier. Mais comment est-il mort, au juste ?

La flèche dans l’œil : légende ou réalité ?
La célèbre tapisserie de Bayeux montre un homme avec une flèche plantée dans l’œil, à côté de la mention « Harold roi ». Pendant des siècles, on a cru qu’il s’agissait du roi lui-même. Les historiens en doutent aujourd’hui : la scène est ambiguë, et la tapisserie a été restaurée au fil du temps.
D’autres textes évoquent plutôt une mort sous les coups de plusieurs chevaliers normands. Le mystère reste entier, et c’est ce qui fait la force de cette image.
Ce qui est certain, c’est la conséquence : Guillaume devient « le Conquérant », et l’anglais se remplit de mots français. Des centaines de termes que nous utilisons encore viennent de cette conquête. Et ce n’est pas le seul 14 octobre à avoir changé des vies.
1912 : une balle dans la poitrine, et un discours de 90 minutes
Le 14 octobre 1912, l’ancien président américain Theodore Roosevelt est en pleine campagne à Milwaukee. Au moment où il monte dans sa voiture, un homme tire sur lui à bout portant. La balle traverse son manteau, un étui à lunettes et un manuscrit de discours plié en deux dans sa poche.
Ce paquet de feuilles lui a probablement sauvé la vie. Roosevelt ne s’effondre pas : il refuse d’aller à l’hôpital et monte sur scène avec la balle dans la poitrine.
Devant la foule, il sort ses feuilles trouées et lance : « Il faut plus qu’une balle pour tuer un élan ! » Il parle pendant près d’une heure et demie avant d’accepter des soins. La balle est restée dans son corps jusqu’à sa mort.

1947 : l’homme qui a percé le mur du son
Le 14 octobre 1947, au-dessus du désert californien, le capitaine Chuck Yeager prend les commandes du Bell X-1. L’avion est largué sous le ventre d’un bombardier, puis il allume ses fusées. Quelques instants plus tard, l’appareil dépasse la vitesse du son, soit environ 1 100 km/h à cette altitude.
Plus surprenant encore : Yeager pilotait avec deux côtes cassées. Deux jours plus tôt, il était tombé de cheval et n’avait rien dit à personne, de peur d’être écarté du vol. Pour fermer la trappe de l’appareil, il a dû utiliser un morceau de manche à balai comme levier.
Pendant des années, l’exploit est resté secret, classé par l’armée américaine. Le grand public ne l’a appris qu’en juin 1948. Quel autre secret militaire a longtemps dormi dans ce calendrier ?
1964 : le plus jeune lauréat du Nobel de la paix
Le 14 octobre 1964, le comité Nobel annonce que Martin Luther King recevra le prix de la paix. Il a 35 ans, ce qui fait de lui le plus jeune lauréat de l’époque. Il choisit de reverser l’intégralité de la somme, soit 54 000 dollars, au mouvement des droits civiques.
L’annonce tombe dans un contexte tendu. Le Civil Rights Act vient d’être signé à peine trois mois plus tôt, et le FBI de J. Edgar Hoover surveille King de très près. L’agence ira jusqu’à lui envoyer une lettre anonyme pour le pousser à renoncer.
King reçoit pourtant son prix à Oslo en décembre. Ce jour-là, il dit refuser d’accepter « la fin de l’humanité ». Un autre homme, vingt ans plus tôt, n’avait pas eu la même chance.
1944 : le maréchal contraint de choisir sa mort
Le 14 octobre 1944, Erwin Rommel, le célèbre « Renard du désert », reçoit la visite de deux généraux à son domicile en Allemagne. Hitler le soupçonne d’avoir trempé dans l’attentat manqué du 20 juillet. Les émissaires lui proposent un choix : un procès devant le tribunal du peuple, ou le suicide.
Rommel opte pour le poison afin d’épargner sa famille. Il monte dans la voiture, avale une capsule de cyanure et meurt en quelques minutes. Le régime annonce officiellement qu’il a succombé à ses blessures de guerre.
Les funérailles nationales sont même organisées en grande pompe. La vérité n’éclate qu’après la guerre. Et si cette journée a vu des hommes disparaître, d’autres y sont nés.
Ils sont nés un 14 octobre
Le 14 octobre 1890, Dwight D. Eisenhower naît au Texas. Il deviendra commandant suprême des forces alliées en Europe, puis président des États-Unis. C’est sous ses ordres que le Débarquement de Normandie a été lancé, sans qu’il renonce à sa fameuse lettre de démission préparée à l’avance en cas d’échec.
Le 14 octobre 1927 naît Roger Moore, futur James Bond pendant douze ans et sept films. Avant de devenir 007, il était connu pour la série Le Saint. Il a toujours dit qu’il était un très mauvais acteur d’action, et jouait volontiers de cette autodérision.
Le 14 octobre 1940 naît Cliff Richard, l’une des plus grandes voix du rock britannique. Et le 14 octobre 1957, c’est au tour de Thierry Lhermitte, héros des Visiteurs et du Père Noël est une ordure, de voir le jour à Boulogne-Billancourt.
Deux anecdotes à ressortir à table
En 1962, le 14 octobre, un avion espion américain U-2 photographie au-dessus de Cuba des rampes de lancement de missiles soviétiques. Cette série de clichés déclenche la crise des missiles, treize jours de tension qui ont failli provoquer une guerre nucléaire. Tout est parti d’une simple pellicule.
Autre fait étonnant : le 14 octobre 1066 est aussi la date retenue pour la fondation, sur le champ de bataille, de l’abbaye de Battle, élevée par Guillaume pour expier les morts. Le maître-autel a été placé à l’endroit exact où Harold serait tombé.
Si ces destins vous passionnent, l’histoire ne s’arrête pas là : vous pouvez enchaîner avec la nuit où les Templiers ont été arrêtés, la veille de cette date, et vous verrez que le calendrier n’a pas fini de nous surprendre. Pour remonter encore plus loin, le détail du journal de Colomb en intrigue plus d’un.