25 mai : le jour où une oreille coupée a lancé une guerre… et où un homme a marché sur un fil entre les Tours jumelles
Certaines dates accumulent les événements au point de ressembler à un roman d’aventures. Le 25 mai en fait partie. Ce jour-là, un capitaine anglais a brandi son oreille tranchée devant le Parlement pour déclencher un conflit armé, un continent africain a commencé sa marche vers l’unité, et un funambule français a réalisé l’exploit le plus fou du XXe siècle. Accroche-toi, la balade à travers les siècles commence maintenant.
Un capitaine, une oreille et une guerre absurde
Le 25 mai 1738, le capitaine Robert Jenkins se présente devant la Chambre des communes à Londres. Dans sa main, un bocal contenant ce qu’il affirme être sa propre oreille, tranchée sept ans plus tôt par un officier espagnol dans les Caraïbes. Le récit est si spectaculaire que le Parlement entre en ébullition. Peu importe que personne ne puisse vérifier l’authenticité du morceau de chair : l’Angleterre veut en découdre avec l’Espagne.

L’affaire débouche sur un conflit officiellement baptisé la « guerre de l’oreille de Jenkins », qui éclate en 1739. C’est l’un des rares cas dans l’histoire où un organe humain sert de casus belli. Le conflit durera neuf ans et se fondra dans la guerre de Succession d’Autriche, entraînant des dizaines de milliers de morts. Détail savoureux : des historiens pensent que Jenkins avait en réalité perdu son oreille lors d’une rixe de taverne, pas sous une lame espagnole.
Mais le 25 mai n’a pas fini de jouer avec les frontières et les empires. Un autre événement, bien plus récent, a redessiné la carte d’un continent entier.
Le jour où l’Afrique s’est unie sur le papier
Le 25 mai 1963, trente-deux chefs d’État africains se retrouvent à Addis-Abeba, en Éthiopie. L’enjeu est colossal : créer une organisation capable de parler d’une seule voix pour un continent qui sort à peine de la colonisation. Ce jour-là naît l’Organisation de l’unité africaine (OUA), ancêtre de l’actuelle Union africaine.
L’empereur Haïlé Sélassié accueille les délégations dans le tout nouveau Africa Hall. Kwame Nkrumah, président du Ghana, rêve d’États-Unis d’Afrique avec un gouvernement fédéral. D’autres, comme le Sénégalais Léopold Sédar Senghor, préfèrent une coopération souple. Le compromis penche vers la prudence, mais le symbole est immense : pour la première fois, des nations africaines indépendantes s’assoient ensemble sans qu’une puissance européenne tienne la plume.
Depuis 1963, le 25 mai est célébré comme la Journée de l’Afrique. L’OUA est devenue l’Union africaine en 2002, avec 55 États membres. Mais bien avant que l’Afrique ne trouve sa voix collective, un Argentin avait déjà tenté de libérer un autre continent.
La révolution argentine prend feu à Buenos Aires
Retour en 1810. Depuis des mois, les nouvelles d’Europe sont désastreuses pour les colonies espagnoles : Napoléon a renversé le roi Ferdinand VII et installé son frère Joseph sur le trône. À Buenos Aires, les créoles voient une fenêtre s’ouvrir. Le 25 mai, après une semaine de tensions — la « Semaine de mai » —, le vice-roi Cisneros est contraint de démissionner.
Une junte provisoire prend le pouvoir. Ce n’est pas encore une déclaration d’indépendance formelle (elle viendra en 1816), mais c’est le point de bascule. Le 25 mai est aujourd’hui la fête nationale argentine, célébrée avec autant de ferveur que le 1er mai en France. Sans cette journée de 1810, les guerres d’indépendance sud-américaines auraient peut-être pris un tout autre chemin.
Et puisqu’on parle de pionniers, un autre événement du 25 mai a envoyé un signal clair : l’humanité pouvait viser les étoiles.
Kennedy promet la Lune — et personne ne le croit
Le 25 mai 1961, le président John F. Kennedy se lève devant le Congrès américain et prononce une phrase qui entre dans l’histoire : « Je crois que cette nation devrait s’engager à faire atterrir un homme sur la Lune et à le ramener sain et sauf sur Terre avant la fin de cette décennie. »
À ce moment précis, les États-Unis viennent à peine d’envoyer Alan Shepard dans l’espace — un vol suborbital de quinze minutes, loin du tour complet de la Terre réalisé par Youri Gagarine le 12 avril. La NASA ne sait même pas encore quelle méthode utiliser pour rejoindre la Lune. Beaucoup de scientifiques jugent le délai irréaliste.
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Pourtant, huit ans et deux mois plus tard, Neil Armstrong pose le pied sur le sol lunaire. Le budget du programme Apollo atteindra 25,4 milliards de dollars de l’époque, soit environ 200 milliards actuels. Un pari fou lancé un 25 mai, tenu au centime près. Mais tous les exploits de cette date ne se sont pas joués dans l’espace.
Philippe Petit, un fil et les Tours jumelles
Techniquement, l’exploit de Philippe Petit date du 7 août 1974. Mais c’est un 25 mai — en 1971 — que tout commence. Ce jour-là, dans la salle d’attente d’un dentiste parisien, le jeune funambule de 21 ans tombe sur un article de magazine montrant les plans des futures Tours jumelles du World Trade Center, encore en construction à New York.
Petit arrache la page, la glisse dans sa poche et décide sur-le-champ qu’il marchera entre ces deux tours. Trois ans de préparation clandestine, six passages illégaux dans les chantiers, un câble de 200 kilos hissé en pleine nuit entre les toits à 417 mètres de hauteur. Le résultat : 45 minutes de traversée sous les yeux de Manhattan, un spectacle que personne n’avait imaginé.
Sans cette page de magazine découverte un 25 mai, l’un des exploits les plus poétiques du XXe siècle n’aurait peut-être jamais eu lieu. Et cette date a aussi vu naître des personnalités qui ont marqué leur époque.
Nés un 25 mai : un acteur culte, une voix légendaire et un génie en avance sur son temps
Le 25 mai 1939, Ian McKellen voit le jour à Burnley, en Angleterre. Avant d’incarner Gandalf dans Le Seigneur des anneaux et Magnéto dans X-Men, il est d’abord un monstre sacré du théâtre shakespearien. Fait méconnu : McKellen a fait son coming out publiquement en 1988, à 49 ans, lors d’une émission radio de la BBC, devenant l’un des premiers acteurs majeurs à le faire.
En 1954, c’est une tout autre légende qui naît à Tuskegee, en Alabama. Darius Rucker, futur leader du groupe Hootie & the Blowfish, vendra plus de 25 millions d’albums dans le monde. Mais c’est sa carrière solo en musique country — genre historiquement dominé par des artistes blancs — qui lui vaudra un Grammy Award et une place à part dans l’histoire musicale américaine.
Remontons encore plus loin : le 25 mai 1803 naît à Waltham Abbey, en Angleterre, Ralph Waldo Emerson. Philosophe, essayiste, poète, il deviendra le père du transcendantalisme américain. Son essai Self-Reliance (1841) est encore aujourd’hui l’un des textes les plus lus dans les universités du monde entier. Emerson a influencé aussi bien Nietzsche que Walt Whitman, qui lui dédia la première édition de Feuilles d’herbe.
L’anecdote que personne ne connaît
Le 25 mai 2001, Erik Weihenmayer atteint le sommet de l’Everest. Jusque-là, rien d’exceptionnel : des centaines d’alpinistes l’ont fait avant lui. Sauf qu’Erik est aveugle. Totalement aveugle depuis l’âge de 13 ans, à cause d’une maladie dégénérative de la rétine appelée rétinoschisis.
Pour grimper, il utilise un système de clochettes fixées au sac de l’alpiniste devant lui, combiné à ses bâtons pour « lire » le terrain sous ses pieds. L’ascension dure deux mois. Au sommet, à 8 849 mètres, il ne voit rien du panorama le plus spectaculaire de la planète. Mais il le sent, dit-il, dans chaque rafale de vent.
Weihenmayer est devenu le premier et, à ce jour, le seul alpiniste aveugle à avoir gravi l’Everest. Il complètera ensuite les « Sept Sommets » — le point culminant de chaque continent — toujours sans voir un seul paysage. Le genre d’histoire qui donne envie de ne plus jamais se plaindre d’un escalier.
Du capitaine Jenkins brandissant son oreille devant le Parlement à un aveugle au sommet du monde, le 25 mai prouve une chose : les journées les plus ordinaires du calendrier cachent parfois les histoires les plus extraordinaires. Si tu as raté l’éphéméride du 24 mai, elle vaut aussi le détour.