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Ils ont couvert 200 m² de glacier avec de la laine de mouton : la fonte recule de plus de 50 %

Publié par Elsa Fanjul le 05 Oct 2026 à 6:57
Couverture de laine étendue sur la glace d'un glacier alpin

Un glacier, un soleil de plomb et de la laine de mouton. On dirait une blague d’atelier tricot. Pourtant, quatre étudiants suisses ont emballé un morceau des Alpes pendant tout l’été, et les premières mesures surprennent. Reste à savoir ce que ce pull géant a vraiment changé, et pourquoi ses auteurs refusent de crier victoire.

Un glacier des Alpes, quatre étudiants et un pari de 200 m² de laine

Tout part de Lausanne. Quatre étudiants de l’Université de Lausanne, en Suisse, voulaient savoir si un matériau naturel pouvait protéger la glace pendant les mois les plus chauds. Leur terrain d’expérience : une partie d’un glacier alpin.

Le projet s’appelle « Keep It Wool ». Il s’est déroulé entre juin et septembre 2026 sur le glacier 3000, à Les Diablerets, dans le canton de Vaud. Autrement dit, en pleine saison où la glace souffre le plus.

L’idée n’est pas sortie de nulle part. Elle découlerait d’une exposition présentée en 2025 par Nathalie Dietschy, professeure d’histoire de l’art à l’Université de Lausanne, intitulée « Glaciers Under Cover ». Un pont inattendu entre art et glaciologie.

Pourquoi se donner tout ce mal ? Parce que les glaciers suisses auraient perdu près de 40 % de leur masse ces dernières décennies, et qu’environ mille petites formations auraient disparu, selon les données citées par le projet. Le sujet rejoint ce que disent les experts qui alertent sur un réchauffement plus rapide que prévu.

Protéger la glace avec des couvertures, ce n’est pas une nouveauté. Mais celles qu’on utilise d’habitude posent un problème dont on parle peu, et c’est justement lui qui a conduit les étudiants vers la laine.

Deux couvertures de laine, un géotextile et des mesures toutes les deux semaines

Le 22 juin, Maxime Galley, Elliot Gaffiot, Jose Bastidas et Léonard Duloube sont passés à l’action. Ils ont installé deux couvertures de laine de 10 mètres sur 10, chacune d’une épaisseur différente. Soit 200 m² de laine posés sur la glace.

Pour juger le résultat, il fallait un point de comparaison. Les étudiants ont donc ajouté une troisième zone de même taille, couverte d’un géotextile, un matériau déjà utilisé pour protéger certaines parties des glaciers contre la chaleur.

Côté suivi, rien n’a été laissé au hasard. Des estacas, pardon, des jalons plantés au centre de chaque zone ont permis de relever, toutes les deux semaines, la quantité de glace et de neige perdue dans chaque secteur.

Reste la question du matériau. La laine utilisée est suisse, naturelle et biodégradable. Elle a été maintenue au sol par des sacs de malt recyclés remplis de gravillons, une solution bricolée mais maligne.

Le choix n’a rien d’anodin. Les couvertures synthétiques, en polyester ou en polypropylène, peuvent se dégrader et libérer des microplastiques qui finissent dans la neige, la glace et l’eau de montagne. De quoi donner envie d’une alternative.

Sur place, on sait déjà que la glace se garde autrement. À Les Diablerets, une technique appelée « snow farming » conserve de la neige tout l’été pour l’hiver suivant. Et l’on a déjà vu un bloc de glace d’une tonne à 8 500 dollars : la glace a toujours eu de la valeur.

Alors, que disent les relevés de l’été ? Les premières données indiquent que les couvertures de laine ont freiné la fonte de plus de 50 %, avec une protection comparable à celle du géotextile de référence. Pour un matériau tiré de la toison d’un mouton, ce n’est pas rien.

Mains gantées plantant une jauge dans la glace près de la laine

Le bémol que les étudiants posent eux-mêmes sur la table

Dans un été où la France bat un record de chaleur vieux de 126 ans, une réussite pareille donne envie de s’emballer. Les chercheurs, eux, freinent des quatre fers.

Premier garde-fou : ces résultats restent des premiers résultats. Les investigateurs précisent qu’ils doivent encore être analysés plus en profondeur avant de conclure à l’efficacité définitive de la technique. Un chiffre encourageant n’est pas un verdict.

Deuxième garde-fou, plus important : les étudiants reconnaissent eux-mêmes que couvrir certains secteurs de laine ne peut pas empêcher la disparition des glaciers à long terme. La couverture retarde la fonte, elle ne change pas la température.

La cause de fond est connue. Le recul de ces grandes masses de glace est directement lié au réchauffement climatique. La principale mesure pour limiter leur perte reste donc la réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Alors à quoi sert cette laine ? À compléter les méthodes existantes. L’expérience cherche à tester une option biodégradable, capable d’épauler les techniques déjà employées pour protéger temporairement certaines zones, sans ajouter de plastique dans l’eau de montagne.

C’est là que le projet prend son vrai sens : non pas sauver un glacier, mais prouver qu’on peut en protéger un coin sans laisser de déchets derrière soi. La suite dépend maintenant de ce que révéleront les analyses.

Ce que cette laine pourrait changer pour les glaciers de demain

Si les analyses confirment les premières mesures, la laine pourrait rejoindre la boîte à outils des gestionnaires de sites alpins. Elle serait utilisée sur des zones ciblées et temporaires, là où l’on veut garder la glace un peu plus longtemps.

L’argument écologique pèse lourd. Une couverture naturelle et biodégradable évite de laisser traîner des fibres synthétiques en altitude. Pour des montagnes d’où vient l’eau que l’on boit en aval, le détail compte.

Le contexte rend l’enjeu plus concret. Entre les pertes de masse et les petits glaciers disparus, la montagne change vite. Le feuilleton de la glace, c’est aussi celui de ce qui resurgit en fondant, comme ce Boeing du mont Blanc et ses tonnes de plomb encore mesurées aujourd’hui.

Et côté solutions naturelles, l’imagination ne manque pas. Ainsi, on a vu cet arbre censé absorber dix fois plus de CO2 que le chêne faire parler de lui, preuve que la nature est souvent invitée dans le débat climatique.

Reste à surveiller la publication d’analyses plus détaillées sur « Keep It Wool » : c’est elle qui dira si la laine est une vraie piste ou une jolie parenthèse. En attendant, quatre étudiants ont déjà montré qu’une idée de départ audacieuse pouvait mener loin.

La laine ne sauvera pas les glaciers, mais elle prouve qu’une couverture peut protéger sans polluer. Et si le froid vous fascine, ces cités entières retrouvées par hasard sous la glace, le sable ou l’eau vous réservent bien d’autres surprises. Quant à la montée des eaux, cette île française qui pourrait être engloutie avant la fin du siècle pose une tout autre question.

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