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Elle a économisé 9 ans pour un terrain, puis a bâti sa maison avec 7 tonnes de plastique recyclé

Publié par Elsa Fanjul le 23 Août 2026 à 11:48
Maison modeste peinte au Costa Rica avec mère et enfant

À Alajuelita, en banlieue de San José, une maison ne se distingue en rien de ses voisines. Peinte, enduite, banale au premier regard. Elle cache pourtant sept tonnes de déchets plastiques transformés en 850 blocs emboîtables. Derrière ces murs, il y a une mère qui a attendu neuf ans pour offrir un toit à son fils, et un pari technique jamais tenté sur une habitation complète.

Une attente de neuf ans pour un simple terrain

Au Costa Rica, des milliers de familles vivent sans accès à un logement formel. Cindy Mora en faisait partie. Femme de ménage, elle élevait seule son fils Fabrizio, âgé de six ans au moment des faits.

Pendant neuf ans, elle a mis de côté chaque somme disponible pour espérer, un jour, devenir propriétaire. Un prêt lui a finalement permis d’acquérir une parcelle dans le quartier de Lámparas. Mais une fois le terrain acheté, il ne lui restait plus rien pour construire quoi que ce soit dessus.

Cette situation, loin d’être isolée, illustre un problème structurel plus large. En 2018, le pays produisait environ 564 tonnes de plastique par jour, et n’en recyclait que 14, selon des données du ministère de la Santé costaricien citées par La Nación. Un paradoxe entre surplus de déchets et pénurie de logements, que certains projets ont cherché à transformer en solution, un peu comme cette maison japonaise imprimée sans béton repense les matériaux de construction classiques. D’autres initiatives misent sur la récupération d’objets du quotidien, à l’image de l’huile de cuisson usagée transformée en ressource à la maison.

850 blocs de plastique recyclé, assemblés comme des Lego

C’est là qu’intervient l’organisation Ekojunto, qui a développé les blocs Bloqueplas. Leur particularité : s’emboîter les uns dans les autres, sans mortier, un peu à la manière de briques de construction pour enfants.

Sept tonnes de bouteilles et d’emballages usagés ont été broyées et transformées pour fabriquer les 850 unités nécessaires au chantier. Leur forme permet un assemblage rapide, réalisable par des bénévoles encadrés par des ingénieurs, sans compétence technique préalable.

Le partenaire Urbarium a coordonné la mise en œuvre sur le terrain. Ce type de bloc avait déjà été testé sur de petites structures annexes, mais jamais sur une habitation complète destinée à accueillir une famille au quotidien. Le projet a mobilisé plus de 800 heures de travail bénévole, soutenu financièrement par Procter & Gamble via son programme social, en partenariat avec l’ONG Habitat for Humanity. Un modèle qui rappelle d’autres formes de valorisation du plastique, comme cet homme qui a financé sa maison en collectant des canettes pendant sept ans, ou encore ce bambou-plastique inventé par des chercheurs chinois.

Blocs de plastique recyclé empilés sur chantier

Une maison sismique et invisible, mais aux limites encore floues

Reste le détail qui change tout : seule la composition interne des murs différencie cette maison des constructions voisines. Fondations, toiture, plomberie, câblage, portes et fenêtres reposent sur des matériaux tout à fait conventionnels. Selon Ecoticias, une fois les murs enduits et peints, l’habitation se fond totalement dans le quartier.

Les concepteurs attribuent à leurs blocs une bonne résistance sismique et une isolation thermique satisfaisante, conçues pour respecter le code parasismique costaricien de 2010. Mais aucun test indépendant n’a validé ces propriétés sur cette maison précise, et la durabilité du matériau sur plusieurs décennies reste inconnue, faute de recul suffisant depuis 2018.

Les travaux ont débuté en avril 2018, et Cindy Mora a reçu les clés le 26 mai. Elle disposait enfin d’un toit fixe, après des années à craindre de ne jamais pouvoir offrir un foyer stable à son fils. Le coût total du chantier n’a jamais été communiqué publiquement, ce qui empêche toute comparaison avec un logement classique dans le même secteur. Ce type de démarche s’inscrit dans une réflexion plus large sur les déchets du quotidien, comme le montre l’exemple des 750 000 tonnes de vêtements jetés chaque année en France.

Sept ans après sa livraison, cette maison reste un cas unique, jamais reproduit à l’identique. D’autres projets de construction en plastique recyclé ont vu le jour depuis, mais aucun n’a encore atteint le stade de la production en série. Le déchet est devenu mur porteur, l’attente est devenue toit : reste à savoir si ce modèle changera un jour d’échelle.

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