Icône menu hamburger Icône loupe de recherche
  1. TDN >
  2. Écologie

Panneaux solaires : l’État va diviser par quatre le prix de rachat de votre électricité

Publié par Elsa Fanjul le 26 Avr 2026 à 9:59

Si vous avez des panneaux photovoltaïques sur votre toit — ou si vous pensiez en installer — accrochez-vous. Un projet d’arrêté gouvernemental prévoit de faire chuter le tarif de rachat du surplus d’électricité à un niveau presque symbolique : 1,1 centime le kWh. En parallèle, la prime à l’autoconsommation serait purement et simplement supprimée. Un virage brutal qui change toute l’équation financière du solaire résidentiel en France.

Un tarif divisé par quatre… et par dix en un an

Rapport financier gouvernemental sur le coût du solaire

Le chiffre fait mal. Aujourd’hui, EDF OA rachète le surplus d’électricité des particuliers équipés de panneaux solaires à environ 4 centimes d’euro le kilowattheure. Le projet d’arrêté modifiant l’arrêté S21, présenté début avril au Conseil Supérieur de l’Énergie, propose de faire tomber ce tarif à 1,1 centime. En clair, pour chaque kWh que vous injectez dans le réseau, vous toucherez presque rien.

Propriétaire inquiet devant ses panneaux solaires résidentiels

Et si l’on prend un peu de recul, c’est encore plus vertigineux. En comptant les baisses déjà appliquées depuis mars 2025, la rémunération du surplus aura été divisée par plus de dix en à peine un an. Pour un foyer qui misait sur la revente pour rentabiliser son installation, c’est un coup de massue.

Petite précision importante quand même : les contrats déjà signés ne sont pas concernés. Seules les nouvelles installations subiront ces nouvelles règles. Si vous avez déjà un contrat de rachat en cours, vos conditions actuelles restent valables. Mais pour tous ceux qui hésitaient encore à se lancer, le calcul vient de radicalement changer.

Et ce n’est pas le seul mauvais coup prévu par ce texte.

Prix négatifs, prime supprimée : la triple peine

Au-delà du tarif de rachat au ras du sol, le projet d’arrêté introduit une autre mesure qui pique : la suspension pure et simple du rachat pendant les épisodes de prix négatifs sur le marché de gros. Concrètement, quand il y a trop d’électricité sur le réseau et que les prix passent sous zéro, votre surplus sera injecté… gratuitement. Sans aucune compensation.

Or ces épisodes ne sont plus anecdotiques. Le réseau électrique français a enregistré 513 heures de prix négatifs en 2025, contre 352 l’année précédente. La tendance est clairement à la hausse. Autant dire que les périodes où votre surplus ne vaudra strictement rien vont se multiplier, surtout en milieu de journée — pile quand les panneaux produisent le plus.

Compteur électrique domestique et logo EDF sur un mur

Troisième lame : la prime à l’autoconsommation, actuellement comprise entre 60 et 120 euros par kWc selon la puissance installée, disparaîtrait complètement. Cette aide, qui permettait d’alléger sensiblement le coût initial d’une installation, ne sera plus versée aux nouveaux équipés. La revente en totalité de la production, jusqu’ici accessible aux installations jusqu’à 100 kWc, serait elle aussi enterrée.

Mais pourquoi l’État coupe-t-il aussi brutalement les vannes ?

848 374 installations et un réseau au bord de l’indigestion

Pour comprendre ce virage, il faut regarder ce qui se passe sur le réseau électrique français. Fin 2025, Enedis recensait 848 374 installations photovoltaïques en autoconsommation individuelle. Un chiffre en croissance exponentielle qui crée un problème très concret : un pic de production massif en milieu de journée, alors que la consommation globale, elle, stagne.

Résultat, comme le détaille Ouest-France, EDF est parfois contrainte de réduire, voire d’arrêter ses réacteurs nucléaires en plein après-midi. Or ces réacteurs sont conçus pour tourner le plus régulièrement possible. Les arrêts-démarrages répétés posent des problèmes techniques et économiques majeurs. Le solaire résidentiel, paradoxalement, déstabilise le réseau au lieu de le renforcer.

L’autre raison est purement budgétaire — et les chiffres donnent le vertige.

6,8 milliards d’euros : la facture qui a fait craquer Bercy

Le rapport Lévy-Tuot, remis au Premier ministre le 10 avril 2026, a posé les chiffres sur la table. Les compensations versées par l’État pour le rachat de l’électricité solaire ont coûté 2,6 milliards d’euros en 2024. Puis 5,3 milliards en 2025. Et la projection pour 2026 ? Au moins 6,8 milliards d’euros.

La courbe est exponentielle. En deux ans, la charge a presque triplé. Dans un contexte où les finances publiques françaises sont sous tension maximale, cette trajectoire était devenue insoutenable. Le gouvernement a donc choisi l’option radicale : couper le robinet des aides plutôt que de les ajuster progressivement.

À lire aussi

Selon Que Choisir, ce choix marque un tournant philosophique : l’État ne veut plus financer la revente d’électricité solaire, il veut que les particuliers consomment ce qu’ils produisent. Point.

Mais alors, est-ce que ça vaut encore le coup d’installer des panneaux ? La réponse n’est pas celle qu’on croit.

Pourquoi les panneaux restent rentables (mais pas pour les mêmes raisons)

Voilà la bonne nouvelle au milieu de ce tsunami réglementaire : le prix du matériel photovoltaïque s’est effondré ces dernières années. Un panneau qui coûtait une fortune il y a cinq ans est aujourd’hui accessible à une fraction de ce prix. L’investissement de base est donc bien plus digeste qu’avant, même sans prime.

En revanche, la stratégie doit complètement changer. Oubliez le surdimensionnement. Avant, installer plus de panneaux que nécessaire avait du sens parce que le surplus rapportait de l’argent. À 1,1 centime le kWh, ce surplus ne vaut quasiment rien. Les professionnels du secteur recommandent désormais de dimensionner l’installation au plus juste par rapport à votre consommation réelle.

Et surtout, la pièce maîtresse du nouveau modèle, c’est la batterie domestique. Une batterie de 10 kWh — comptez environ 5 000 euros — permet de stocker l’électricité produite en journée pour la consommer le soir et la nuit. Résultat : l’autonomie électrique d’un foyer passe de 30 % à plus de 60 %. L’amortissement se fait sur une dizaine d’années, ce qui reste cohérent avec la durée de vie d’une installation solaire.

En gros, la rentabilité ne se calcule plus en euros gagnés sur la revente, mais en euros économisés sur votre facture. Un changement de paradigme total.

Les offres privées qui tentent de combler le vide

Face au désengagement de l’État, certains fournisseurs d’énergie privés tentent de se positionner. Octopus Energy a lancé une offre baptisée « Solar Boost » qui garantit le rachat du surplus à 4 centimes le kWh pendant quatre ans. Un tarif bien supérieur au futur tarif réglementé, mais à une condition : il faut coupler son installation à une batterie domestique.

L’idée est intéressante sur le papier. Elle permet de conserver un minimum de revenus sur le surplus tout en incitant au stockage. Mais il faut garder un œil très vigilant sur ces nouvelles offres. Le secteur du rachat privé n’est pas exempt de pratiques douteuses.

L’exemple le plus frappant reste celui de JPME, lourdement sanctionné pour des millions d’euros d’impayés depuis 2023. Des centaines de particuliers se sont retrouvés avec des contrats de rachat non honorés, sans recours simple. Avant de signer quoi que ce soit avec un opérateur privé, vérifiez sa solidité financière, lisez les conditions en détail, et méfiez-vous des promesses trop belles.

Ce qui change concrètement si vous avez déjà des panneaux

Si votre contrat de rachat est déjà signé avec EDF OA, rien ne change pour vous dans l’immédiat. Votre tarif reste celui prévu au contrat. C’est une protection essentielle que le projet d’arrêté a maintenue — probablement pour éviter une contestation juridique massive.

En revanche, si votre contrat arrive à échéance dans les prochaines années, le renouvellement se fera aux nouvelles conditions. Il sera alors temps de repenser votre installation : investir dans une batterie, ajuster la taille de vos panneaux, et basculer vers un modèle d’autoconsommation maximale.

Pour ceux qui envisageaient de s’équiper, le message du gouvernement est limpide : produisez pour vous, pas pour revendre. Le chèque énergie et les autres dispositifs d’aide à la transition ne compenseront pas la disparition de la prime solaire. Il faudra compter sur ses propres calculs de rentabilité.

Une chose est sûre : l’ère dorée du photovoltaïque subventionné est terminée. Reste à voir si les Français continueront à miser sur le soleil — cette fois, pour eux-mêmes.

Laissez un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *