Usine Lustucru près de Lyon : un intérimaire de 22 ans happé par un laminoir pendant le nettoyage
Vendredi 17 avril au soir, un employé intérimaire de 22 ans a perdu la vie dans l’usine Lustucru de Saint-Genis-Laval, dans le Rhône. Le jeune homme, en poste de nuit, nettoyait un laminoir à pâte lorsqu’il a été happé par la machine. Le parquet de Lyon a ouvert une enquête pour homicide involontaire.
23 heures, équipe de nuit : ce qui s’est passé dans l’usine
C’est aux alentours de 23 heures que le corps du jeune homme a été découvert dans un laminoir de l’usine alimentaire Lustucru, située à Saint-Genis-Laval, commune limitrophe de Lyon au sud de l’agglomération. Selon les informations du parquet de Lyon, confirmées par Le Progrès, la victime travaillait en qualité d’intérimaire sur une ligne de production lorsqu’elle a été happée par la machine.
Un laminoir à pâte est un équipement industriel composé de rouleaux métalliques qui aplatissent et étirent la pâte de façon uniforme. Dans un contexte industriel comme celui de Lustucru, ces machines fonctionnent avec une puissance bien supérieure à leurs équivalents domestiques. Les rouleaux, entraînés par des moteurs puissants, ne laissent aucune marge d’erreur à quiconque se trouve à proximité lorsqu’ils sont en mouvement.
Le jeune homme, âgé de seulement 22 ans, effectuait une opération de nettoyage au moment du drame. D’après les premiers éléments recueillis, c’est pendant cette phase de maintenance que l’accident s’est produit. Les secours, dépêchés sur place, n’ont rien pu faire pour le sauver. Un drame qui rappelle d’autres accidents mortels au travail survenus récemment, où des employés ont perdu la vie dans des circonstances brutales.
Intérimaire depuis janvier : le profil de la victime
La direction de Lustucru a réagi dans un communiqué transmis au Progrès. « C’est avec une profonde tristesse que nous déplorons un accident du travail mortel, survenu dans la nuit de vendredi à samedi 17 avril, au sein de notre site de Saint-Genis-Laval », a déclaré l’entreprise. La victime était décrite comme un « salarié intérimaire » en poste depuis janvier 2026, affecté à l’équipe de nuit.

Trois mois. C’est le temps que ce jeune homme de 22 ans aura passé dans cette usine avant d’y perdre la vie. Le statut d’intérimaire soulève immédiatement des questions sur la formation aux risques et les protocoles de sécurité auxquels il avait été soumis. En France, les travailleurs temporaires sont statistiquement plus exposés aux accidents graves que les salariés permanents. Selon les chiffres de la DARES, un intérimaire a environ deux fois plus de risques d’être victime d’un accident du travail qu’un salarié en CDI.
« Nous tenons à exprimer notre immense émotion face à ce drame », a ajouté la direction de Lustucru, sans donner plus de détails sur les circonstances exactes de l’accident ni sur les mesures de sécurité en vigueur sur le site. L’entreprise, qui produit des pâtes alimentaires vendues dans toute la France, exploite cette usine du sud lyonnais depuis des décennies. Mais au-delà de l’émotion affichée, c’est désormais la justice qui devra établir les responsabilités.
Homicide involontaire : une enquête qui vise la personne morale
Le parquet de Lyon n’a pas attendu pour qualifier les faits. Une enquête a été ouverte pour « homicide involontaire par personne morale dans le cadre du travail ». Cette qualification pénale signifie que c’est l’entreprise elle-même — en tant qu’entité juridique — qui est dans le viseur des enquêteurs, et pas seulement un individu en particulier.
Les investigations ont été confiées à deux entités distinctes : la brigade de gendarmerie de Saint-Genis-Laval, chargée de reconstituer le fil des événements, et la direction départementale de l’emploi, du travail et des solidarités (DDETS) du Rhône. Cette dernière a un rôle crucial : elle devra vérifier si l’entreprise respectait bien l’ensemble des obligations en matière de sécurité au travail. Conformité des machines, procédures de consignation lors du nettoyage, formation du personnel intérimaire — chaque aspect sera passé au crible.
À lire aussi

La procédure de consignation est justement l’un des points centraux que les enquêteurs devront éclaircir. Avant toute intervention de maintenance ou de nettoyage sur un équipement industriel, un protocole strict impose normalement de couper l’alimentation, de verrouiller la machine et de vérifier l’absence d’énergie résiduelle. Toute défaillance dans cette chaîne de sécurité peut transformer une opération de routine en piège mortel. Les enquêteurs chercheront à déterminer si ce protocole existait, s’il a été respecté, et si le jeune intérimaire avait reçu une formation adéquate pour intervenir sur ce type d’équipement.
Les morts au travail en France : un fléau persistant
Ce drame survenu chez Lustucru n’est malheureusement pas un cas isolé. Chaque année, la France déplore plusieurs centaines de décès liés à des accidents du travail. En 2023, selon les dernières données consolidées de l’Assurance maladie, 759 personnes ont perdu la vie dans le cadre de leur activité professionnelle — un chiffre qui inclut les accidents de trajet. Rapporté à la population active, la France affiche l’un des taux les plus élevés d’Europe.
Les secteurs de l’industrie agroalimentaire et de la production manufacturière comptent parmi les plus touchés. Machines en mouvement, cadences soutenues, travail de nuit, recours massif à l’intérim — autant de facteurs de risque qui se combinent. La question des conditions de travail et de la protection des salariés les plus précaires revient systématiquement après chaque accident mortel, sans que les chiffres ne s’améliorent significativement.
Le travail de nuit, auquel était affecté le jeune homme de Saint-Genis-Laval, constitue un facteur aggravant reconnu par la médecine du travail. La vigilance chute naturellement entre 22 heures et 6 heures du matin, augmentant le risque d’erreur humaine. Dans une usine où les équipements peuvent broyer, trancher ou happer en une fraction de seconde, cette baisse d’attention peut avoir des conséquences irréversibles.
Ce que risque l’entreprise
Avec une qualification d’homicide involontaire par personne morale, Lustucru s’expose à des sanctions pénales lourdes. Le Code pénal prévoit une amende pouvant atteindre 375 000 euros pour une entreprise reconnue coupable d’homicide involontaire. Cette somme peut être multipliée en cas de circonstances aggravantes, notamment si un manquement délibéré aux obligations de sécurité est établi.
Au-delà de l’amende, le tribunal peut prononcer des peines complémentaires : interdiction d’exercer l’activité concernée, placement sous surveillance judiciaire, fermeture temporaire de l’établissement. Dans les cas les plus graves, les responsables individuels — directeur d’usine, responsable sécurité — peuvent également être poursuivis à titre personnel.
Pour la famille de la victime, l’enquête en cours est aussi la condition préalable à toute procédure d’indemnisation. Si la faute inexcusable de l’employeur est reconnue — c’est-à-dire s’il est prouvé que l’entreprise avait ou aurait dû avoir conscience du danger sans prendre les mesures nécessaires — les ayants droit pourront prétendre à une majoration de la rente et à des dommages et intérêts couvrant l’ensemble des préjudices subis.
L’enquête conjointe de la gendarmerie et de la DDETS du Rhône devra établir avec précision ce qui s’est passé ce vendredi soir dans l’usine de Saint-Genis-Laval. Le laminoir était-il correctement consigné ? Le jeune intérimaire avait-il reçu une formation spécifique aux risques de cette machine ? Les réponses à ces questions détermineront non seulement les suites judiciaires, mais aussi ce que la mort de ce jeune homme de 22 ans changera — ou ne changera pas — dans les pratiques de sécurité de l’industrie agroalimentaire française.
