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Viols d’enfants à Lucenay : qui est Romain G., l’homme suspecté d’avoir abusé de 34 enfants ? Régisseur de « Kaamelott » et père de famille, il était en fait un prédateur

Publié par Cassandre le 01 Mai 2026 à 4:30

Un père de famille modèle, une maison transformée en paradis pour gamins, des soirées pyjamas à répétition. Et derrière cette façade, l’un des dossiers de pédocriminalité les plus lourds de ces dernières années en France. Romain G., 40 ans, régisseur qui a notamment travaillé sur la série Kaamelott, est mis en examen pour viols et agressions sexuelles sur 34 garçons âgés de 2 à 9 ans. Retour sur un dossier qui donne la nausée.

Maison familiale avec jeux pour enfants à Lucenay

La maison aux toboggans, piège parfait pour les enfants du village

Lucenay, petit village du Beaujolais, dans le Rhône. C’est là que Romain G. s’était installé avec sa compagne Élodie, rencontrée sur un plateau de tournage, et leurs deux enfants. La maison familiale, il la décrit lui-même comme « son joyau ». Et pour cause : il l’avait transformée en véritable parc d’attractions miniature.

Piscine, cabane, toboggans, jeux vidéo, écrans de cinéma, illuminations de Noël spectaculaires sur la façade. Le genre d’endroit où n’importe quel gamin du quartier rêve d’aller passer un après-midi. Ou une nuit. Car Romain G. proposait régulièrement aux parents des copains de ses enfants d’organiser des soirées pyjamas. Des invitations perçues comme généreuses, presque trop belles. En réalité, c’était un piège méthodiquement organisé.

L’homme de 40 ans cultivait une image d’hôte parfait auprès des familles. Un père accueillant, souriant, disponible. Personne ne se méfiait. Et c’est précisément ce qui rend cette affaire aussi terrifiante : la confiance que les parents accordaient à cet homme était totale. Mais ce qui se passait une fois les lumières éteintes relevait d’un tout autre registre.

127 vidéos, 197 photos : un archivage méthodique de l’horreur

En janvier 2025, Romain G. est une première fois mis en examen pour viols et agressions sexuelles sur trois enfants. L’enquête ne fait alors que commencer. Le 10 avril 2026, une mise en examen « supplétive » vient alourdir considérablement le dossier : le nombre total de victimes identifiées passe à 34. Tous des petits garçons.

Ordinateur saisi par les gendarmes contenant des fichiers

Les faits se seraient déroulés entre 2020 et 2024. Quatre années pendant lesquelles Romain G. aurait commis des attouchements et des viols sous la douche, mais aussi des actes perpétrés la nuit, selon les premiers éléments relayés par Le Monde. Certaines victimes apparaissent visiblement inertes sur les images, endormies pendant leur sommeil. La question d’une éventuelle soumission chimique n’est pas encore tranchée, mais elle est fortement envisagée par les magistrats instructeurs.

Sur l’ordinateur du suspect, les enquêteurs ont découvert une centaine de vidéos et environ 200 photographies. Le détail qui glace : ces fichiers étaient classés méthodiquement, triés, organisés. Pas un acte impulsif. Un système. Selon Le Progrès, on parle précisément de 127 vidéos et 197 photos documentant les actes commis sur les victimes. Autant de preuves accablantes désormais entre les mains de la justice.

Ce dossier rappelle malheureusement d’autres affaires récentes de réseaux pédocriminels où la soumission chimique était utilisée comme arme. Mais ici, l’ampleur du nombre de victimes — 34 enfants dans un seul village — place l’affaire à un niveau exceptionnel.

Du cinéma à la vie de famille : le parcours d’un homme à double visage

Avant d’être le « papa cool » de Lucenay, Romain G. était intermittent du spectacle. Il a fait des études de cinéma, travaillé comme assistant puis comme régisseur. Son fait d’armes le plus connu : il a participé à la production de plusieurs épisodes de Kaamelott, la série culte d’Alexandre Astier. C’est d’ailleurs sur un plateau qu’il rencontre Élodie, qui deviendra sa compagne et la mère de ses deux enfants.

« C’était mon joyau, une belle maison, deux enfants, une femme », confie-t-il lui-même aux enquêteurs lors de ses auditions. Le tableau idyllique d’un homme comblé. Sauf que sa compagne livre une version radicalement différente de leur quotidien.

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Élodie décrit un homme manipulateur, auteur de violences psychologiques répétées, qui aurait selon elle « un problème avec la gent féminine ». Plusieurs proches de la famille évoquent également une différence de traitement marquée entre leurs enfants : son fils mis en avant, sa fille reléguée au second plan. Le profil d’un homme qui compartimentait sa vie avec une précision chirurgicale. À l’intérieur, le contrôle. À l’extérieur, le charme. Cette capacité à masquer une personnalité nuisible derrière une façade irréprochable est un trait que les psychiatres connaissent bien.

« Je pense être né comme ça » : l’expertise psychiatrique et la lettre aux familles

Comment un homme en arrive-t-il là ? Lors de ses auditions, Romain G. avance une explication : il dit avoir été lui-même victime de violences sexuelles à l’âge de 8 ans, de la part d’un cousin. « J’ai trop souffert des conséquences du viol que j’ai subi », déclare-t-il aux enquêteurs. Une souffrance qui, selon lui, expliquerait — sans la justifier — sa trajectoire.

Lettre manuscrite dans une salle d'audition de gendarmerie

L’expertise psychiatrique ordonnée par la justice est sans ambiguïté. Elle décrit « un profil de déviance pédophilique caractérisée se traduisant par des fantasmes sexuels excitants sur des enfants prépubères de 3 à 9 ans, d’impulsion sexuelle et de comportement de viol répété avec des stratégies pour se tenir au secret ». Le mot clé ici, c’est « stratégies ». Les soirées pyjamas, la maison-paradis, le rôle du père parfait : tout faisait partie d’un dispositif pensé pour accéder aux victimes sans éveiller les soupçons.

Consommateur de CBD et de somnifères, Romain G. a tenté de mettre fin à ses jours après sa première mise en examen. Secouru in extremis par les gendarmes, il avait laissé une lettre adressée aux familles des victimes et à ses proches. Son contenu est accablant.

« Aux familles et aux enfants, rien de ce que j’écris ce soir ne viendra apaiser votre douleur, votre colère et votre tristesse. Ce soir, je suis lâche et je préfère fuir la justice. Je pense être né comme ça, je n’ai pas choisi d’aimer les garçons… les trop jeunes garçons. Je me suis haï pour ça, mais je n’ai pas eu la force d’en parler. » Il demande ensuite à ses proches de « l’oublier ».

34 familles brisées et un village sous le choc

Trente-quatre victimes. Dans un village. En quatre ans. L’ampleur de cette affaire dépasse le cadre du fait divers ordinaire. Chaque enfant abusé, c’est une famille qui découvre l’impensable. Des parents qui avaient confié leur fils à un voisin de confiance, à un père comme eux, et qui réalisent aujourd’hui que la protection de leurs enfants a été violée de la manière la plus perverse qui soit.

L’instruction est toujours en cours. La question de la soumission chimique reste l’un des axes majeurs de l’enquête. Si elle est confirmée, elle ajouterait un degré de préméditation supplémentaire à un dossier déjà accablant. Les vidéos et photographies saisies constituent un matériel probatoire considérable que les enquêteurs continuent d’analyser.

Romain G. reste pour l’heure incarcéré dans l’attente de son procès. Pour rappel, le viol sur mineur de moins de 15 ans est passible de 20 ans de réclusion criminelle en France. Avec 34 victimes identifiées et un système méthodique documenté par des centaines de fichiers, cette affaire pourrait mener à l’une des peines les plus lourdes prononcées ces dernières années en matière de pédocriminalité.

Le dossier de Lucenay rappelle aussi une question récurrente dans ce type d’affaires : comment détecter les signaux d’alerte quand le prédateur est le parent parfait, celui à qui tout le monde fait confiance ? Une enseignante devenue virale avait récemment mis en musique un message simple pour les enfants : personne ne doit toucher vos parties intimes. Un message basique, mais qui prend ici tout son sens tragique.

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