Rhône : un père de famille mis en examen pour viols sur 34 enfants lors de soirées pyjamas
Un homme de 40 ans, père de famille sans antécédent judiciaire, a été mis en examen pour viols et agressions sexuelles sur 34 garçons âgés de 3 à 9 ans. Les faits se seraient déroulés pendant six ans dans sa maison de Lucenay, une commune paisible du Beaujolais. Des centaines de photos et de vidéos ont été retrouvées sur son ordinateur. Ce qu’ont découvert les enquêteurs dépasse l’entendement.
Une première plainte qui fait tout basculer

L’affaire démarre fin 2024, quand les parents d’un enfant déposent plainte. D’autres familles suivent rapidement. Le 27 janvier 2025, une information judiciaire est ouverte par le parquet de Villefranche-sur-Saône. Quatre jours plus tard, le suspect est mis en examen une première fois et placé en détention pour des faits concernant trois victimes.

À ce stade, personne ne mesure encore l’ampleur du désastre. Car l’homme qui vient d’être incarcéré n’avait aucun antécédent judiciaire, comme le précisait la procureure en mars 2025. Rien dans son casier. Rien qui aurait pu alerter les familles du village. Le profil type du voisin ordinaire — et c’est précisément ce qui rend cette affaire si glaçante pour les parents de Lucenay.
Après sa première garde à vue, le suspect a tenté de mettre fin à ses jours, selon une source proche du dossier. Un geste qui n’a pas interrompu le travail des enquêteurs de la brigade de gendarmerie d’Anse. Au contraire : c’est dans les semaines suivantes que la véritable dimension de l’affaire a commencé à apparaître.
Ce que les gendarmes ont trouvé sur son ordinateur
En fouillant le matériel informatique du suspect, les enquêteurs ont mis la main sur environ 200 photos et une centaine de vidéos. Des fichiers classés « méthodiquement », selon une source proche du dossier — comme un catalogue organisé avec soin. Cette méthode de classement a d’ailleurs permis d’accélérer l’identification des victimes.
Sur certaines vidéos, des enfants apparaissent les yeux bandés. D’autres séquences montrent des enfants visiblement inertes, filmés pendant leur sommeil. À ce stade de l’enquête, les enquêteurs ne savent pas encore s’il y a eu sédation — autrement dit, si les enfants ont été drogués pour ne pas se réveiller pendant les agressions.

Les faits documentés sur ces fichiers s’étalent sur une période de six ans, de janvier 2018 à décembre 2024, selon les informations de France Inter. Six années pendant lesquelles le suspect a agi en toute impunité, accueillant régulièrement chez lui les amis de ses propres enfants.
Des soirées pyjamas transformées en piège
Le mode opératoire reconstitué par les enquêteurs fait froid dans le dos. Le suspect organisait des soirées pyjamas à son domicile familial de Lucenay, dans le Beaujolais. Un cadre banal, rassurant pour les parents. Des enfants qui dorment chez un copain — quoi de plus normal ?
Sauf que derrière cette façade, les gendarmes soupçonnent des attouchements commis sous la douche et des agressions perpétrées la nuit, sur des enfants endormis. Certaines scènes ont été filmées. Les 34 victimes identifiées sont toutes des petits garçons, âgés de 3 à 9 ans. Trente-quatre enfants. Le chiffre donne le vertige.
Des affaires similaires impliquant des agressions sur mineurs en contexte de confiance ont secoué la France ces dernières années. Mais l’ampleur de celle-ci — par le nombre de victimes et la durée — la place parmi les dossiers de pédocriminalité les plus lourds du pays.
De 3 à 31 nouvelles victimes : l’enquête qui n’en finit pas
Le 10 avril 2026, le suspect a été mis en examen « supplétivement » pour 31 nouvelles victimes, comme l’a révélé Le Monde et confirmé la procureure de Villefranche-sur-Saône à franceinfo. On passe donc de 3 à 34 victimes identifiées en à peine plus d’un an d’investigation.
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Le suspect a reconnu les faits. Un aveu qui simplifie une partie du travail judiciaire, mais qui ne diminue en rien le traumatisme des familles. Car derrière chaque dossier, il y a un enfant, des parents qui ont fait confiance, une communauté qui n’a rien vu.
L’enquête menée par la gendarmerie d’Anse se poursuit. L’exploitation du matériel informatique n’est peut-être pas terminée, et d’autres victimes pourraient encore être identifiées. Le travail d’identification repose en grande partie sur les vidéos et photos retrouvées — des pièces à conviction qui sont aussi, pour chaque enfant concerné, la trace indélébile de ce qu’il a subi.
Lucenay sous le choc : quand le danger vient de l’intérieur
Lucenay est une petite commune du Beaujolais, le genre d’endroit où tout le monde se connaît. Le suspect y vivait avec sa famille, intégré dans le tissu local. Personne, apparemment, n’avait de raison de se méfier.
C’est là toute la difficulté avec ce type d’affaires. Contrairement aux dossiers de pédocriminalité en ligne où l’agresseur est un inconnu, ici le prédateur présumé était un visage familier. Un père. Un voisin. Quelqu’un à qui on confiait ses enfants pour la nuit.
Le journaliste de France Inter Frédéric Pommier, lui-même victime de violences sexuelles dans l’enfance, a souvent rappelé que la majorité des agressions sur mineurs sont commises par des proches. Les chiffres le confirment : selon les données du ministère de l’Intérieur, dans plus de 80 % des cas, l’agresseur est connu de la victime.
En France, plusieurs affaires récentes ont mis en lumière la vulnérabilité des enfants dans des contextes supposés sûrs — des centres de loisirs aux activités périscolaires. L’affaire de Lucenay vient s’ajouter à cette liste qui ne cesse de s’allonger.
Ce que dit la loi face à de tels actes
Les viols et agressions sexuelles sur mineurs de moins de 15 ans constituent des crimes passibles de 20 ans de réclusion criminelle. Lorsque les faits sont commis par une personne ayant autorité sur la victime — un parent, un éducateur —, la peine peut être encore alourdie.
La question de la castration chimique pour les pédocriminels revient régulièrement dans le débat public, comme c’est le cas en Italie. En France, le suivi socio-judiciaire avec injonction de soins reste le dispositif post-condamnation le plus utilisé.
Pour les 34 familles concernées, le chemin sera long. La reconnaissance des faits par le suspect ne met pas fin à la procédure judiciaire — elle ne fait que l’enclencher. Un juge d’instruction est saisi depuis janvier 2025. L’instruction se poursuit.
Si vous êtes victime ou témoin de violences sexuelles sur mineurs, le 119 (Allô Enfance en Danger) est disponible 24h/24. Le 0 800 05 95 95 (Viols Femmes Informations) accueille également les victimes majeures et mineures.