Caen : quatre adultes jugés pour avoir forcé sept enfants à reproduire des scènes pornographiques
Quatre adultes d’un même cercle familial comparaissent depuis ce mardi devant la cour criminelle du Calvados, à Caen. Ils sont accusés de viols, d’agressions sexuelles et de violences sur sept enfants, âgés de 3 à 10 ans au moment des faits. Pendant trois ans, les victimes auraient été exposées à des contenus pornographiques et contraintes de reproduire ce qu’elles voyaient à l’écran. Un procès qui s’annonce éprouvant, prévu jusqu’à vendredi.
Un comportement « sexualisé » qui alerte une famille d’accueil
Tout commence en 2014, dans le Calvados. Des jumeaux d’une dizaine d’années, placés dans une famille d’accueil, inquiètent leurs référents. Leur comportement est décrit comme « sexualisé », à un degré qui ne correspond en rien à leur âge. La famille d’accueil décide alors de contacter les services sociaux.
Les enquêteurs du commissariat de Caen prennent le relais et commencent à s’intéresser aux parents biologiques des deux garçons. Ce qu’ils découvrent dépasse tout ce qu’ils pouvaient imaginer. Entre janvier 2011 et juillet 2014, sept enfants — dont ces jumeaux — auraient subi des sévices sexuels répétés au sein de leur propre famille. Certains n’avaient que 3 ans lorsque les abus ont débuté.
Des scènes pornographiques projetées devant les enfants
Les auditions des victimes, menées dans le cadre de l’enquête, révèlent des faits glaçants. Selon les éléments recueillis par les enquêteurs, le couple principal — la mère des jumeaux et son nouveau compagnon — entretenait des rapports sexuels devant les enfants. Plus grave encore, ils diffusaient des films pornographiques en leur présence.
Les enfants étaient ensuite incités à reproduire ce qu’ils venaient de voir, notamment des fellations et des cunnilingus. Plusieurs victimes ont également déclaré avoir subi directement des abus sexuels de la part du compagnon de la mère et du frère de celui-ci. Des violences physiques se seraient ajoutées aux agressions sexuelles.
Quatre accusés, des profils et des charges différents
Les quatre personnes qui comparaissent devant la cour criminelle du Calvados sont toutes liées par des liens familiaux, mais ne font pas face aux mêmes accusations. Le premier couple est constitué de la mère des jumeaux, aujourd’hui âgée de 48 ans, et de son compagnon, du même âge. Ensemble, ils ont eu quatre enfants, qui avaient entre 4 et 7 ans au moment des faits et figurent parmi les victimes.
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Le troisième accusé est le frère du compagnon. Cet homme de 46 ans, père de famille, est non seulement poursuivi pour des violences sur les enfants du couple, mais également pour des abus sexuels sur ses propres enfants. Consommateur de stupéfiants, il était déjà connu de la justice pour des violences intrafamiliales et une affaire d’extorsion.
Le quatrième accusé est l’ancien compagnon de la mère de famille, un homme de 58 ans. Il est poursuivi pour détention, importation et consultation habituelle d’images pédopornographiques. Selon les informations du Parisien, il ne s’agirait pas de photos ou vidéos des enfants concernés par cette affaire. Ouest-France avait révélé l’affaire en amont de l’ouverture du procès.
Des accusés qui nient en bloc malgré les témoignages
Interpellés dès 2014, la mère de famille et son compagnon n’ont été mis en examen qu’en 2016. Si les deux reconnaissent avoir eu recours à des violences physiques sur les enfants, ils contestent formellement tout acte sexuel ou toute exposition à des contenus pornographiques. La mère, fait notable, n’était pas connue des services de police avant cette affaire.
Son compagnon, en revanche, avait déjà un casier judiciaire pour des faits de vol et de violence. Le frère de ce dernier conteste lui aussi l’intégralité des accusations portées contre lui, tant les viols que l’exposition des enfants à la pornographie. Quant à l’ancien compagnon de la mère, son parcours judiciaire illustre la difficulté de ces dossiers : il a d’abord tout nié, puis a reconnu « des caresses sur le sexe d’une fillette née en 2007 », avant de finalement se rétracter.
Près de douze ans pour arriver au procès
Le délai entre la découverte des faits et l’ouverture du procès interpelle. Plus de dix ans se sont écoulés depuis les interpellations de 2014. Une durée malheureusement courante dans les affaires de crimes sexuels sur mineurs, où la complexité des enquêtes et l’encombrement des juridictions allongent considérablement les procédures.

Après une période de détention provisoire, les quatre accusés avaient été placés sous contrôle judiciaire dans l’attente de leur procès. Ils encourent jusqu’à vingt ans de réclusion criminelle, la peine maximale pour des viols aggravés commis sur des mineurs de moins de 15 ans.
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Neuf parties civiles, dont trois encore mineures
Selon le parquet général, neuf victimes se sont constituées parties civiles dans ce dossier. Parmi elles, six sont aujourd’hui majeures, mais trois sont encore mineures. Les jumeaux dont le comportement avait déclenché l’enquête ont désormais une vingtaine d’années. Les plus jeunes victimes, nées pendant la période des faits, n’ont même pas atteint la majorité.
Ce procès rappelle, une fois de plus, l’ampleur des violences sexuelles commises dans le cercle familial. En France, selon les chiffres du ministère de la Justice, la grande majorité des agressions sexuelles sur mineurs sont perpétrées par un membre de la famille ou un proche. Des affaires comme l’affaire Pelicot ou ce dossier caennais montrent que le huis clos familial reste le premier lieu de danger pour les enfants victimes.
Le procès se poursuit jusqu’à vendredi devant la cour criminelle du Calvados. Le verdict pourrait tomber en fin de semaine. Pour les victimes, certaines à peine sorties de l’enfance, c’est le début d’une autre épreuve : celle de faire entendre leur parole face à ceux qui nient encore.
Si vous êtes victime ou témoin de violences sexuelles sur mineurs, le 119 (Allô Enfance en danger) est disponible 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Dénoncer les violences, quel que soit l’âge, peut tout changer.
