« On ne peut plus supporter cela » : ce buffet à volonté, 500 clients par jour, ferme un mois après son ouverture

Huit octobre, les portes s’ouvrent. Très vite, les files s’allongent et les assiettes tournent, jusqu’à 500 clients par jour. Le Wafu, buffet asiatique de l’Indre, avait tout du carton. Pourtant, quatre semaines plus tard, un arrêté préfectoral a tout stoppé, et ce que le maire a déclaré à ce sujet est cinglant.
500 couverts par jour, quatre étoiles sur Google : le carton qui n’a duré que quatre semaines
Le Wafu a ouvert le 8 octobre 2025 à Saint-Maur, près de Châteauroux, dans l’Indre. Ce buffet asiatique à volonté a rapidement trouvé son public. Selon La Nouvelle République, il aurait accueilli jusqu’à 500 clients par jour, au déjeuner comme au dîner.
Sur Google, la note tournait autour de quatre étoiles sur cinq. Salle pleine, avis flatteurs : sur le papier, c’est le démarrage dont rêve n’importe quel restaurateur. Rien, vu de l’extérieur, ne laissait présager la suite.
Il faut dire que le format à volonté séduit. Bernard Boutboul, président du cabinet Gira, le résumait dans les colonnes de La Dépêche : « Les consommateurs adorent et les restaurateurs détestent ». Selon lui, on y ressent « une liberté totale » : on y va souvent en groupe, et chacun se sert à son rythme.
Pour les professionnels, l’équation est moins joyeuse. Il faut prévoir de grosses quantités de nourriture tout en limitant le gaspillage. Certains établissements vont même jusqu’à facturer les clients qui mangent jusqu’à vomir, preuve que la formule met les nerfs des restaurateurs à rude épreuve.
Mais au Wafu, les ennuis n’avaient rien à voir avec ces contraintes habituelles. La fréquentation, elle, était au rendez-vous. Alors qu’est-ce qui a fait basculer l’adresse en un mois ?
12 novembre 2025 : le jour où un contrôle a stoppé net la machine
Tout s’est joué un mercredi 12 novembre 2025. Ce jour-là, un contrôle a eu lieu dans l’établissement, encore tout neuf. Il a suffi à précipiter l’arrêt de l’activité, à peine plus d’un mois après l’inauguration.
Dans la restauration, ce genre de fermeture ne ressemble pas à une faillite classique. Pas de clients qui désertent, pas de caisse vide, pas de loyer impayé. C’est la puissance publique qui tire le rideau, au nom de la sécurité des consommateurs.
Et ce n’est pas un cas isolé. Des fermetures administratives de ce type tombent régulièrement, du fast-food à la boulangerie. Par exemple, cette boulangerie du Val-d’Oise fermée un jour après son contrôle sanitaire avait elle aussi fait grand bruit.
Dans le cas du Wafu, la décision est d’autant plus frappante que la salle ne désemplissait pas. Le succès commercial a manifestement masqué de sérieux problèmes en cuisine. Reste à savoir ce que les inspecteurs ont pu observer pour justifier une mesure aussi radicale.
La réponse figure dans les mots de la préfecture, rapportés par la presse locale. « Un arrêté de fermeture administrative a été pris par le préfet de l’Indre », a indiqué La Nouvelle République. Et le quotidien d’ajouter : « De multiples infractions à l’hygiène ont été constatées, le mercredi 12 novembre 2025 ».
Voilà donc la raison officielle : de multiples infractions à l’hygiène, et non un manque de clients. Mais le détail de ces manquements, c’est le maire de Châteauroux qui l’a le plus crûment exposé.

Le maire de Châteauroux parle d’un restaurant « dangereux pour la santé de ses clients »
Gil Avérous, maire de Châteauroux et président de Châteauroux Métropole, a accueilli la mesure favorablement. Il a qualifié l’établissement de « dangereux pour la santé de ses clients ». Sa déclaration est l’une des plus fermes de toute l’affaire.
« L’histoire était écrite d’avance », a-t-il affirmé. Selon lui, quand on inspecte l’établissement, on constate que « presque aucune règle sanitaire n’est respectée ». Il évoque aussi des salariés qui, d’après lui, ne comprendraient pas les notices, et ajoute que « la liste est très longue ».
Sa conclusion ne laisse aucune place à la nuance : « On ne peut plus supporter cela et il est important que ces industriels de la malbouffe comprennent qu’ils n’ont rien à faire dans notre agglomération ». Ces propos sont ceux d’un élu et n’engagent que lui. Aucune version de la direction du Wafu ne figure dans la source consultée.
Autre élément troublant : plusieurs avis laissés sur Google font état de possibles intoxications alimentaires. « Première et dernière fois que l’on y va !!! Intoxication alimentaire et nous ne sommes pas les seules ! À fuir… », raconte une cliente.
Un autre internaute met en garde : « Faites attention, je pense que certains plats ne sont pas frais… mon compagnon y est allé samedi midi avec ses amis, résultat, ils sont tous malades. » Ces témoignages ne suffisent toutefois pas, à eux seuls, à établir la cause des symptômes signalés.
C’est le paradoxe de l’affaire : une note d’environ quatre étoiles côtoyait des alertes sanitaires. La popularité d’une adresse ne dit rien des conditions dans lesquelles elle accueille ses clients. Et maintenant, que reste-t-il au Wafu ?
Pour rouvrir, le Wafu doit d’abord faire le ménage
Le chemin du retour s’annonce exigeant. Pour espérer rouvrir, l’établissement doit corriger les infractions relevées et satisfaire aux exigences des autorités. Tant que ce n’est pas fait, les tables restent vides.
Reste une question essentielle : les habitués seront-ils prêts à revenir ? Dans la restauration, remplir une salle est une chose. Regagner la confiance des clients en est une autre, et elle ne s’obtient pas par arrêté.
Les précédents montrent que l’image d’une enseigne peut mettre du temps à se remettre d’un tel épisode. Quand un Buffalo Grill de Besançon a fermé après l’alerte de ses propres salariés, l’affaire avait fait le tour des réseaux en quelques jours.
Du côté des restaurateurs, la pression réglementaire et la fatigue du secteur nourrissent aussi le débat. Philippe Etchebest, lui, a lancé un cri d’alarme : « Il faut changer la loi » pour sauver les restaurateurs. Un autre regard sur un métier où une inspection peut tout faire basculer.
À Saint-Maur, en tout cas, le dossier n’est pas refermé. Tout dépendra de la capacité du Wafu à prouver que sa cuisine est en règle, et de la volonté des clients d’y croire de nouveau.
Le Wafu avait la foule, les étoiles et le buffet qui tourne : il lui a manqué l’essentiel, une cuisine aux normes. Et si vous croyez que la table est le seul endroit où les règles ont changé, le comparatif de la cantine de 1975 et d’aujourd’hui vous coupera sans doute l’appétit. Quant à vos petits sachets de condiments, cette interdiction européenne que des millions de Français n’ont pas vue venir pourrait bien les concerner.