Pour réaliser le vœu de son époux mourant, elle paie 26 000 € un camping-car… sans savoir qu’il a été volé

Un dernier voyage en Corse. C’était le rêve d’un homme malade et de sa femme. Elle a tout fait pour l’exaucer.
Elle a fini devant le tribunal de Chartres, soupçonnée de recel. Le camping-car acheté 26 000 € à un particulier cachait une histoire de cambriolages en série. Et le jugement réserve une chute que personne n’attendait.
Un rêve de Corse à 26 000 € qui sentait la bonne affaire
Plus de cinq millions de véhicules s’échangent chaque année entre particuliers. La plupart du temps, tout se passe bien. Parfois, non.
Ici, l’acheteuse n’a rien d’une habituée des combines. Son mari était mourant. Le couple voulait profiter du temps qui restait, prendre la route et découvrir la Corse à bord d’une vraie maison sur roues.
Elle a donc payé 26 000 € à un particulier. Sans se douter un instant que le véhicule pouvait avoir une origine frauduleuse.
Pourtant, le camping-car présenté comme une occasion était en réalité neuf. Sa valeur dépassait largement le double de la somme versée, selon les éléments rapportés par la source.
Ce genre de piège n’est pas rare. Si les fausses bonnes affaires auto font régulièrement les gros titres, c’est que le scénario fonctionne : un prix tentant, un vendeur aimable, des papiers qui semblent en ordre.
Mais d’où venait vraiment ce véhicule ? Il faisait partie d’une série de vols commis en pleine nuit.
Quatre camping-cars volés en Eure-et-Loir, des clés fabriquées sur mesure
Tout remonte au début du mois de juillet 2015. Plusieurs propriétés d’Eure-et-Loir sont visitées : Houx, Chartrainvilliers, Bailleau-Armenonville et Auneau.
Les portails sont fracturés. Les camping-cars disparaissent sans leurs clés. Selon l’enquête, quatre véhicules auraient été dérobés.
Les enquêteurs ont retenu plusieurs éléments contre un suspect, un paysagiste installé dans l’Essonne. Son ADN avait été retrouvé sur un grillage découpé lors du cambriolage de la nuit du 11 au 12 juillet.
La veille des faits, son téléphone aurait activé un relais proche des lieux concernés. Un utilitaire avait aussi été aperçu dans les environs.
Pour faciliter la revente, les véhicules auraient ensuite été maquillés en fourgons grâce à de faux certificats de carrossage. De nouvelles clés étaient fabriquées. Le tout pour rassurer les futurs acquéreurs.
Le décor est planté. Reste que la veuve n’était pas seule dans le box : un second acheteur avait lui aussi mordu à l’hameçon, à un prix bien plus bas. À l’audience, sa version a surpris. Et ce n’est pas la seule : un détail sur les clés a pesé lourd.
Deux jeux de clés, un « j’aurais mieux fait d’aller chez un professionnel »

Selon nos confrères de L’Écho Républicain, les avocats des acheteurs ont insisté sur la mise en scène des ventes. Les transactions avaient été rendues crédibles à dessein.
La première prévenue avait notamment reçu deux jeux de clés encodées. Difficile, dans ces conditions, de soupçonner un véhicule volé. C’est tout l’argument de la défense.
Le second acheteur, lui, reconnaissait une part de négligence. Il visitait des camping-cars chez un concessionnaire quand un homme lui a proposé le sien pour 18 000 €.
« J’aurais mieux fait d’aller chez un professionnel », a-t-il admis. Son avocat a rappelé qu’il était totalement profane et qu’il avait d’abord cru être convoqué comme victime.
Pour comprendre à quel point ces montages peuvent piéger n’importe qui, on peut aussi lire l’histoire de cette Mercedes jamais rendue.
Relaxées, mais ruinées : le vrai verdict
Le tribunal a tranché. Malgré les soupçons de recel, les deux acheteurs ont été relaxés. Ils n’ont pas été reconnus coupables.
Mais la relaxe n’efface pas la perte. Le camping-car a été saisi par l’assurance. La veuve n’a jamais pu emmener son mari en Corse.
« J’ai revendu ma voiture et emprunté 15 000 euros à ma belle-sœur… pour acheter un véhicule volé. Aujourd’hui, je n’ai plus rien », a-t-elle témoigné.
Du côté du voleur présumé, la sanction est tombée : Jimmy Pesquet a été condamné à un an et demi de prison, dont un an avec sursis. S’y ajoutent deux ans de mise à l’épreuve, avec obligation de travailler et d’indemniser les victimes à hauteur de 3 700 €.
Autrement dit, la femme qui a le plus perdu ne récupérera sans doute pas grand-chose. Et les propriétaires volés non plus.
Les autres victimes, et les réflexes à retenir
Les propriétaires dépouillés se sont eux aussi exprimés. L’un de leurs avocats a rappelé que ses clients s’étaient endettés pour acheter un véhicule à 60 000 €, qu’ils n’avaient jamais pu utiliser.
Deux camps, donc, qui ont tout perdu. D’un côté ceux qui se sont fait voler. De l’autre ceux qui ont acheté en toute bonne foi, selon le jugement.
Le réflexe que l’on retient de cette affaire tient en une phrase : un prix très inférieur à la valeur du véhicule doit alerter. Passer par un professionnel, comme l’a lui-même concédé le second acheteur, aurait pu éviter le drame.
Ces pièges ne touchent pas que les camping-cars. Une simple marque de voiture très volée peut elle aussi attirer les trafiquants.
Et quand un acheteur se retrouve piégé, il découvre parfois que l’arnaque ne s’arrête pas à la vente. Les escrocs savent aussi exploiter un simple RIB.
Le dossier est jugé, mais l’histoire laisse un goût amer : un rêve de Corse parti en fumée.
Un rêve brisé, une dette, et pas un kilomètre parcouru : voilà ce que coûte parfois une bonne affaire. Et si vous pensiez que l’acheteur était toujours protégé, ce que cet acheteur a trouvé dans la boîte à gants d’une Porsche à 260 000 € devrait vous faire réfléchir. Et d’ailleurs, cette « Ferrari » qui cachait une Toyota prouve qu’on peut vendre n’importe quoi sous une belle carrosserie.