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En Italie, un concessionnaire vend une « Ferrari » : sous la carrosserie rouge, c’était une Toyota

Publié par Elsa Lepic le 07 Mai 2026 à 12:40
En Italie, un concessionnaire vend une « Ferrari » : sous la carrosserie rouge, c'était une Toyota

Carrosserie rouge sang, logo du cheval cabré sur le capot, intérieur flamboyant… Cette voiture exposée chez un concessionnaire de Catanzaro, en Calabre, avait tout d’une Ferrari F355 GTS des années 90. Tout, sauf l’essentiel. Parce que sous le vernis et les badges soigneusement collés, ce n’était pas du tout une Ferrari. Et quand la police italienne a découvert ce qui se cachait vraiment sous la carrosserie, l’affaire a pris une tournure que personne n’avait anticipée.

Un bolide de légende exposé en vitrine

Le décor est planté à Catanzaro, capitale de la Calabre, dans le sud de l’Italie. Un concessionnaire automobile propose à la vente ce qui ressemble en tous points à une Ferrari F355 GTS. Ce modèle, produit par Maranello entre 1994 et 1999, fait partie des icônes du constructeur italien. Sur le marché de l’occasion, une F355 authentique se négocie aujourd’hui entre 70 000 et plus de 120 000 euros selon l’état et le kilométrage.

Fausse Ferrari F355 rouge exposée chez un concessionnaire italien

Dans la concession calabraise, la voiture coche toutes les cases au premier coup d’œil. La teinte rouge caractéristique, les lignes du capot, les jantes, le volant griffé du cheval cabré… Même un amateur averti aurait pu s’y laisser prendre. Et c’est justement ce qui rend cette affaire aussi stupéfiante : la contrefaçon était suffisamment soignée pour passer l’examen visuel sans éveiller de soupçons immédiats.

Mais quelqu’un a fini par avoir un doute. Et ce doute a déclenché une enquête qui allait révéler une supercherie bien plus élaborée qu’un simple coup de peinture.

Le pot aux roses : une Toyota sous le costume

Alertée par des éléments suspects, la Garde des finances italienne — l’équivalent de la douane et de la police fiscale — a dépêché des agents financiers du commandement provincial de Catanzaro pour inspecter le véhicule. Et pour ne laisser aucune place au doute, les autorités ont fait appel à du renfort de poids : des techniciens spécialisés envoyés directement par Ferrari SpA depuis Maranello.

Le verdict est tombé rapidement. Sous la carrosserie rouge et les logos prestigieux se cachait en réalité… une Toyota Coupé. Un modèle qui n’a strictement rien à voir avec une sportive italienne à plus de 100 000 euros. On parle d’une voiture dont la valeur d’origine est une fraction infime de celle d’une vraie F355. Ce genre de fraude sur le marché automobile existe depuis longtemps, mais rarement à ce niveau de sophistication.

Retrait d'un badge Ferrari contrefait sur une Toyota maquillée

Jantes, volant, capots avant et arrière, passages de roue, éléments d’habillage intérieur et extérieur : la liste des pièces contrefaites est impressionnante. Le propriétaire avait méthodiquement remplacé chaque composant visible pour que sa Toyota adopte l’apparence d’un bolide de Maranello. Un travail de longue haleine qui suppose des connaissances mécaniques, un budget conséquent en pièces de reproduction, et un culot monstre pour ensuite la mettre en vente dans une concession officielle.

Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que le monde Ferrari est confronté à la contrefaçon. On se souvient de ce passionné qui avait fabriqué sa propre F40 en exploitant une zone grise juridique. Sauf qu’ici, il ne s’agit pas d’un projet personnel revendiqué. On parle d’une vente commerciale à un acheteur qui pensait repartir au volant d’une vraie Ferrari.

Le démontage méthodique ordonné par la justice

Suite à la saisie du véhicule, le tribunal de Catanzaro a ordonné une mesure radicale. Les techniciens de Ferrari et les agents de la Garde des finances ont procédé au démontage complet de toutes les pièces contrefaites, une par une. Chaque élément portant indûment le logo ou reproduisant le design de la marque a été retiré du véhicule.

Mais la justice italienne n’a pas simplement demandé de retirer les pièces. Elle a ordonné leur destruction pure et simple. Pas question que ces éléments contrefaits se retrouvent en circulation sur un autre véhicule ou sur des sites de revente. Dans l’univers des voitures de prestige, les marques protègent leur image avec une férocité juridique qui ne laisse aucune marge de manœuvre.

Une fois débarrassée de son déguisement, la Toyota a été restituée à son propriétaire dans sa configuration d’origine. Autant dire que le retour à la maison au volant d’une modeste Toyota Coupé, après avoir rêvé de vendre une « Ferrari », devait avoir un goût légèrement amer. Mais le pire pour le propriétaire, ce n’est pas la perte de sa carrosserie fantaisiste.

Ce que risque désormais le propriétaire

Le propriétaire de la fausse Ferrari devra répondre devant la justice italienne pour contrefaçon. En Italie, comme en France, la fraude dans le secteur automobile est prise très au sérieux. Mais quand il s’agit de contrefaçon de marques de luxe, les sanctions montent encore d’un cran.

Police italienne devant la Toyota après démontage des pièces contrefaites

Le Code pénal italien prévoit des peines pouvant aller jusqu’à plusieurs années de prison et des amendes substantielles pour la fabrication et la mise en vente de produits contrefaits portant des marques déposées. Ferrari SpA est connue pour poursuivre avec acharnement toute atteinte à sa propriété intellectuelle, que ce soit sur des voitures, des vêtements ou même des jouets.

L’affaire pose aussi la question de la responsabilité du concessionnaire. Comment un professionnel de l’automobile a-t-il pu accepter de mettre en vente un tel véhicule sans vérifier son authenticité ? Un simple contrôle du numéro de châssis ou des documents d’origine aurait immédiatement révélé la supercherie. Les arnaques à la voiture d’occasion reposent souvent sur la confiance aveugle de l’acheteur, mais dans une concession, on attend un minimum de vérification.

Un phénomène plus répandu qu’on ne le croit

Si cette affaire calabraise a fait les gros titres en Italie, elle n’est pas un cas isolé. Le marché des répliques et des contrefaçons automobiles représente un business souterrain florissant dans le monde entier. Des ateliers spécialisés proposent des kits de transformation permettant de donner à une voiture ordinaire l’apparence d’un modèle de luxe. Lamborghini, Bugatti, Ferrari : toutes les grandes marques sont touchées.

Aux États-Unis, on a même vu des escrocs monter des arnaques spectaculaires impliquant de fausses voitures de luxe. La différence, c’est que dans le cas italien, le niveau de finition était suffisamment bon pour qu’un concessionnaire accepte de l’exposer en vitrine. Ce qui en dit long sur la qualité croissante des contrefaçons.

Pour les acheteurs de sportives d’occasion, l’histoire est un rappel brutal. Avant de signer un chèque à six chiffres pour la voiture de vos rêves, mieux vaut exiger un certificat d’authenticité du constructeur, vérifier le numéro de châssis sur les bases de données officielles, et ne jamais se fier uniquement à l’apparence. Parce qu’au bout du compte, une Ferrari qui ronronne comme une Toyota… ce n’est pas une Ferrari. Et le prix à payer pour cette leçon peut être très, très élevé — aussi bien pour le vendeur que pour l’acheteur.

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