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Déguisés en ours pour saccager leurs voitures de luxe : l’arnaque à l’assurance la plus absurde de l’année

Publié par Elsa Fanjul le 20 Avr 2026 à 9:18

Une Rolls-Royce à 245 000 dollars griffée de l’intérieur, deux Mercedes ravagées, et un coupable tout désigné : un ours brun affamé. Sauf que l’animal en question portait un costume en fourrure synthétique, marchait sur deux pattes et utilisait… des broyeurs de viande en guise de griffes. En Californie, trois complices ont monté l’une des fraudes à l’assurance les plus grotesques jamais documentées. Ils ont réussi à soutirer plus de 120 000 euros avant qu’un détail dans une vidéo ne les trahisse.

Une Rolls-Royce, deux Mercedes et un ours très suspect

L’affaire commence en 2024, quand un groupe de Californiens contacte sa compagnie d’assurances avec une histoire à dormir debout. Un ours se serait introduit dans leur Rolls-Royce Ghost — un véhicule évalué à 245 000 dollars — et aurait lacéré les sièges en cuir ainsi qu’un panneau de porte. Pour appuyer leur réclamation, ils joignent une vidéo de surveillance censée montrer l’attaque en direct.

La compagnie d’assurances verse l’indemnisation sans sourciller. Encouragés par ce premier succès, les escrocs répètent exactement le même scénario sur une Mercedes G63 AMG de 2015 et une Mercedes E350 de 2022, auprès de deux autres assureurs. Même date de sinistre, même lieu, mêmes vidéos au format quasi identique. Deux compagnies tombent dans le panneau : l’une débourse 86 268 dollars, l’autre 55 920 dollars. Au total, 141 839 dollars — soit environ 120 000 euros — filent dans les poches du groupe.

Mais la troisième réclamation va tout faire basculer. Cette fois, l’expert en sinistre prend le temps de regarder la vidéo image par image, et ce qu’il voit ne ressemble à rien de ce qu’un véritable ours ferait.

Un ours « étonnamment maigre » qui marchait bizarrement

Sur les images diffusées depuis par le Département des assurances de Californie, on voit une silhouette en costume d’ours brun pénétrer dans le véhicule, fouiller l’habitacle et griffer maladroitement les surfaces. Le problème : l’animal est anormalement fin pour un ours noir ou brun de Californie, et ses mouvements n’ont rien de naturel. Il se déplace comme un humain qui essaie de marcher à quatre pattes.

L’expert, intrigué, fait appel à un biologiste du Département californien de la pêche et de la faune. Le spécialiste visionne les séquences et rend un verdict sans appel : ce n’est pas un ours, c’est un être humain déguisé. Les enquêteurs du Département des assurances de Californie ouvrent alors une investigation en bonne et due forme, comme l’a détaillé le LA Times.

Rolls-Royce Ghost avec griffures sur le cuir intérieur

Ce type de tentative de fraude grossière n’est pas si rare, mais le niveau de mise en scène ici dépasse tout ce que les enquêteurs avaient rencontré. « C’est vraiment hors du commun », a confié au LA Times le capitaine Éric Hood, responsable de l’enquête et vétéran de 20 ans dans les assurances. « Je ne pense pas que nous ayons déjà vu une affaire d’une telle ampleur avec un costume d’ours. C’est une première. »

Des broyeurs de viande en guise de griffes

En novembre 2024, les enquêteurs obtiennent un mandat de perquisition et se rendent au domicile des suspects. Ce qu’ils découvrent confirme l’arnaque de façon spectaculaire : un costume d’ours complet, de la tête aux pattes, soigneusement rangé. Mais le détail le plus troublant, ce sont les broyeurs de viande retrouvés sur place.

Les escrocs ne s’étaient pas contentés de griffer les sièges avec leurs mains gantées. Ils avaient utilisé ces ustensiles de cuisine pour laisser des traces qui ressembleraient à des coups de griffes d’ursidé sur le cuir et les surfaces intérieures des véhicules. Un niveau de préparation qui contraste singulièrement avec la qualité du déguisement, suffisamment médiocre pour qu’un biologiste le repère en quelques secondes de vidéo.

Cette affaire rappelle d’autres arnaques à l’assurance élaborées qui semblent ingénieuses sur le papier mais s’écroulent au premier examen attentif. Comme cette femme qui se jetait devant les voitures pour réclamer des indemnités, le point commun reste toujours le même : la vidéo censée prouver l’incident devient la pièce à conviction qui les fait tomber.

Trois condamnés, un quatrième complice en attente de procès

Alfiya Zuckerman, 39 ans, Ruben Tamrazian, 26 ans, et Vahe Muradkhanyan, 32 ans, ont tous plaidé coupables de trois chefs d’accusation : escroquerie en bande organisée, présentation d’une fausse demande d’assurance et destruction de biens assurés. Le tribunal les a condamnés chacun à 180 jours de prison ferme, assortis d’une période de probation supervisée.

Costume d'ours et broyeurs de viande saisis comme preuves

Un quatrième complice, Ararat Chirkinian, 39 ans, n’a pas encore comparu. Son rôle exact dans le stratagème — notamment s’il était celui qui enfilait le costume — n’a pas été précisé par les autorités. La somme totale de 141 839 dollars devra être remboursée aux compagnies d’assurances lésées.

Six mois de prison pour 120 000 euros d’escroquerie, c’est un tarif que certains pourraient juger clément. Mais l’affaire a surtout valu à ses protagonistes une notoriété mondiale qu’ils n’avaient sans doute pas anticipée. La vidéo de « l’ours » dans la Rolls-Royce a été visionnée des millions de fois sur les réseaux sociaux, et les enquêteurs californiens l’utilisent désormais comme exemple dans leurs formations.

Pourquoi les fraudes à l’assurance auto explosent

Si cette affaire fait sourire par son absurdité, elle illustre un phénomène bien réel : la fraude à l’assurance automobile est en hausse constante, aussi bien aux États-Unis qu’en Europe. En France, des stratagèmes comme le « crash for cash » — qui consiste à provoquer délibérément un accident pour toucher l’indemnisation — gagnent du terrain.

Le principe est toujours le même : les fraudeurs misent sur le fait que les assureurs, submergés de dossiers, ne vérifient pas systématiquement chaque réclamation en profondeur. Et dans la majorité des cas, ça fonctionne. Ici, deux compagnies sur trois ont payé sans broncher. C’est la cupidité du groupe — déposer trois réclamations identiques le même jour au même endroit — qui a provoqué leur chute.

D’autres affaires mêlant voitures de luxe et fraude montrent que les escrocs visent souvent des véhicules haut de gamme, où les montants d’indemnisation sont les plus juteux. Mais quand on choisit de se déguiser en ours pour justifier les dégâts, il vaut mieux s’assurer que le costume est un minimum convaincant. Ce n’était manifestement pas le cas.

Tribunal de Californie où les fraudeurs ont été condamnés

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