Casse à 5 millions d’euros : 30 000 bouteilles de grands crus volées dans un célèbre domaine italien

Imaginez la scène. Une cave toscane, des palettes alignées, une alarme qui se tait. Dans la nuit du 3 au 4 octobre, 30 000 bouteilles de grands vins se sont évaporées d’un domaine familial réputé, pour une valeur estimée à environ 5 millions d’euros. Le plus troublant n’est pas le chiffre, mais la méthode, et surtout les étiquettes que les voleurs ont choisies.
Une nuit d’octobre, une cave de Cortone et 5 millions d’euros envolés
Tout se passe à Cortone, en Toscane, dans la cave « Santa Cristina ». Le lieu appartient au domaine familial Marchesi Antinori, une maison florentine dont les origines remontent à 1385. Rien d’une petite cave de village.
Selon l’AFP, qui a recueilli les propos d’un représentant de la maison, le vol a eu lieu entre le 3 et le 4 octobre. Le butin atteindrait environ 30 000 bouteilles, pour près de cinq millions d’euros. De quoi faire passer un cambriolage ordinaire pour une plaisanterie.
Le site n’a rien d’anodin. « C’est notre entrepôt le plus important, là où arrivent toutes les bouteilles avant d’être expédiées », a détaillé ce représentant. Autrement dit, le carrefour logistique du domaine, celui par où transite tout ce qui part vers le client.
Détail qui change tout : le lot dérobé était destiné à l’étranger et se trouvait déjà prêt pour l’expédition. Les bouteilles n’attendaient plus que les camions de livraison. Les voleurs n’ont donc eu aucun tri à faire.
Chaque automne, les caves toscanes accueillent d’ordinaire du monde, comme ces domaines qui ouvrent leurs portes pour les vendanges. Cette fois, personne n’avait invité les visiteurs de la nuit. Reste à comprendre comment une poignée d’hommes a pu vider un tel site.
Alarme désactivée, deux fourgons, cinq ou six hommes : le scénario du coup
D’après l’entreprise, les voleurs étaient cinq ou six. Ils n’ont pas improvisé. Après avoir désactivé l’alarme, ils sont entrés dans l’entrepôt, comme si l’endroit leur était familier.
Sur place, ils ont trouvé exactement ce qu’ils cherchaient : des bouteilles déjà préparées sur des palettes. Pas de caisses à monter, pas de chaînes de manutention à improviser. Le travail avait été fait à leur place par les équipes du domaine.
« Avec deux fourgons, ils les ont chargées et sont partis », a complété le représentant de Marchesi Antinori. Une scène qui rappelle les braquages organisés, comme celui qui a visé le domicile d’Alain Prost, où des suspects ont fini par être arrêtés un mois plus tard.
Personne n’a rien vu sur le moment. Le vol n’a été découvert que le lundi matin, à l’arrivée des employés. Les voleurs avaient donc plusieurs heures d’avance, voire davantage, selon le déroulé donné par l’entreprise.
Reste la question que tout le monde se pose : pourquoi ces bouteilles-là, et pas d’autres ? Les noms, justement, éclairent le dossier. Il s’agit de trois rouges toscans : Guado al Tasso, Solaia et Tignanello, que le domaine range parmi ses étiquettes les plus iconiques.
Et ce n’est pas qu’une question de réputation. Le prix d’une bouteille varie entre 120 euros et plus de 300 euros. Sur des milliers de bouteilles, la somme devient vertigineuse.

Un coup « très ciblé » : ce que les voleurs savaient
Dans un registre voisin, le retour d’un criminel affichant Ferrari et Rolex a montré ce que le grand luxe attire. Les caves de prestige n’échappent pas à cette logique. Ici, le représentant du domaine parle sans détour d’un coup préparé.
Ces vins, a-t-il expliqué, « font partie de nos étiquettes les plus iconiques, qui sont certainement aussi dans le viseur des collectionneurs ». Ce sont des bouteilles prisées, que l’on garde des années. Elles se revendent bien, se conservent et prennent de la valeur.
Autre élément décisif : il s’agit de bouteilles de garde. « En somme, c’est un coup très ciblé », a relevé le représentant de Marchesi Antinori. Les voleurs n’ont pas pris du vin au hasard, ils ont pris ce qui vaut cher et vieillit bien.
Enfin, le domaine avance une hypothèse qui donne la mesure de l’affaire. « Nous pensons objectivement qu’il s’agit peut-être du vol le plus important, en nombre de bouteilles et en valeur, survenu jusqu’à présent en Italie », a-t-il estimé.
Voilà donc la réponse au titre : un casse de 30 000 bouteilles, pour environ cinq millions d’euros, mené par cinq ou six hommes en deux fourgons, sur des étiquettes choisies. Mais la conjoncture invite à regarder plus loin, car ce n’est peut-être pas un cas isolé.
Ce que ce casse annonce pour les caves italiennes
Quelques semaines plus tôt, une autre cave italienne, située dans le Piémont, avait été dévalisée. Environ 3 000 bouteilles de Barolo avaient disparu, le rouge le plus recherché du nord de l’Italie. La valeur estimée : plusieurs centaines de milliers d’euros.
Deux vols en à peine trois semaines, à chaque fois sur des vins de prestige. Rien dans la source ne permet de les relier, et aucune piste n’est évoquée à ce stade. Mais la répétition a de quoi inquiéter les propriétaires de caves.
Le contraste avec le prix des grands vins est frappant. Quand on sait qu’un jean brut de qualité coûte 300 euros alors que son tissu revient à moins de 15 euros, on comprend que la valeur d’un produit tient autant à son image qu’à sa matière. Pour une bouteille de Solaia, c’est la même histoire.
Reste l’enquête. La source ne dit rien des suspects ni d’une éventuelle piste, et ne précise pas qui mène les investigations. On sait seulement que les voleurs ont chargé 30 000 bouteilles sur deux fourgons, qu’ils ont disparu avant l’aube, et que le lot était promis à l’étranger.
Les grandes fortunes ne sont pas à l’abri non plus, qu’il s’agisse de vin ou de pierre, comme le montre l’empire immobilier de Zidane. Le patrimoine attire. Et les domaines viticoles, eux, devront sans doute repenser la garde de leurs palettes prêtes à partir.
Le plus fascinant dans cette affaire, c’est qu’elle tient en un chiffre : cinq millions d’euros de vin parti en une nuit, sans un bruit. Un casse à l’ancienne, version grands crus.
Et si les caves ont leurs secrets, les testaments aussi : la décision que les avocats de Robin Williams ont scellée jusqu’en 2039 n’a pas fini de faire parler.
Et quand on croit connaître une réplique culte, celle que toute la France attribue à tort à Michel Audiard prouve qu’on peut se tromper depuis 41 ans.