« Je voulais faire plaisir à ma copine » : il vole une œuvre à 40 000 € en pleine rue de Toulouse… et finit au tribunal

À Toulouse, une fresque de plus de deux mètres sur trois disparaît au petit matin, en plein centre-ville. Elle appartient à l’un des street-artistes les plus connus de la Ville rose. Le voleur, lui, n’avait rien d’un malfrat de film : il voulait, dit-il, faire un cadeau. Reste à savoir comment la police l’a retrouvé, et ce que le juge lui a infligé.
Une fresque de 80 kg disparue du chantier du métro
Le décor, d’abord. L’œuvre s’appelle « Les chicanos rue du Taur ». Elle est signée Ceet Fouad, artiste de rue à la réputation mondiale, et exposée dans le cadre du festival Paliss’art, en plein cœur du chantier de la ligne C du métro toulousain.
Selon La Dépêche, un expert l’a estimée entre 35 000 et 40 000 €. Elle mesure environ 2 mètres sur 3 et pèse près de 80 kilos. Pas vraiment le genre d’objet qu’on glisse sous le bras.
Le vol a lieu le 9 septembre. Une plainte contre X est déposée, l’artiste et les organisateurs se disent « choqués ». Pendant plusieurs jours, personne ne sait où est passée la fresque.
Ce genre de disparition rappelle que l’art de rue vit dehors, sans vitrine ni alarme. D’ailleurs, il arrive que des objets insolites passent sous les radars très longtemps, comme cette voiture garée depuis 13 ans sur une petite île repérée sur Google Maps. Ici, au contraire, la caméra a tout vu.
Mais comment un homme seul a-t-il pu décrocher une telle pièce sans que personne ne bouge ?
Les caméras, la plaque et un camion frigorifique
C’est la vidéosurveillance qui a raconté l’histoire. Selon maître Alice Patoureaux, avocate de l’artiste, le futur prévenu s’est d’abord promené dans le secteur l’après-midi précédant le vol. Il y aurait repéré l’œuvre d’un street-artiste qu’il admire.
Vers 5 heures du matin, il revient. Il décroche la fresque et la charge dans un camion frigorifique, prêté par la Ville de Cugnaux et utilisé dans le cadre de son activité professionnelle. Les images le montrent seul, avec sa corpulence et son crâne chauve bien visibles.
Et surtout, la plaque d’immatriculation du véhicule se lit distinctement. « C’est grâce à la plaque et au travail rigoureux de la police que cette œuvre a pu être retrouvée », souligne l’avocate. Une enquête de proximité, sans spectaculaire, mais redoutable.
Les images de caméras peuvent d’ailleurs aussi se tromper : un homme accusé de vol chez IKEA à cause de la reconnaissance faciale en a fait l’amère expérience. Là, aucun doute n’a plané sur l’identité du suspect.
Jeudi, les enquêteurs retrouvent le graff en parfait état, dans l’appartement de la compagne du suspect. Il le rend sans contestation. Et la raison qu’il donne tient en une phrase, que le tribunal a entendue vendredi.
« Un geste impulsif » : la défense du maraîcher face au juge
Après une nuit de garde à vue, le prévenu comparaît le lendemain en comparution immédiate. Un maraîcher de 45 ans, père de deux enfants, en couple, déjà condamné une seule fois en 2018 pour un délit routier. Il entre dans le box en tee-shirt blanc, plutôt penaud, selon le quotidien.
Sa version ? « Un geste impulsif » pour « faire plaisir à sa copine ». Il reconnaît que c’était « un exercice compliqué », dit ne pas comprendre son geste et présente ses excuses à l’artiste.
Le juge n’est pas convaincu par ces réponses un peu courtes. Il lâche : « Vous avez perdu la boule. Enfin, l’histoire a mal commencé mais finit bien. » Le prévenu pensait, après les articles de presse, que l’affaire serait vite oubliée.
Son avocat a condamné l’acte tout en plaidant « un accident de parcours chez un individu inséré socialement ». Face à lui, la partie civile avait réclamé une peine plus lourde, ne serait-ce qu’à titre d’exemple. Elle a rappelé que le street-artiste avait passé trois semaines d’inquiétude, sans savoir ce que deviendrait son œuvre.
Un chiffre de cette affaire, lui, ne se compte pas en euros, et il en dit long sur le choc ressenti.

Un an avec sursis, 4 500 € à payer et un casier
Autant le dire tout de suite : Toulouse n’est pas aussi indulgente qu’on pourrait le croire. Le chiffre qui aurait pu décider du reste est d’ailleurs aussi insolite que le dossier : on compte 42 986 ronds-points en France, mais très peu d’œuvres de cette taille dérobées d’un coup à Toulouse.
Le tribunal a prononcé un an de prison avec sursis. Le maraîcher devra verser 3 000 € de dommages et intérêts pour préjudice moral à l’artiste, plus 1 500 € de frais de procédure, soit 4 500 € au total. La condamnation sera inscrite à son casier judiciaire.
Le fait que la fresque ait été retrouvée intacte, puis rendue sans contestation, a joué en sa faveur, selon La Dépêche. Mais le juge a voulu une condamnation d’exemple, au vu de la multiplication des vols d’œuvres ces derniers temps à Toulouse.
Autre élément pesant dans la balance : l’artiste s’est senti trahi. Dans ce graff, il avait fait passer des messages de solitude et de solidarité. Voir l’œuvre emportée de nuit par un admirateur, c’est un drôle de contresens.
Et la suite ? Elle dépasse le simple cas de ce maraîcher.
Pourquoi les œuvres de rue sont devenues des cibles
Cette condamnation s’inscrit, toujours selon le quotidien toulousain, dans un contexte de plus en plus récurrent de vols d’œuvres, qu’elles soient de street-artistes ou plus classiques. Le juge l’a dit clairement : plusieurs pièces ont été dérobées à Toulouse ces derniers temps.
La Dépêche rappelle aussi que la gravité tient à ce contexte et au caractère prémédité du geste, puisque le prévenu était venu repérer les lieux avant de revenir à l’aube. L’impulsion, ici, avait un plan.
Pour le public, une chose est sûre : la fresque, rassurante pour l’artiste, est retrouvée. Elle reste le symbole d’un art fragile, offert à la rue et à tous les regards, mais pas à tous les appétits. Un cadeau ne se vole pas, et encore moins à 5 heures du matin.
On pourrait presque sourire du motif, comme on sourit devant le ticket d’entrée de Disney World en 1971, mais ici, l’addition est bien réelle. Et pour les amateurs d’escapades moins risquées, il y a toujours cette ville polonaise à 2 h de vol où l’on mange pour 5 €.
Reste la morale de l’histoire : admirer un artiste, c’est le soutenir, pas le dévaliser. Le maraîcher l’a appris devant un juge, le tee-shirt blanc un peu trop propre pour l’occasion. Et vous, auriez-vous seulement osé toucher la fresque ?
Si les histoires de grosses fortunes qui s’évaporent vous fascinent, pourquoi la veuve de Steve Jobs dilapide ses 14 milliards volontairement vaut le détour. Et si l’idée de faire plaisir à quelqu’un vous travaille encore, ce que les vétérinaires disent vraiment quand votre chat vous suit partout pourrait bien vous retourner.