« J’ai vu ma compagne le visage en sang » : un couple tabassé pour avoir osé dire stop aux rodéos dans leur village

Depuis des années, des motos traversent leur village à toute allure, enchaînant wheelings et acrobaties sous les fenêtres des habitants. Mercredi 3 juin, un couple de restaurateurs de Rosières, en Ardèche, a décidé que ça suffisait. Vingt minutes plus tard, ils gisaient tous les deux en sang sur le bitume.
Rosières, un village ardéchois exaspéré par des années de rodéos
La scène se répète depuis plusieurs années dans ce petit village d’Ardèche. Des motards déboulent à pleine vitesse, enchaînent les figures et repartent dans un vacarme assourdissant. Les habitants subissent le bruit, la peur, le danger permanent.
Le restaurateur, la quarantaine, l’avoue lui-même : il se retenait depuis longtemps. Mais ce soir-là, vers 20 heures, un des motards venait de réaliser son sixième wheeling d’affilée. Des enfants jouaient dehors. Des gens traversaient la route. Le risque d’un accident grave semblait imminent.
« Il faut que la sérénité de tout le monde soit plus défendue », confie-t-il. Il décide alors de s’approcher du motard pour tenter un dialogue. Un geste citoyen, presque banal. Sauf que dans un climat de tensions croissantes, ce genre d’initiative peut virer au cauchemar.
En le voyant approcher, le jeune motard prend la fuite. Sans un mot. Le couple pense que l’incident est clos. Il n’en est qu’au début. Car vingt minutes plus tard, le motard revient. Et cette fois, il n’est pas seul.
Une agression d’une violence inouïe en pleine rue
Le motard est revenu accompagné de plusieurs individus. Ce qui devait être une simple discussion se transforme en passage à tabac. Le restaurateur reçoit le premier coup et s’effondre. Quand il se relève, le spectacle qui l’attend est effroyable.
« Quand je me suis relevé, j’ai vu ma compagne le visage en sang. J’étais moi-même complètement en sang », témoigne-t-il. Sa compagne s’en sort avec le nez cassé et huit jours d’ITT. Lui écope de cinq jours d’ITT, six points de suture et de multiples contusions.
Les gendarmes arrivent rapidement, mais les agresseurs se sont déjà évanouis dans la nature. Aucune interpellation sur le moment. Un scénario qui rappelle d’autres situations où les citoyens se retrouvent seuls face à l’inacceptable.
Le couple, qui tenait simplement à protéger son quartier, se retrouve victime. C’est cette inversion des rôles qui choque le plus. On demande aux gens de ne pas faire justice eux-mêmes, mais quand ils tentent le dialogue, la violence les rattrape.

Le maire de Rosières monte au créneau : « Ils ont franchi un cap »
Contacté par la presse locale, le maire de Rosières, Matthieu Salel, n’a pas mâché ses mots. « Ils ont franchi un cap que je dénonce », a-t-il déclaré au Dauphiné Libéré. L’élu assure être en lien direct avec la préfecture et promet une réponse ferme de la gendarmerie.
Mais derrière cette promesse, c’est un constat amer qui se dessine. Les rodéos urbains ne sont pas un phénomène nouveau à Rosières. Les habitants alertent depuis quatre ans. Les signalements s’accumulent. Et pourtant, les motos continuent de passer.
Ce dossier illustre un problème bien plus large. Partout en France, des riverains excédés se heurtent à la même impuissance. Les rodéos sont punis par la loi depuis 2018, avec des peines pouvant aller jusqu’à un an de prison et 15 000 euros d’amende. Mais entre le texte et son application, le fossé reste immense.
Pour ce couple de restaurateurs, les séquelles ne sont pas que physiques. C’est la confiance dans leur propre village qui a volé en éclats ce soir-là. Et la question qui hante désormais les habitants de Rosières est simple : qui osera encore dire stop la prochaine fois ?
Un couple qui voulait juste protéger ses voisins, tabassé en pleine rue pour avoir osé parler. Voilà où en est le quotidien de certains villages français. Si cette histoire vous révolte autant qu’elle nous a glacés, faites-la tourner — parce que le silence, ici, c’est exactement ce que ces motards espèrent.