Disparition d’Aude Fagot : 15 jours sans nouvelles, la justice ouvre une enquête pour enlèvement et séquestration

Une infirmière de 44 ans a disparu depuis le 31 mai dans le Haut-Doubs. Sa voiture a été retrouvée près de la frontière suisse, mais aucune trace d’Aude Fagot. Après deux semaines de silence total, le parquet de Besançon vient de franchir un cap décisif dans l’enquête — et le cadre juridique choisi en dit long sur ce que redoutent les enquêteurs.
Aude Fagot introuvable depuis le 31 mai : 250 bénévoles, un hélicoptère, zéro indice
Aude Fagot, infirmière libérale domiciliée à Jougne, n’a plus donné signe de vie depuis le dimanche 31 mai, aux alentours de 16 heures. Depuis ce jour, personne n’a reçu le moindre appel, le moindre message. Le silence est total.
Son véhicule a été découvert peu après sa disparition, stationné à proximité de la frontière suisse. Aucun élément à l’intérieur n’a permis de comprendre ce qui s’est passé. Comme dans les premiers jours de l’alerte, le mystère reste entier.
Le lundi 8 juin, une vaste battue citoyenne a mobilisé plus de 250 bénévoles et une trentaine de gendarmes dans le secteur boisé de Jougne. Une équipe cynophile et un hélicoptère ont ratissé cette zone frontalière pendant des heures. Sans succès.
Trois hypothèses restent sur la table des enquêteurs : un départ volontaire, un accident en zone isolée, ou l’intervention d’un tiers. Aucune n’a pu être confirmée ni écartée. C’est précisément cette impasse qui a poussé le parquet à changer de stratégie. L’affaire rappelle d’ailleurs d’autres disparitions inquiétantes restées sans réponse pendant des semaines.
Information judiciaire pour enlèvement : ce que ce cadre juridique change concrètement
Le 9 juin, le parquet de Besançon a ouvert une information judiciaire pour arrestation, enlèvement et séquestration. Un cap franchi qui modifie radicalement les moyens à disposition des enquêteurs.
Le procureur de la République, Cédric Logelin, a toutefois tenu à nuancer cette décision. « Cela ne veut pas dire que nous avons des éléments qui laissent entrevoir l’intervention d’un tiers », a-t-il précisé. Selon lui, ce cadre juridique offre « le maximum d’éléments pour être plus réactif si l’intervention d’un tiers était établie ».
Concrètement, l’ouverture d’une information judiciaire permet de confier l’enquête à un juge d’instruction. Ce magistrat peut ordonner des écoutes téléphoniques, des perquisitions élargies, des expertises techniques que les simples recherches administratives ne permettent pas. C’est un outil, pas une accusation. Mais dans d’autres affaires de disparition, ce basculement a souvent précédé des avancées décisives.
La qualification retenue — enlèvement et séquestration — est la plus large possible. Elle couvre le scénario le plus grave tout en laissant la porte ouverte à d’autres conclusions. Les enquêteurs ne ferment aucune piste, mais ils se donnent désormais les moyens d’aller plus loin.

Deux femmes disparues dans le Doubs : la coïncidence qui interroge
Ce type de disparition en série dans un même département ne passe pas inaperçu. Car Aude Fagot n’est pas la seule femme volatilisée dans le Doubs ces dernières semaines.
Sonia Vacheret, enseignante de 54 ans, a disparu il y a plus d’un mois après avoir quitté son domicile de Montferrand-le-Château sans explication. Les deux affaires ne sont officiellement pas liées. Mais la proximité géographique et les profils similaires — deux femmes actives, quarantenaires ou cinquantenaires, sans histoires apparentes — nourrissent l’inquiétude locale.
Les gendarmes continuent de demander l’aide de la population. Toute personne disposant d’informations sur la disparition d’Aude Fagot est invitée à contacter la gendarmerie des Hôpitaux-Neufs au 03.81.49.10.11 ou le 17. Chaque détail, même anodin, peut faire basculer une enquête. Dans l’affaire Lyhanna, c’est un simple promeneur qui a mené les gendarmes au dénouement.
Quinze jours de silence, une voiture abandonnée et désormais un juge d’instruction aux commandes : l’affaire Aude Fagot vient d’entrer dans une nouvelle dimension. Dans le Haut-Doubs, la forêt garde ses secrets — mais la justice, elle, a décidé de ne plus attendre.