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Un enseignant en cours d’adoption accusé d’avoir tué un bébé de 13 mois après des semaines de sévices

Publié par Elsa Fanjul le 21 Avr 2026 à 8:19
Angleterre : un enseignant en cours d'adoption accusé d'avoir tué un bébé de 13 mois après des semaines de sévices

Un professeur du secondaire comparaît devant la justice anglaise pour le meurtre d’un nourrisson de 13 mois. Le petit Preston Davey lui avait été confié quatre mois plus tôt, dans le cadre d’une procédure d’adoption. Quarante blessures ont été recensées sur le corps de l’enfant. Le procès, qui s’est ouvert ce 20 avril à Preston Crown Court, promet de durer six à huit semaines. Et ce que l’accusation décrit dépasse l’entendement.

Un bébé confié à un couple « en apparence irréprochable »

Jamie Varley, 37 ans, enseignant dans un collège du Lancashire, et son compagnon John McGowan-Fazakerley, 32 ans, commercial, avaient entamé une procédure pour adopter Preston Davey. Le bébé leur avait été confié en mars 2023. Quatre mois plus tard, le 27 juillet, l’enfant était déclaré mort à l’hôpital Victoria de Blackpool.

Selon le procureur Peter Wright KC, Preston a été amené aux urgences « inconscient, en arrêt cardiaque » à 18h30. Malgré les efforts de l’équipe médicale, il a été déclaré mort 48 minutes plus tard. Mais le calvaire du nourrisson avait commencé bien avant cette soirée fatale.

Avant même le drame final, Preston avait été hospitalisé à trois reprises à Blackpool Victoria Hospital. Difficultés respiratoires, convulsions, saignements de nez, et une blessure qui s’est avérée être une fracture du coude. Le personnel soignant avait remarqué des ecchymoses sur le visage du bébé, mais les explications fournies par le couple avaient été jugées « suffisantes » pour écarter la piste de la maltraitance. Un aveuglement qui soulève aujourd’hui de lourdes questions.

40 blessures et des « signes que personne n’a voulu voir »

Hôpital Victoria de Blackpool où Preston Davey est décédé

L’autopsie a révélé un tableau médical effroyable. Le procureur a détaillé devant les jurés les 40 blessures constatées sur le corps de Preston. La plus critique : une obstruction des voies respiratoires supérieures. L’enfant a été, selon l’accusation, « étouffé à mort ».

Des « ecchymoses linéaires » compatibles avec des gifles ont été identifiées. Des marques sur le front « compatibles avec une préhension violente ». Des abrasions sur le visage, dans la bouche et derrière les oreilles. Le petit garçon présentait également de graves lésions internes, causées avec une force que le procureur qualifie de « considérable ».

Peter Wright KC a résumé la situation en une phrase glaçante : « Quelqu’un, avec quelque chose, a compromis la capacité de ce petit garçon à respirer au point de l’étouffer. » La fracture du coude, elle, remonterait à trois semaines avant le décès. Un signal d’alerte de plus, parmi d’autres, qui n’a pas été intercepté à temps. Des cas similaires de maltraitance d’enfants ont hélas déjà défrayé la chronique.

Des vidéos filmées par l’accusé pendant l’agonie du bébé

Ce que l’accusation reproche ensuite à Jamie Varley donne une dimension supplémentaire à l’horreur. Le soir du drame, l’enseignant se trouvait seul avec Preston. Plutôt que d’appeler les secours en voyant l’enfant cesser de respirer, les lèvres bleues, il a filmé une vidéo du nourrisson en détresse respiratoire, allongé sur un lit.

Varley aurait ensuite attendu le retour de son compagnon, qui travaillait à Manchester, avant de se rendre à l’hôpital. Un délai dont la durée exacte n’a pas été précisée, mais que l’accusation considère comme fatal. Chaque minute comptait pour sauver Preston.

Et ce n’est pas la seule vidéo accablante retrouvée. Les enquêteurs ont découvert sur le téléphone de Varley des images et vidéos à caractère pédopornographique mettant en scène le bébé. L’une d’elles aurait été prise comme un « souvenir » d’une agression précédente, selon le procureur. « Ce n’est pas le type de photos habituellement prises par un parent aimant », a-t-il ajouté. L’affaire rappelle d’autres dossiers où des suspects détenaient des images pédopornographiques tout en cherchant à adopter.

Privation de sommeil, bain sans surveillance et « jeux » cruels

Berceau vide dans une chambre sombre évoquant la maltraitance

Le dossier de l’accusation ne s’arrête pas au meurtre et aux agressions sexuelles. Les vidéos récupérées sur les appareils de Varley dessinent un quotidien de cruauté ordinaire infligée au nourrisson, jour après jour.

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Une vidéo de 14 minutes montre Preston laissé seul dans un bain, « glissant sans surveillance ». D’autres le montrent soumis à de la privation de sommeil, exposé à des bruits forts et de la musique à volume élevé. L’enfant était aussi filmé sur un manège de type « tasse » dans une aire de jeux, où Varley le faisait tourner si violemment que le bébé en ressortait « désorienté ».

Le procureur a ajouté un détail qui en dit long sur la psychologie de l’accusé : Varley a trouvé la scène du manège si « amusante » qu’il l’a mise en musique — sur la chanson Spinning Around de Kylie Minogue — avant de la stocker sur son téléphone et de la partager. Des faits qui rappellent d’autres affaires de violences filmées sur des enfants.

Le rôle trouble du second accusé

John McGowan-Fazakerley, le compagnon de Varley, est également sur le banc des accusés. S’il n’est pas poursuivi pour meurtre, l’accusation estime qu’il « aurait dû être conscient du risque » que représentait son partenaire pour Preston et qu’il « n’a rien fait pour protéger l’enfant ».

Quatre jours avant la mort de Preston, McGowan-Fazakerley aurait participé avec Varley à une agression du bébé dans son berceau. L’analyse médico-légale de la maison a révélé la présence de son ADN à proximité, ont appris les jurés. Par ailleurs, Varley avait envoyé depuis son iPhone une vidéo de trois secondes montrant Preston nu à McGowan-Fazakerley, accompagnée d’un commentaire sur l’anatomie du nourrisson.

Le procureur Peter Wright KC a été sans détour : « McGowan-Fazakerley était clairement conscient du risque que Jamie Varley faisait peser sur le bien-être physique et psychologique de Preston Davey, et du risque sérieux de blessures graves causées par son partenaire. Pourtant, il n’a rien fait pour le protéger. » Des situations où l’entourage reste passif face à la violence existent aussi dans d’autres affaires criminelles.

25 chefs d’accusation et un procès marathon

Jamie Varley fait face à un total de 25 chefs d’accusation. Meurtre. Agression sexuelle. Agression par pénétration. Coups et blessures graves pour la fracture du coude survenue trois semaines avant le décès. Quatre chefs de cruauté envers un enfant. Quatorze chefs de création d’images indécentes d’un mineur. Un chef de distribution d’images indécentes.

Il plaide non coupable de l’ensemble des charges. McGowan-Fazakerley, lui, plaide non coupable de cinq chefs : avoir causé ou permis la mort d’un enfant, et deux chefs de cruauté envers un mineur. Les deux hommes font face à deux charges supplémentaires conjointes d’agression sexuelle et de cruauté envers un enfant.

Le procureur a conclu son réquisitoire d’ouverture par ces mots : « Jamie Varley et John McGowan-Fazakerley étaient en réalité totalement inaptes au rôle de parents adoptifs. Malheureusement, ce fait n’est devenu aussi cruellement évident que lorsqu’il était trop tard pour Preston Davey. » Le procès, prévu pour durer six à huit semaines, se poursuit à Preston Crown Court. Des affaires de condamnations lourdes en cas de meurtre d’enfant existent aussi en France.

Les signaux d’alerte étaient pourtant nombreux. Trois hospitalisations en quatre mois. Des ecchymoses visibles. Des fractures. Mais le système de protection de l’enfance britannique, comme d’autres avant lui, n’a pas su ou pas voulu connecter les points. La question reviendra forcément pendant les semaines de débats : comment deux hommes en cours d’adoption ont-ils pu passer entre les mailles du filet aussi longtemps ? Comme dans certaines affaires impliquant des professionnels au contact d’enfants, la confiance institutionnelle a tragiquement aveuglé ceux qui auraient dû protéger la victime.

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