Sa mère « morte », un héritage de 250 000 € et des Rolex : le médaillé de Rio accusé d’avoir arnaqué 3 personnes

Un sportif de haut niveau, une médaille de bronze aux Jeux de Rio, un sourire qui inspire confiance. Sur l’île de Majorque, trois personnes lui auraient ouvert leur porte, puis leur portefeuille.
Sa méthode tenait en quelques phrases, toujours les mêmes, toujours plus émouvantes. Et l’une de ses victimes a payé bien plus cher que les deux autres : on vous dit combien juste après.
Un cycliste médaillé, un club de tennis et une histoire de deuil
Il s’appelle Fabio Anobile. Italien, 32 ans, cycliste paralympique, il a décroché le bronze aux Jeux de Rio en 2016. Aujourd’hui, c’est devant la justice espagnole qu’il se retrouve.
Selon la presse espagnole, dont Ok Diario, il aurait escroqué trois résidents de Majorque au fil des dernières années. Le total dépasserait 73 000 euros. Pas de braquage ni de piratage : de simples conversations, nouées dans des lieux ordinaires.
Premier terrain de chasse : un club de tennis de Palma. C’est là qu’il aurait rencontré sa première victime, une femme. Il se serait montré affable, sportif, rassurant, bref le genre de personne à qui l’on prête volontiers un coup de main.
Le scénario ressemble à bien d’autres affaires où la confiance sert d’arme. Un faux mail, un QR code, un jouet d’enfant à revendre : une mère de famille y a laissé 43 000 euros, sans jamais voir arriver le piège. Ici, le piège avait un visage et une carte de visite olympique.
Mais quelle histoire a-t-il bien pu raconter pour que cette femme sorte des billets ? La réponse est plus triste que prévu.
La mère disparue, l’héritage et ce voyage à Dubaï
D’après le récit rapporté par la presse, Anobile aurait annoncé à cette femme que sa mère venait de mourir. Il aurait ajouté qu’il allait bientôt toucher un héritage d’environ 250 000 euros. Problème : ses comptes à Monaco seraient temporairement bloqués.
Il avait donc besoin d’un petit prêt, le temps que tout se débloque. La victime lui aurait remis 12 500 euros en liquide. Un chiffre déjà lourd, mais ce n’était que le début.
Quelques semaines plus tard, la relation de confiance était établie. Le sportif aurait alors proposé à sa victime de l’accompagner à Dubaï, pour un « voyage d’affaires ». Sur place, c’est la carte de crédit de la femme qui aurait servi à régler différents frais.
Ce genre de scénario, où l’on fabrique de l’urgence et de l’émotion pour verrouiller la victime, n’est pas réservé aux inconnus croisés en ligne. Dans une autre affaire, un hacker avait détourné 96 400 euros en se glissant au bon moment dans une transaction.
Voici le chiffre qui change tout : la facture de ce voyage aurait atteint près de 68 000 euros. À elle seule, elle représenterait la quasi-totalité de la somme évoquée dans le dossier. Et pourtant, les deux autres victimes n’ont pas été épargnées, avec une tout autre histoire à la clé.
Un vélo à 11 000 euros et des Rolex qui n’ont jamais existé
Pour la suite, il a changé de registre. Plus de deuil, plus d’héritage : place au prestige du sportif pro. Le terrain de chasse aussi a changé, le sport et les rencontres du quotidien.
La deuxième victime est un homme, croisé via une application de matchs de padel. Anobile lui aurait promis un vélo haut de gamme d’une valeur de 11 000 euros. Argument : en tant que sportif professionnel, il pouvait obtenir une bonne affaire.
L’homme aurait avancé 1 680 euros. Le vélo, lui, n’est jamais arrivé.
Même ressort pour la troisième victime, une femme rencontrée dans un bar de Palma. Anobile lui aurait dit que la marque Rolex le sponsorisait. Il pouvait donc lui procurer des montres de luxe à un prix bien inférieur à celui du marché.
Elle lui aurait remis 4 250 euros. Évidemment, aucune montre n’a jamais fini à son poignet. Le trio de récits révèle une mécanique simple : exploiter l’image du champion pour rendre crédible tout ce qui sort de sa bouche.
Reste à savoir ce qui a fait tomber le château de cartes, et ce qu’il risque vraiment.

Démasqué à Palma : ce que réclame le parquet
Les célébrités ont souvent été des cibles ou des appâts dans ce type d’affaire. Yannick Noah lui-même a raconté avoir été piégé par une arnaque qui avait aussi séduit d’autres noms célèbres. Le statut ne protège pas ; parfois, il sert même de décor à la manipulation.
Dans le cas d’Anobile, c’est la justice espagnole qui a repris la main. Il est jugé depuis le jeudi 29 octobre devant le tribunal provincial de Palma, à Majorque. Le parquet requiert quatre ans de prison.
Les chefs retenus sont l’escroquerie et la falsification de documents. Le ministère public demande aussi l’indemnisation des trois victimes. Voilà la réponse : le médaillé de Rio encourt quatre ans ferme, et trois personnes attendent d’être remboursées.
Un point à garder en tête : les faits sont rapportés au conditionnel et il s’agit pour l’instant d’une réquisition, pas d’un jugement rendu. La présomption d’innocence s’applique jusqu’à la décision du tribunal. Nous n’avons pas, dans les éléments connus, de version de la défense.
Une chose frappe pourtant : à aucun moment il n’a fallu de technologie sophistiquée. Des histoires de deuil, de sponsor, de bonne affaire, rien de plus. Et c’est précisément ce qui rend ces récits si difficiles à repérer.
Le verdict à venir et les réflexes qui changent tout
Tout se joue maintenant au tribunal de Palma. Les juges devront dire si les récits d’héritage, de vélo et de Rolex relevaient bien de l’escroquerie. Le montant des indemnités sera l’autre grande inconnue.
Ce dossier rappelle un schéma de plus en plus fréquent : la rencontre « naturelle », via un club ou une application, puis la confiance, puis la demande d’argent. Dans un autre registre, un simple rendez-vous à la CAF avait dévoilé près de 9 millions d’euros d’escroquerie, preuve que les montages finissent souvent par se fissurer.
Le réflexe qui protège ? Se méfier de toute demande d’argent liée à une urgence ou à un héritage « bloqué ». Se méfier aussi d’une offre trop belle, même venue d’une personne admirée. Demander une preuve avant de payer, jamais après.
Les apparences, elles, peuvent tromper longtemps. Un Suisse se disant aveugle avait ainsi été filmé en train de piloter un bateau avant d’être rattrapé par la justice. Les images, les paroles, les médailles : rien ne vaut une vérification.
Une chose est sûre, cette affaire sera suivie de près à Majorque. La décision des juges dira si le champion de Rio a bien joué la comédie du deuil et des Rolex.
Moralité : une médaille ne prouve pas l’honnêteté de son porteur. Et si vous croyez que seuls les inconnus mentent bien, cette femme de 93 ans qui a retourné le piège du faux policier vous fera sourire. Quant à celui qui s’est fait passer pour un mort pendant quatre ans, il a même rénové la maison du défunt.